Mme Marie Duval
7 rue des Lilas
Reims
Le 16 février 1915
M. Charles Duval
à la 10ème compagnie du 90 ème territorial
à Magnac laval
Haute Vienne
Mon cher mari,
Je ne sais comment formuler sur ce papier le sentiment de vide que vous avez laissé au creux de mon cœur en me quittant. Je ne vous en veux en aucun cas, vous êtes où la France a besoin de vous, c'est-à-dire au près de ses troupes, de ses fidèles soldats. Cependant, je l'avoue, je suis âme égoïste qui aimerait tant passer plus de quelques jours d'affilés avec vous. Je déteste vous dire au revoir car je ne sais jamais quand sera la prochaine fois que je pourrais vous serrez dans mes bras. Je hais tant le moment où je dois vous quitter sans jamais savoir quand sera la prochaine fois que j'aurais la chance de vous voir.
Dès l'instant où votre présence quitte les côtes, je suis plongée dans l'inquiétude. Chaque matin, j'ai peur d'entendre sonner chez moi, j'ai peur que l'on vienne m'annoncer une terrible nouvelle, celle de ne plus jamais vous revoir. Lorsque je vais récupérer mon courrier, j'ai le ventre nouer à l'idée de trouver une lettre mettant destinée qui me détruirai. Quand le téléphone de la maison sonne, mon cœur rate un battement et mes pensées s'emmêlent à l'idée d'entendre des mots que je ne désirais jamais entendre.
Je ne vous dis point cela pour vous faire culpabiliser. Je vous partage mon ressenti pour voir dire que vous êtes mon soleil, moi je suis simplement la petite terre gravitant autour de vous. Je ne pourrais jamais survivre sans mon soleil, tandis que vous êtes grand et important, ma mort vous causerait du tord. Vous perdrez sûrement vos repères pendant un certain temps avant de trouvez une autre planète à éclairer. C'est ce que je voudrais pour vous, je voudrais vous voir heureux après toutes les horreurs que vous avez rencontrées. Vous méritez d'être l'homme le plus heureux du monde. Je ne doute pas de votre amour en vers moi, mon cher, je sais que je suis la prunelle de vos yeux mais je tiens à vous le dire, s'il devait m'arriver quelque chose, une étoile filante s'abattant sur notre maison, je voudrais vous voir heureux même si cela signifie être avec une autre femme.
Nous songeons toujours à la possibilité inverse, c'est-à-dire celle où vous ne rentreriez pas à la maison, mais il y a une mince possibilité pour que lorsque vous rentriez, c'est moi qui ai disparu.
Alors au cas où que ce jour arrive, je vous le dis et je vous l'écris pour que vous ne l'oubliez jamais, refaites votre vie. Continuez de vivre, ne vous arrêtez pas à cause de moi. Je ne mérite pas de mettre un point final à votre existence, je ne suis rien qu'une pauvre petite planète. Je vous en supplie, permettez moi de sentir votre joie, de vivre à travers vous. Je ne disparaîtrai jamais puisque que je serais toujours dans votre cœur, dans votre tête, près de vous, sans jamais quitter vos côtés.
Vous me manquez tellement Charles. Cela me manque tellement de vous voir tous les jours, je chérissais déjà ces instants de bonheur à l'époque mais maintenant je les vénère. J'aime me remémorer nos moments passés ensemble.
Je me souviens de notre deuxième rendez-vous, celui qui est venu peu de temps après le restaurant. Je ne pensais pas que vous pourriez faire mieux que le premier mais vous avez réussi. Vous hantiez chacune de mes pensées à ce moment, je voulais à tout prix vous revoir. Je ressentais pour la première vous une sensation de papillonnement au creux de mon ventre en songeant à une personne, cette personne qui était vous. Je ne savais pas que les sentiment étaient réciproques, je ne pensais pas que vous voudriez me revoir aussi rapidement.
Mais à ma surprise, un beau matin, vous vous êtes pointé au pied de ma porte et vous m'avez demandé de vous accompagner. Je ne savais pas où vous vouliez m'amener, mais je me souviens avoir accepté sans réfléchir. Je voulais tant passer quelques instants avec vous, peu importe notre destination.
Je me souviens encore des avertissements de ma grand-mère avant de me laisser partir en voyant mon regard pétillant en acceptant votre invitation. Elle m'a mise en garde de l'attirance que je pouvais ressentir envers vous, elle m'a dit que peu importe la puissance de cette attirance, je ne devais pas succomber. Ma grand-mère, comme vous le savez, était une grande croyante et voulait à tout prix me protéger des péchés. J'ai pris le temps de la rassurer, je lui ai promis qu'elle ne devait pas s'inquiéter mais j'ai eu tords. Je ne savais pas que ce désir allait s'intensifier plus je passais du temps avec vous et durant ce rendez-vous, je l'avoue, j'ai eu du mal à résister. Je me suis empressée d'enlacer ma grand-mère avant de passer le bas de porte pour venir vous rejoindre.
Vous m'avez guidé jusqu'au bout de la rue où se trouvait deux vélos. Je n'étais pas une habituée de ce moyen de déplacement, néanmoins je savais l'utiliser ce qui m'a permis de ne pas me retrouver dans une situation humiliante. A vrai dire, je n'y avais même pas songé à cet instant. Je voulais simplement passer un moment avec vous que j'étais prête à faire n'importe quoi. Je voudrais tellement vous voir apprendre à nos enfants à faire du vélo, j'aimerai que ce rêve puisse ce réaliser un beau jour.
Par la suite, nous sommes partis en balade, roulant côte à côte. Je vous avoue que je ne sais combien de temps cela a durée. Nous étions dans notre petite bulle, je voulais que le temps s'arrête pour que nous restions toute l'éternité ici même. Malheureusement, mon souhait ne fut pas exaucé, le temps a tourné passant d'un bon soleil à une pluie violente. La rue devant glissante nous nous sommes retrouvés à marcher en direction d'un abris pour se protéger. Même lors de ce temps, la joie en moi n'a jamais cessé de battre. J'étais bien, je me sentais vivante avec vous.
Nous avons réussis à trouver un endroit abrité, nous étions tous les deux en train de rire à gorge déployée lorsque votre regard s'est plongé dans le mien. Mon cœur s'est mis à battre plus vite, ma main s'est resserrée dans la votre. A cet instant, j'ai compris que je ne pourrais plus vous laisser partir. Nos vie était à présent liées. Vous m'avez tiré au creux de vos bras où je me suis blottie pour apprécier votre chaleur. Doucement, vous vous êtes mis à vous balancer et c'est ainsi que nous nous sommes mis à danser. Seul au milieu de nul part en entrain d'apprécier le rythme de la pluie. Alors cette fois-ci c'est moi qui ai pris les commandes et je vous ai guide sous la pluie où nous avons repris notre danse.
Je crois que je me rappellerais à tout jamais de ce magnifique souvenir. Je crois que c'est lors de celui-ci que j'ai réalisé que nous étions destinés à ne plus jamais nous séparer. Malheureusement, la guerre n'a pas écouté.
J'espère qu'un jour nous pourrons notre retrouver comme on le faisait avant. J'espère qu'on pourra se retrouver au parc comme nous nous sommes rencontrés. J'espère qu'on pourra refaire des balades à vélos avant que la pluie éclate. J'espère tout simplement que l'on pourra se revoir.
Je vous aime tellement que je pense que de vivre une vie dans laquelle vous n'êtes pas présent met impossible.
Votre épouse,
Marie.
VOUS LISEZ
Born to die
RomanceL'amour peut-il résister à la guerre ? Marie et Charles sont tombés amoureux le 17 avril 1914 dans un parc. Quelques mois plus tard, Charles est mobilisé. Durant un an, les deux amants ne se verront plus que quelques semaines, à la faveur des rares...
