M. Charles Duval
à la 10ème compagnie du 90 ème territorial
à Magnac laval
Haute Vienne
Le 19 décembre 1914
Mme Marie Dubois
7 rue des Lilas
Reims
Ma délicate et altruiste Marie,
J'accuse réception de vos beaux cadeaux. Merci pour cette écharpe et ces gants, ils me seront plus qu'utile. Je commençais déjà à ne plus sentir le bout de mes doigts grâce à vous je vais passer un hiver réchauffé. Emmitouflé dans votre écharpe en laine parfumée de votre parfum, je me sens en sécurité, à la maison. Votre odeur me rappelle tant de chose, elle me serre le cœur de nostalgie. J'ai comme l'impression que vous êtes ici avec moi. Près de moi, presser contre mon corps. Cependant, ce n'est pas le cas et je ne désirais pour rien au monde que vous vous retrouveriez sur le front. C'est un endroit ignoble et affreux, remplie de laideur sans aucune once de beauté. Votre présence ici serait l'unique chose radieuse ici. C'est un lieu sombre et sordide. La lumière du soleil n'éclaire pas cette partie de la Terre, elle survole le front sans jamais s'y arrêter. C'est comme si elle savait toutes les choses horribles qu'ils avaient lieux dans ces tranchées n'avaient pas le droit d'être éclairées. De ce fait, il fait terriblement froid. Nous n'avons rien pour nous réchauffer à part nos habits mouillés par la pluie. A présent, j'ai votre écharpe et vos gants, je les portes à l'heure actuelle où je vous écris cette lettre. Je peux enfin tenir ma plume sans sentir petit à petit le froid morde la chair de mes doigts. De plus du froid, il y a une odeur nauséabonde constamment présente et pour ajouter à tout cela, une certaine folie pèse sur le camps. Je n'arriverais pas à décrire ce que je peux sentir mais tout ce que je peux vous dire ma chère, c'est que cela est ignoble. Vos ventre se serre en sentant l'effluve des cadavres, il se contracte et tente de vider votre estomac mais échoue car il n'y a rien dedans. Nous mangeons très peu, nous nous nourrissons très mal. La faiblesse reste ancré en nous chaque jour, je perd doucement le peu d'énergie que j'ai apporté avec moi. Mon ventre crie famine. Je crois que parfois dans mes rêves, quand il m'arrive de réussir à m'enfuir de cet endroit, je rêve de bien mangé. Je salive de goûter à de la bonnes nourriture ou tout simplement un bout de pain frais. Je meurs d'envie de rentrer à la maison pour manger un de vos fameux bœuf bourguignon que vous savez si bien préparer. Rien ne peux nous redonner le goût de vivre, le seule moment de ma journée que je désire tant est celui où je vous écris. Vous êtes ma lueur d'espoir dans ce brouillard sombre. Il est dur de penser à autre chose. Parfois nous n'avons rien à faire, nous pouvons simplement attendre que l'heure, la journée, la semaine, le mois passe. Nous n'avons pas d'autre choix que de rester sur nos gardes mais quand nous le pouvons nous dormons, nous fumons, nous jouons à des jeux de cartes, nous écrivons, nous essayons de s'échapper d'ici, laissant notre esprit vagabonder loins de ces tranchées. Du côté de l'hygiène, rien n'est mieux. Nous pouvons à peine nous laver, nous sommes continuellement couvert de boue, si ce n'est pas de sang. Le notre, de nos amis, de nos alliés ou encore de nos ennemies. Une certaine teinte rouge reste ancré sur ma peau. Chaque fois que je regarde mes doigts, j'ai l'impression que le sang y ai toujours. Je sens son odeur métallique, je vois sa couleur vibrante. Je tente avec bien que de mal de faire partir cette tâche mais elle est indélébile. Je voudrais vous dire tant de belles choses mais rien ne me vient, je ne désire en aucun cas vous mentir. Vous me manquez me tendre Marie, sachez que vous êtes la raison pour laquelle je tiens bon.
Je vous enverrai une lettre prochainement, peut-être mon tour viendra aussi pour aller à Reims seulement je suis un peu loin en ce moment.
Je tiens à nouveau de vous remercier pour vos cadeaux ma dulcinée,
Charles.
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Born to die
RomanceL'amour peut-il résister à la guerre ? Marie et Charles sont tombés amoureux le 17 avril 1914 dans un parc. Quelques mois plus tard, Charles est mobilisé. Durant un an, les deux amants ne se verront plus que quelques semaines, à la faveur des rares...
