Apryl

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Apryl.Anderson

En sortant de notre dortoir, nous avons dû faire le moindre bruit. Si l'une des femmes de ménage ou un éducateur nous surprenait, on était fichus. Il est actuellement 21h50, et le couvre-feu a déjà été déclenché : il est formellement interdit à tout élève de quitter son dortoir. Mais ce soir, une fête est organisée sur le toit, et il était hors de question de la manquer.

Apparemment, les éducateurs ne sont pas au courant — ils ne le sont jamais. Chaque année, avec une colocataire différente, je me faufile dans ce couloir étroit en espérant ne croiser personne.

Arrivés devant la porte de sortie, on tombe nez à nez avec un surveillant. C'est le même que l'an dernier, et je n'ai toujours pas retenu son prénom. Il est impressionnant, physiquement imposant... presque intimidant. S'il nous attrape, on est cuits. Il n'aura pas besoin de forcer pour nous coincer.

Hey... on est foutues, il ne nous laissera jamais passer, me chuchote Julie, le souffle court.

Ça, je m'en doutais. On passe au plan B.

Hein ? Le plan B ? Mais... on n'a pas de plan B ! s'exclame-t-elle, paniquée.

Sans répondre, je saisis sa main et l'entraîne dans la direction opposée, veillant à ne pas faire le moindre bruit. Au fond du couloir, un escalier mène au sous-sol, un vieux local que personne ne pense jamais à verrouiller. Arrivées devant la lourde porte en fer, je m'efforce de l'ouvrir avec précaution, priant pour qu'elle ne grince pas trop. Après au moins cinq longues minutes de patience, elle finit par céder dans un silence presque miraculeux.

Je reprends la main de Julie et lui fais signe de me suivre. L'intérieur est plongé dans l'obscurité, mais je connais ce chemin par cœur à force de l'avoir emprunté.

Tu ne lâches ma main sous aucun prétexte, compris ? lui murmuré-je fermement.

Évidemment. Toi et moi, on reste collées jusqu'au bout de cette aventure, répond-elle avec un sourire malicieux.

Je laisse échapper un petit rire discret avant de la guider à travers l'obscurité. Nous traversons le sous-sol jusqu'à atteindre la porte menant aux escaliers du toit. Une fois franchie, l'ambiance change radicalement : une légère humidité flotte dans l'air, la température est douce, ni trop chaude ni trop fraîche. Une odeur de sueur plane légèrement, mais cette année, la fête semble bien organisée.

Je jette un coup d'œil à Julie : ses yeux sont écarquillés d'émerveillement. Intriguée, je lui demande :

C'est quoi ce regard ? Ou plutôt... qui tu fixes comme ça ?

Ce... ce mec là-bas, tout au fond, à gauche ! s'écrie-t-elle en sautillant sur place.

Je tourne la tête vers la gauche, mais elle râle :

L'autre gauche !

Je lève un sourcil, un brin moqueuse.

— Tu veux dire la droite ?

Oh ça va, c'est pareil ! Regarde juste ce beau gosse.

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