Un matin, ce fut la lumière crue diffusée par l'entrebâillement de ma porte qui me réveilla. Mes paupières étaient lourdes, mes yeux gonflés d'avoir trop pleuré et ma tête fourmillaient d'idées noires vaporeuses et hantées par les souvenirs.
— Ce n'est pas bon de rester enfermée comme ça, chérie. Pas bon du tout pour le moral, d'ailleurs.
Une silhouette élancée se déplaçait dans l'obscurité. Elle s'approcha près des rideaux et les tira d'un coup brusque. Aussitôt, la lumière se déploya, inondant ma chambre calfeutrée et me piqua les yeux. Je les fermai, grimaçai et rabattis l'oreiller sur mon visage en grognant.
— Non... Je suis bien là.
Ma voix était rocailleuse, presque méconnaissable. À vrai dire, rien d'étonnant puisque je n'avais pas ouvert la bouche depuis des heures, voir des jours. Je n'en savais rien, je ne voulais pas savoir. Mon seul but était de finir le restant de mes jours emmitouflée dans mes couvertures à attendre que la vie ait de nouveau un sens. Broyer du noir, c'était parfait. Pas de bruit, pas de voix, pas de problème. Le néant. Rien qui était susceptible de rendre ma vie pire qu'elle était aujourd'hui. J'étais au moins sûre de ne pas pouvoir tomber plus bas que ça.
Un poids s'affaissa sur mon matelas et le doux parfum de ma colocataire me titilla les narines, suivi de senteurs délicieuses de pancakes frais et de bacon grillé. Mon ventre gronda, la salive afflua dans ma bouche. J'enfonçai davantage ma tête dans le tissu en refoulant l'envie d'en sentir davantage et en maudissant mon traître de corps.
— Ça fait cinq jours que tu agis comme un zombi, déclara Eden en tirant sur mon oreiller. C'est fini maintenant, je t'amène faire du shopping !
— Tu n'es pas censée travailler ?
— Pas le vendredi après-midi, ma cocotte.
C'était bien ma veine, pensai-je. La dernière chose que je désirais, c'était de voir du monde, car ça signifiait être forcée de vivre à nouveau, d'apprendre à le faire sans lui. Je n'étais pas prête à affronter le monde extérieur. Pas prête du tout. Est-ce que je le serais un jour, d'ailleurs ?... J'en doutais fort.
— Aller, lève-toi. Tu ne peux pas continuer à te morfondre.
— Facile à dire, murmurai-je piteusement. Ma vie est un désastre, Ed'.
Pour elle, ce n'était que le fruit d'une querelle amoureuse et d'une amitié brisée. Pas de quoi tant dramatiser, je suppose... Mais, je pouvais la comprendre. Ma réaction devait lui sembler disproportionnée, malgré mon caractère émotif. Si seulement, il ne s'agissait que de ça... Tout serait bien plus simple ! Mais, elle ignorait que j'étais actuellement pourchasser par mon pire cauchemar et que Priam était bipolaire. Deux détails tout à fait mortifiants qui ne me donnaient pas du tout envie de me lever et d'aller faire les boutiques.
À mon grand dam, le temps était radieux, l'air ambiant qui me caressait les bras était tiède et doux. Les oiseaux gazouillaient. En contre-bas, l'effervescence du trafic remontait jusqu'à ma chambre et égayait l'atmosphère de salle mortuaire qui y régnait. Les gens babillaient dans les rues, riaient et fanfaronnaient à tout va. Là voilà, la fameuse vie que je voulais éviter. Cette joie environnante me donnait la nausée et me renvoyait à mon propre malheur. J'avais l'impression de me retrouver un an plutôt, lorsque je venais de fuir Clyde juste après mon témoignage. L'impression persistante de n'avoir plus rien à faire sur terre me broyait l'estomac.
Doggson préparait un plan pour coincer Clyde. Le FBI était officiellement à ses trousses. Enfin... « à ses trousses » était un grand mot. Il cherchait plutôt un moyen de le coincer et de l'envoyer en prison pour une durée plus longue que neuf petits mois. Sauf que j'y croyais à peine. Connaissant Clyde, il ne se laisserait jamais berner deux fois par la police, encore moins à cause de moi. Cette fois-ci, il n'hésitera pas à se montrer ultra vigilent et méticuleux. Sa discrétion momentanée devait même avoir une signification, un sens qui ne m'échappait guère.
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K.O 2 || RUPTURE
Romansa« Trop beau pour être vrai » Belle n'avait jamais nourri autant de convictions dans ces quelques mots après avoir quitté le stade de Lancaster. Alors que les révélations viennent d'éclater et que de profonds espoirs sont partis en fumée le temps d...
