Chapitre 8 : Tension

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En sentant son souffle pulser contre ma nuque, je crus que mes vertiges ne s'étaient jamais arrêtés. Le pseudo calme que j'avais ressenti en arrivant ici venait de s'envoler. La vue de Brooklyn plongeant en contre bas m'inspirait désormais davantage un labyrinthe que je n'arriverais plus jamais à quitter maintenant que Clyde venait de me piéger. Les rues semblaient sombres, poisseuses, humides... Et l'air qui soufflait me donnait à présent des frissons.

Son étreinte s'était relâchée et me permettait de me retourner, mais j'étais paralysée. Bien sûr, c'était ce qu'il voulait. Les sentiments d'effroi que j'éprouvais avaient pour lui les mêmes consonances que ceux de l'amour, et plus j'avais peur, plus il m'aimait. Je pouvais sentir le plaisir malsain qui émanait de lui, même de dos.

— Tu ne me dis pas bonjour, mon petit ange ?

Je déglutis, fermant les yeux.

Cette voix... Ce n'était plus un cauchemar, c'était bien réel... Ravalant ma nausée, je me retournai pour lui faire face, et à peine mon regard fut rivé dans le sien qu'une tornade de souvenirs se déchaîna dans mon subconscient. Je me rappelai avoir fourragé mes doigts dans ses cheveux châtains, épais et toujours soyeux. Je me revis en train d'embrasser ses lèvres pleines, je les revoyais m'embrasser là où personne ne l'avait jamais fait auparavant... J'observai ses sourcils charbonneux toujours légèrement froncés, ses cils fins aux pointes blondes et recourbées, puis, en dessous, ses yeux d'un bleu azur captivants encadrés par un visage aux traits émaciés, comme effilé au couteau... Clyde avait été doté d'une beauté pure, brute comme un diamant. Il n'avait jamais eu besoin de s'armer d'artifices pour faire ressortir son charme. Les tatouages qui lui remontaient jusqu'au cou lui donnaient un air de mauvais garçon qui m'avait toujours plu. Du moins, à la Belle d'il y a un an. Comme chez Priam, j'avais vu en lui un être capable de me protéger, de m'emmener loin de la pâleur clinique des hôpitaux, des moqueries qui n'en finissaient plus à l'école. Ironiquement, j'avais toujours trouvé que le bleu chatoyant de ses yeux allait parfaitement bien avec blancheur polaire de mes cheveux. Dans le passé, nous avions formé un couple glacial qui inspirait un étrange respect. Mais, à présent, Clyde faisait cavalier seul et son charisme n'avait plus le même effet sur moi. Il était froid, prédateur... Terrorisant. Sa peau plus décharnée que dans le passé recouvrait à peine son ossature. Ses cheveux étaient désormais coupés ras sur son crâne. Il était devenu maigre et sec, à la pâleur inquiétante et aux pommettes plus creuses que jamais. Derrière son rictus implacable, il semblait méconnaissable. L'alcool et les stupéfiants avaient absorbés toute sa vitalité. Il ne restait de lui qu'un corps sans muscle, au regard vide et au teint grisâtre. Je savais que j'avais participé à sa détérioration, mais c'était lui seul qui m'avait fait fuir. Il avait entraîné sa propre perte.

À mesure que je l'étudiais d'un regard terrifié, son sourire prenait des allures de grimace sadique. Instinctivement, je fis un pas en arrière sans cesser de le regarder.

— T-Tu n'as pas le droit de m'approcher, lui dis-je en bégayant.

— Oh, ça... Ça restera entre toi et moi, hein, chérie ?

Il se rapprocha, le pistolet toujours en main.

— Je sais que tu sais garder un secret, n'est-ce pas ?

Je secouai la tête en me sentant trembler. Clyde, serein, rangea son pistolet dans sa poche arrière, sortit un briquet et une cigarette de sa poche et l'alluma. Le laps de temps qui passa sans qu'il me regarde me permit d'évaluer toutes les issues possibles.

M'échapper ? Il n'y avait qu'une porte et c'était par celle par laquelle j'étais arrivée. Clyde aussi. Or, il me barrait le chemin. Je savais pertinemment qu'en dépit de son allure cadavérique, il avait conservé de la force et de la rapidité. Si je tentais de lui passer devant, il me rattraperait en moins de dix secondes...

K.O 2 || RUPTUREDes histoires addictives. Découvrez maintenant