CHAPITRE XXI

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Lewis se réveilla en sursaut dans son lit. Il regarda autour de lui. C'était bien sa chambre. Rien n'avait changé. Il reconnut immédiatement le visage penchez au-dessus de lui.
"Comment vous sentez-vous ?"
Il ne répondit pas et observa les deux personnes qui se tenaient derrière l'homme qui lui parlait. Deux femmes. Deux infirmières accompagnant le docteur dans sa chambre aux murs blancs.
"Il divague encore, docteur.
-Il repart dans ses délires, ajouta la seconde femme.
-Encore. Toujours la même histoire, soupira le docteur.
-Il faut le comprendre. Ce qu'il a vécu n'a pas été facile.
-Quel patient, ici, a eu une histoire facile ? Alors Mr Caroll, comment vous sentez-vous ?"
Lewis ne comprit pas tout de suite ce qu'il faisait là. Il regarda ses mains. Elles étaient plus grandes. Il sembla alors comprendre qu'il devait réagir.
"Est-ce que ma mère s'est inquiétée ?"
Sa voix aussi avait changé. Elle était plus grave.
"Monsieur, vous savez bien que vous n'habitez plus chez votre mère depuis longtemps."
Il fit signe à une infirmière, laquelle lui donna un dossier. Il le feuilleta calmement.
"Oui...en effet...j'ai rarement vu des cas aussi complexes...des patients capables d'un tel effort d'imagination...Mis à part cela, c'est un cas tout à fait commun. Il ne fait que transposer sa situation sur celle d'une personne à laquelle il était attaché.
-En effet, la fille Liddell, annonça l'une des infirmières. Il a commencé à avoir des hallucinations quelques mois après sa disparition. Il a commencé les traitements très jeune mais n'a été interné que plusieurs années après par soucis pour son âge.
-Ah, oui. Que sait-on sur la fillette ?
-Elle n'a jamais reparu, lui rappela la seconde femme.
-Ah, oui...je m'en rappelle. Il l'a mal supporté, au point de s'imaginer sa réapparition. C'est cela. Ce n'est pas la première fois qu'il se projette dans son enfance en la réarrangeant à sa guise. Pauvre homme."
Il se dirigea vers la porte sous le regard de Lewis qui ne comprenait toujours pas et sortit.
"Est-ce que mes parents veulent toujours m'envoyer en pension ?"
Une des infirmières découvrit son bras avant de le tenir par les épaules.
"Vous avez quitté la pension depuis longtemps.
-Ah oui...quand y suis-je entré ?"
L'infirmière ayant relevé sa manche prit une seringue.
"Vous aviez treize ans. Vous avez essayé de vous enfuir. On vous a vite retrouvé."
Elle observa la seringue mais Lewis ne savait pas ce qu'elle regardait précisément.
"Cette escapade vous a grandement perturbé. Vous rappelez-vous de ce qu'il s'est passé ?
-J'ai trébuché et...le lapin...a pris mon calepin...et je suis tombé dans le terrier...
-Je vois que vous persistez, constata-t-elle en le piquant au bras. Ne vous en faites pas, ça va vous ramenez à la réalité.
-Comment ça ?"
Il ne remarqua qu'on lui injectait une substance que lorsque la femme eut fini. Il prit conscience de la situation petit à petit.
"Je ne suis pas chez moi...comment suis-je arrivé ici ?
-Vous êtes arrivé ici quand vous aviez dix-sept ans.
-Mais je...je ne comprends pas...
-Écoutez, dit-elle en se plaçant face à lui. Quand vous avez fugué, vos parents se sont sérieusement inquiétés. Nous avons commencé le traitement. Mais vous étiez réticent, ça n'a eu aucun effet. Lorsque vous avez atteint un âge suffisant, vous avez été amenez ici pour des soins plus intensifs.
-Quand tout cela a-t-il bien pu arriver ?...C'est impossible...
-La preuve en est, intervint la seconde infirmière qui le tint plus fermement par les épaules. Vous n'acceptez toujours pas le traitement. Vous avez imaginé tout cela. Vous étiez prêt à tout pour vous persuadez que votre amie était toujours vivante.
-Vous parlez d'Alice...Que lui est-il arrivé ? Je me souviens qu'ils l'ont emmené...mais elle était si jeune...
-Elle n'a jamais été internée nulle part. Interner une si jeune enfant, c'est incensé. C'était vous, lorsque vous avez été emmenez en pension longtemps après sa disparition. Puis plus tard dans notre établissement. Vous ne vous êtes pas laissez faire.
-Mais...Alice, bégaya-t-il.
-On ne l'a jamais retrouvée."
Il fut saisit de tremblements. Les informations se bousculaient, se croisaient, s'entrechoquaient, disparaissaient et réapparaissaient. Alice...morte. Non...pas morte, disparue. Impossible ! Il l'avait vue ! Elle était venue le voir ! Elle lui avait tout raconté ! Elle l'avait vu ! Lui aussi l'avait vu ! Cet endroit existait. Il ne l'avait pas inventé. Il ne connaissait pas l'endroit où il se trouvait. Pourtant il avait reconnu le docteur et les infirmières. Comment pouvait-il les avoir connus avant puisqu'il n'avait aucun souvenir de leur rencontre ? Il tenta de repousser les infirmières. L'une se rejeta vers l'arrière mais l'autre derrière l'attrapa fermement au niveau du torse. Il se débâtit plus vivement. Il sentit qu'on lui saisit les jambes.
"Lâchez-moi ! Je veux partir !"
Ses hurlements couvraient le dialogue des deux femmes qui s'apprêtaient à lui administrer une autre dose de calmants.
"Je ne suis pas fou !"
Lewis sentit alors l'emprise s'estomper. Les deux personnes s'étaient évanouies. Étrange. Que s'était-il passé cette fois ? Il se leva lentement de son lit. La porte de sa chambre était ouverte. Il y avait un paquet devant l'entrée. Il s'en approcha prudemment. Il y avait une enveloppe. Lewis la décacheta d'une main tremblante. Il y trouva un billet de train. Le jeune homme leva la tête puis sourit.
"Très bien, je te suis."

Fin....

....si vous êtes assez fou pour y croire.

LewisOù les histoires vivent. Découvrez maintenant