Chapitre 10 Ella

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Quelques instants plus tôt,

Son gorille me ceinture, posant sa main géante sur ma bouche, m'évitant ainsi de continuer mon insulte. Il me soulève de terre et j'ai beau battre des jambes, rien n'y fait, je ne sens même pas un léger relâchement. Il m'entraine dans les escaliers, je n'ai pas le temps de visiter cette immense baraque. Tout ce que je peux voir c'est qu'elle dispose de nombreuses baies vitrées mais il fait déjà nuit donc je ne vois pas au loin. Dommage, cela me permettrait de déterminer où je me trouve exactement, mais surtout si j'ai une porte de sortie. Qu'à cela ne tienne, j'aurai tout le temps de regarder par la fenêtre, lorsque ce géant m'aura lâché.

— Ricardo suis moi !

Je vois un autre homme nous accompagner vers ce qui semble être le seul étage de la maison. Parfait, sauter du premier sera toujours plus simple. Nous entrons dans une pièce bleue... je comprends la couleur mais pourquoi l'appeler la chambre bleue, il n'y a pas de lit, juste deux chevets. Je n'ai pas le temps de voir tous les détails qu'il me mène directement dans une salle d'eau.

— Maintiens la !

Il finit par retirer sa main de ma bouche, je peux enfin l'invectiver.

— Espèce de sale brute, vous me le paierez !

Le fameux Ricardo me tient par les bras, mon dos collé contre son buste. Je vois que le géant se dirige vers le lavabo, prenant dans ses mains un savon qu'il passe sous l'eau. Que fait-il ? Il ne va quand même pas prendre au premier degré ce que ce type lui a dit ? Je vois qu'il revient vers moi, le regard sombre.

— Non mais dites-moi que je rêve, vous n'allez tout de même pas exécuter cette ordre débi...

Si, il la fait. Il m'a mis le savon en bouche, pendant que je l'enguirlandais, il tient l'autre bout, le balayant de droite à gauche. Je tourne la tête dans tous les sens mais le vaurien continue, pendant ce qu'il me semble un temps interminable. Il retire enfin ce pain de savon, le jette dans l'évier en se lavant les mains, puis demande à Ricardo de me lâcher, tout en se dirigeant vers la sortie. Je me précipite vers le lavabo pour faire couler l'eau et pouvoir ainsi rincer ce goût horrible. Je tousse et vomis tout ce que j'ai dans l'estomac dans les toilettes. Je reste plusieurs minutes à quatre pattes, avant de me relever pour me nettoyer pour la énième fois la bouche. Elle est irritée et le fond de ma gorge me pique. Quel enfoiré ! Au bout d'un long moment, je me décide à sortir de cette pièce pour rejoindre la chambre qui n'en est pas vraiment une. Rien, pas une chaise, ni un matelas sur le sol. Le désert total hormis ces deux tables de nuit. Je me dirige vers les fenêtres mais des volets, les obstruent. Je cherche une manivelle pour pouvoir les soulever ou un bouton électrique mais rien. Il doit y avoir une télécommande mais elle n'est pas dans cette pièce. Punaise ce n'est pas vrai ! J'essaie de faire coulisser la fenêtre mais m'aperçois qu'elle détient une serrure. Décidément, tout a été pensé. Je me retourne donc vers cette pièce vide, ne sachant quoi faire de mes dix doigts. En fait si, je sais ce que je vais faire. Je me dirige vers la porte et commence à tambouriner dessus aussi fort que je peux, en hurlant toute ma colère mais sans les vulgarités, un passage au savon m'a suffi. Je m'évertue à cela pendant au moins dix minutes mais rien, seul le silence me répond. Je finis donc par m'asseoir au milieu de la chambre, sur le plancher en bois. Il aurait au moins pu mettre de la moquette, cela aurait été plus confortable. S'il croit que je vais me laisser faire, il se met le doigt dans l'œil jusqu'au... fesses, soyons clair, autant commencé à trouver des synonymes.

Je ne sais pas combien de temps je reste seule, je sais seulement que j'ai fini par m'allonger sur le sol et par m'endormir. C'est le glissement que fait la targette* lorsqu'elle coulisse dans son cylindre qui me fait sursauter. Dormir d'un œil, vous connaissez ? Depuis la mort de mes parents et ma fuite à travers le pays, je ne dors jamais tranquille, mon cerveau a enregistré le bruit de la serrure que l'on déverrouille, ce bruit est un des seuls à me sortir de mon sommeil, me positionnant en mode combat. Je suis debout, coller à la fenêtre même si celle-ci n'a pas d'ouverture.

Anime PerduteOù les histoires vivent. Découvrez maintenant