Plans

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Apryl.




Ses mots résonnent encore dans la pièce.

Embrasse‑moi, mon ange.

Mon cœur s'emballe mais je ne bouge pas. Pas cette fois. Je le regarde droit dans les yeux, ces yeux bleus qui m'ont trop souvent fait plier. Un silence lourd tombe entre nous.

Je me lève lentement du canapé.

Non.

Son sourire se fige à peine, juste assez pour que je le remarque. Il se redresse à son tour, écrase complètement sa cigarette dans le cendrier, puis s'approche d'un pas. Trop près.

T'as choisi action, murmure‑t‑il. Fais pas comme si t'étais devenue sage d'un coup.

Je serre les poings.

Ce jeu est fini, Ares.

Son regard s'assombrit. Il rit. Un rire bref, sans joie.

Toujours pareil... tu fuis n'empêche j'adore t'entendre prononcer mon nom.

Cette phrase me transperce.

J'ai fui parce que j'étouffais, je réplique. Parce que tout devenait trop sombre. Trop violent.

Il s'arrête net devant moi.

J'ai tué pour toi.

Les mots tombent comme une gifle.

Je sens quelque chose se briser dans ma poitrine, mais je tiens bon.

Je ne t'ai jamais rien demandé, dis‑je, la voix tremblante mais ferme. Jamais. Tu as fait tes choix tout seul.

Ses mâchoires se crispent.

Tu m'as laissé, crache‑t‑il. Après tout ce que j'ai fait pour te protéger. Tu m'as abandonné comme si je n'étais rien.

Je secoue la tête, les larmes me brûlent les yeux.

J'ai choisi de partir. Oui.
Je respire profondément.
Et pour survivre, j'ai préféré te rendre responsable de tout.

Il me fixe, surpris. Vraiment surpris.

Tu admets ça maintenant ?

Oui.
Ma voix se brise un peu.
Parce que c'était plus facile de te haïr que d'admettre que je t'aimais encore.

Le silence devient étouffant.

Il passe une main dans ses cheveux, fait quelques pas, puis revient vers moi. Sa voix est plus basse, plus dangereuse.

Tu sais ce qui me rend fou ?
Il me regarde droit dans les yeux.
C'est que même après deux ans... t'as toujours cet effet sur moi.

Mon corps réagit malgré moi. Et je déteste ça.

Ne confonds pas désir et amour, dis‑je. Ça nous a déjà détruits une fois.

Il s'arrête à quelques centimètres de moi.

Alors pourquoi tu trembles, Apryl ?

Je ferme les yeux une seconde.

Parce que tu es mon passé. Et que le passé fait toujours mal quand il revient.

Quand je les rouvre, son regard a changé. Plus dur. Plus blessé.

T'as choisi de partir.
Il marque une pause.
Mais ne fais pas comme si ça n'avait rien coûté. Ni à toi. Ni à moi.

Il se détourne enfin.

Shattered Souls Où les histoires vivent. Découvrez maintenant