PARTIE 2 - SELMA
Leila jeta l'arme du crime et son téléphone dans la Sône. La jeune femme s'était débarrassée dix minutes plus tôt des poisons, dans les toilettes d'un café. Elle eut une pensée pour la faune et la flore qu'elle avait impacté par son geste. C'était l'un des prix à payer pour rester libre. Le matin même, elle avait profité de l'absence des Klein pour récupérer son « colis». Le type qu'elle avait rencontré dans un square portait une casquette orange pétante, loin d'être discrète. Elle se demanda si cela était fait exprès ou non. La jeune femme avait retenu d'un film que plus c'était gros, mieux ça passait. L'attention des êtres humains pouvait être facilement captée. Par un détail, comme une casquette orange, qui détournait l'attention de son visage.
Prudente, elle vérifia que toutes les informations du passeport correspondaient à sa demande. Elle avait payé un supplément pour que sa commande soit honorée dans les plus brefs délais. Sa nouvelle identité : Selma Cérusain. Selma, car elle trouvait ce prénom joli, et Cérusain était une déformation du mot céruse, une substance blanche contenant du plomb. Les coquettes du XVIIe siècle s'en appliquaient soigneusement sur le visage, pour embellir leur teint, sans savoir que la poudre était toxique. Cela faisait office de maquillage. Tout était en ordre. Parfait.
Le soir, elle avait fait le trajet depuis Sâvres à pied. Elle souhaitait fouler le sol périssien une dernière fois, avant le départ. Un départ sans retour possible. La nuit, Périsse revêtait un autre visage, qui contrastait avec celui qu'elle présentait la journée.
Les ruelles étaient désertes. Les périssiens endormis, transportés dans leurs rêves. Le bitume du pont Boulard était couvert d'une épaisse couche de neige. Les traces de pas des passants formaient des empreintes légères, éphémères, fugaces. Elles étaient vouées à disparaître lorsque le soleil viendrait frapper la terre, étendant ses rayons, se réveillant de son long sommeil.
21h - L'incendie réveilla le quartier. Les voisins, des retraités, réveillés par la lumière traversant leurs persiennes et l'odeur de brûlé, donnèrent l'alerte. Ils contactèrent les pompiers. Ils arrivèrent rapidement. Leurs trombes d'eau, stockées dans des camions citernes, plurent en gouttelettes, puis en jets, sur la maison du 48 impasse Drouet, 92 740, Sâvres. Les hommes en uniforme noir à bande rouge durent mettre en place des barrières, afin d'éloigner les attroupements de curieux. Des rumeurs circulaient. Ici, on parlait de fuite de gaz, là, on émettait l'hypothèse qu'une cigarette mal éteinte avait déclenché le feu. D'autres, encore, suspectaient l'incendie criminel. Tous gardaient à l'esprit les pyromanes qui avaient fait brûler les Landes l'été précédent. Les propriétaires connus ne répondaient à aucun appel : « Bonjour, vous êtes bien sur la messagerie de Paul Klein. Veuillez laisser un message après le bip sonore ».
Dans les décombres fumants, on trouva les cadavres de deux adultes. Des médecins légistes et des policiers furent dépêchés sur les lieux. Ils identifièrent les corps comme étant ceux d'un homme d'une quarantaine d'années, et d'une femme âgée d'une vingtaine d'années.
Les médias rappliquèrent. Les journalistes retransmettaient l'histoire en direct à la télévision et à la radio. On pouvait y voir : « Un incendie criminel à Sâvres ». Ils n'avaient pas d'informations croustillantes pour le moment. Ils se contentaient d'interviewer des jeunes et des moins jeunes, qui relataient leur version des faits. Ils étaient contents de leur quart d'heure de gloire. Les journalistes commentaient sans avoir une idée exacte de ce qui s'était déroulé.
Ils firent le pied de grue au bout de l'impasse, qui avait été entretemps bloquée, pour faciliter les allers et venues de tout ce beau monde. Les voisins furent interrogés par la police. Ils firent leur déposition en robe de chambre, chaussons, pilou-pilou et bigoudis dans les cheveux.
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La lumière dans l'ombre
Mystery / ThrillerFLASH INFO : Incendie criminel à Sâvres. Le cadavre d'un père de famille et de son enfant ont été retrouvés dans les décombres de leur demeure. Un autre membre de la famille et l'employée de maison sont suspectés. Contactez le numéro suivant si info...