Chaque pas était un peu plus douloureux que le précédent. La douleur me faisait hurler intérieurement, mais je me forçai à descendre la marche surélevée du wagon.
L'homme qui était venu me chercher refusait de me regarder, mais je n'avais pas besoin de son regard pour savoir que mon visage avait morflé. Toute la façade droite de ce dernier m'échauffait comme si quelqu'un l'avait marquée au fer rouge. Ma joue était entaillée à de multiples endroits, mon arcade s'était ouverte lorsque Clyde m'avait frappée contre le mur et mon oeil gauche était déjà en train de gonfler. J'essayai d'ignorer la brûlure désagréable au niveau de mes côtes, mais une petite voix à l'intérieur de mon esprit me chuchotait que j'en avais sûrement une de fêlée. Je préférais ne pas y songer.
Il faisait nuit noire dehors et malgré la tiédeur de l'air, je ne pouvais m'empêcher de frissonner. Des murmures m'entouraient tandis que des ombres se déplaçaient imperceptiblement. J'étais dans le repère des loups, et plus exactement en plein milieu d'une zone désinfectée où les hommes de Clyde évoluaient par centaines. La lumière diffuse de grands réverbères laissait deviner un énorme terrain vague, aménagé en parking. Des camions sans chargement de transport abandonnés, des cages en fer vides et quelques voitures garées formaient un paysage en déperdition, tristement austère. Je pouvais observer des points lumineux à l'horizon, éclairant de hauts immeubles, des palmiers à l'envergure éblouissante et le scintillement lointain de l'océan... Nous étions loin, très loin du centre-ville de Miami... Le seul bâtiment se résumait ici au chapiteau aux couleurs délavées. Les battements de mon myocarde s'excitèrent quand je me mis à détailler ce lieu qui sonnerait peut-être le glas de mon ancienne vie. Mes dents claquèrent les unes contre le autres de plus belle en pensant que Priam était peut-être déjà à l'intérieur.
Faîtes qu'il ne vienne pas. Pitié... Faîtes qu'Andrew l'ait convaincu du danger. Mais je ne pouvais m'empêcher de penser qu'il était encore en pleine phase d'euphorie et que cela n'arrangeait rien. Au son de sa voix au téléphone, j'avais compris que ma disparition avait été loin de le décourager et de le précipiter dans une nouvelle phase dépressive. Au contraire, il semblait empreint d'une détermination sans faille. La colère était devenue son nouveau carburant... Et c'était pour cela que j'avais si peur. Dans cet état, il était insaisissable. Il n'écoutait personne hormis ses désirs les plus profonds et je le savais nettement capable de sous-estimer Clyde.
Pleine d'appréhension, je fus contrainte d'avancer. Le chapiteau du Réséda était un endroit que je ne connaissais que de nom en piochant dans mes vieux souvenirs, car Clyde l'avait déjà évoqué par le passé. Pour les membres de son réseau, c'était cependant un lieu de rencontres et de jeux. Comme pour la vieille gare près de New-York, il s'agissait d'un espace abandonné par l'Etat que le réseau s'appropriait. Ainsi, les vieux hangars et les anciennes zones industrielles reprenaient vie dans l'illégalité la plus totale. Dans ce cas, le Réséda devait certainement être un ancien cirque et ma simple supposition devint réalité lorsque je parvins à déchiffrer l'affiche aux couleurs décolorées, postée au dessus de l'entrée : "Découvrez le cirque du Réséda, ses lions sauvages et ses acrobates époustouflants !". À présent laissé à l'abandon, tout ça me faisait froid dans le dos.
Beaucoup d'hommes patientaient à l'extérieur, accoudés à de vieilles barrières rouillées, en train de fumer, de ricaner à des blagues sûrement douteuses et d'échanger des billets. Ils arboraient une allure décontractée et radicalement insolente avec leurs piercings disséminés sur le visage, leurs tatouages à peine dissimulés et leurs vêtements noirs. Pas de doute, il s'agissait bien des hommes de Clyde. Je me fis violence pour me redresser et lever la tête le plus dignement possible en passant devant eux alors qu'ils se taisaient et se décalaient tous pour me céder le passage. Ce silence me mit extrêmement mal à l'aise, plus consciente que jamais de leur regard scrutateur. Ils me détaillèrent tous, impassibles, comme si tout le monde pensait la même chose : la propriété du patron était de retour et elle en payait le prix. Clyde avait depuis très longtemps fait en sorte de m'octroyer une valeur inestimable. J'étais sa précieuse petite chose, son trésor personnel. Pour certains, j'étais devenue une espèce de mythe qui reprenait désormais vie. Mais, tous savaient que je n'étais pas là par choix, tous savaient quel genre d'homme était Clyde et ce que je risquais après l'avoir envoyé en taule.
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K.O 2 || RUPTURE
Romance« Trop beau pour être vrai » Belle n'avait jamais nourri autant de convictions dans ces quelques mots après avoir quitté le stade de Lancaster. Alors que les révélations viennent d'éclater et que de profonds espoirs sont partis en fumée le temps d...
