Chapitre 20 - Aaron

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Après avoir passé une heure sous l'eau bouillante dans l'espoir de me réchauffer, je m'allonge torse nu sur mon lit, mes yeux perdus sur le plafond alors que mes pensées dérivent toutes vers Nora. Ses boucles brunes, ses yeux bleus, sa bouche immense, sa poitrine, ses hanches... 

On toque à ma porte, je n'attends bien évidemment personne et en plus de ça il est près d'une heure du matin. Je fronce les sourcils quand ça insiste et décide d'aller ouvrir. Nora se tient debout devant moi, les yeux rouges. Je me décale en silence pour la laisser entrer.

Elle reste debout devant le canapé, tirant nerveusement sur ses ongles. Ses yeux parcourent la pièce et finissent par se fixer sur mon torse, elle n'a pas encore vu mon dos...

— Comment tu vas?, demande t elle timidement.

Je fronce les sourcils, c'est trop vague à mon goût.

— Qu'est ce que tu veux savoir, Nora?

— Je sais pas, tout, rien, je ...

— Ok, assieds toi. Tu veux boire quelque chose? Je crois qu'il y a du café et du thé dans les placards.

— Tu crois?, rigole t elle. 

— Je suis arrivé en début d'après midi, alors oui, je crois..

— Oh, j'ai cru que tu vivais ici. 

— Non, je suis juste venu pour Noël.

— Tu vis où maintenant?

— Nul part.

— Ok, c'était pas une bonne idée, s'énerve t elle en se dirigeant vers la porte vexée.

— Attends, Nora! Tu te méprends! C'est juste que je bouge beaucoup. Je viens de rendre mon dernier appart' à Atlanta où j'ai vécu 4 mois, avant ça j'étais à New York, encore avant à L.A... Maintenant, je suis ici mais je ne sais pas pour combien de temps ni où je serai la prochaine fois. C'est tout, je conclus en haussant les épaules. Je bouge à travers le pays depuis 4 ans. Et toi? Enfin.. vous, j'imagine.

— On est à une heure d'ici, élude t elle sans précision.

— Installe toi, je vais faire du café.. enfin j'espère, je rigole.

Je passe devant elle et reviens avec 2 tasses fumantes. Elle a troqué sa jupe pour un jogging et est installée en tailleur sur le canapé. Je m'installe à une distance raisonnable et lui donne sa tasse. 

 — Tu travailles dans quoi?, je lui demande.

— Je suis assistante sociale dans une structure de protection de l'enfance. J'accompagne les familles d'accueil.

— Et tu surveilles tous leurs faits et gestes, je résume un sourire en coin. 

Jusque dans son choix de carrière notre histoire transparait.

— Je m'assure que les enfants que je place soient heureux et bien traités, oui.. Tu comptais vraiment me contacter après les fêtes?

— J'en sais trop rien, je crois, oui. Anne et Marc ne m'avaient pas dit que tu avais quelqu'un et j'avais l'espoir que peut être... enfin de toute évidence c'était stupide alors peu importe!

— Pourquoi tu ne m'as jamais répondu?

—  Parce qu'à chaque fois que tu m'écrivais je ne pouvais m'empêcher de faire des recherches sur toi, tes fréquentations, je surveillais ta vie entière et c'était malsain. Et surtout ça ne m'aidait pas à avancer. Je stagnais dans ma thérapie parce que je me raccrochais à toi, alors j'ai changé de numéro et je me suis concentré sur ce qui était prévu depuis le départ.

— Ta thérapie? Ca t'a aidé?

— Je pense..., j'élude. 

— Tu penses?, répète elle les yeux plissés. Comment ça tu penses?

Je n'ai toujours pas eue de relation sexuelle. Ma tête va mieux, mon corps aussi, mon approche vis à vis de mon désir est différent et je ne l'appréhende plus avec autant d'anxiété, mais tant que je n'aurai pas essayé, je ne saurai pas vraiment si je vais mieux.. Je peux difficilement lui répondre qu'il faudrait qu'on soit nus tous les deux sur ce canapé pour m'en assurer, alors je me contente de :

— La première partie du processus a été concluante.

Après un moment de silence, elle finit par me dire ce qui la démange depuis tout à l'heure.

— Tu m'as brisé le cœur Aaron, je t'ai détesté à un point que tu n'imagines même pas.

 — Au point de m'encrer sur ta peau?

— J'avais besoin de souffrir réellement, physiquement pour extérioriser ce que je ressentais pour toi à ce moment là.

— La thérapie tattoo, je connais plutôt bien.. mais le choix du motif...

— Je sais, je suis pathétique, murmure t elle en baissant les yeux

— C'est vraiment ce que tu penses? Non, parce que si ça, je désigne son tatouage, c'est pathétique, je n'ose pas imaginer avec quel mot tu décrirais ça...

 Je me tourne et expose mon dos sous ses yeux. Elle ne dit rien, je ne l'entends même plus respirer. Je lui laisse le temps de contempler la pièce qui trône fièrement sur ma colonne, cachant mes cicatrices. Un ange qui protège de ses ailes un enfant recroquevillé au dos abîmé. Le sol à leurs pieds est jonché de lames de rasoir et des flocons de neige tombent tout autour d'eux. Le visage de l'ange n'est autre que celui de la femme que j'aime éperdument depuis plus de 4 ans. Je lui laisse le temps de prendre conscience de chaque détails.

Ses doigts viennent frôler mon épiderme qui se couvre de frisson.

— C'est magnifique, souffle t elle. Tes cicatrices... elles disparaissent dans les ailes, c'est ...

 Sa voix s'étrangle dans un sanglot et je me tourne pour découvrir ses joues baignées de larmes. Son regard sur moi a changé, il n'est plus aussi dur que lorsqu'elle est arrivée.

— Tu as changé, me dit elle. Du rose, vraiment?, rigole t elle en ébouriffant mes cheveux.

Je me fige à son contact mais cette fois pas parce que je l'appréhende, plutôt parce que j'aimerais qu'il dure plus longtemps.

— Toi aussi tu as changé..

— Je devrais y aller, conclut elle en se raclant la gorge.

 Elle se lève et je ne la retiens pas, nous avons besoin de temps tous les deux pour faire face à ces retrouvailles inattendues. Au moment de franchir la porte, elle fait demi tour et me demande mon téléphone. Je la vois enregistrer son numéro avant de s'appeler pour avoir le mien. Lorsqu'elle me le tend, je pose ma main sur son bras et enroule mes doigts autour de son poignet. Elle se laisse tirer vers moi et sa poitrine vient frôler mon torse. Mon pouce caresse sa joue puis dessine le contour de sa mâchoire. 

Je me penche vers elle, m'arrêtant à quelques millimètres d'elle, lui laissant la possibilité de s'échapper, ce qu'elle ne fait pas. Comme la première fois, je lèche ses limbes du bout de la langue avant de capturer ses lèvres dans un baiser brûlant qui nous consume en quelques secondes. 

Elle gémit lorsque mes mains empoignent ses fesses pour la soulever. Je la plaque contre la porte alors que ses jambes crochètent mes hanches. Ma langue pénètre la barrière de ses dents avec force à la recherche de celle qui lui a tant manqué. Je cale mon genou sous ses fesses pour la maintenir et explore son nouveau corps enivrant, de ses cuisses je remonte vers ses fesses, je passe mes mains sous son t-shirt. Ma peau en contact avec la sienne brûle mais elle stoppe tout haletante. Je la relâche et m'écarte d'elle lorsque je suis sur qu'elle est stable sur ses jambes.

— On aurait pas dû... je ... je dois m'en aller.

 

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