Mme Marie Duval
7 rue des Lilas
Reims
Le 7 juin 1915
M. Charles Duval
à la 10ème compagnie du 90 ème territorial
à Magnac laval
Haute Vienne
Mon tendre Charles,
Je ne sais point quoi vous dire. Je voudrais ne rien dire et simplement vous serrer dans mes bras. Je souhaiterais sentir votre corps contre le mien, votre tête enfouie dans mon cou et votre bras autour de moi. Je voudrais pouvoir prendre votre douleur et vous donner du réconfort. Malheureusement, ce souhait est impossible. Je suis obligée de trouver les bons mots pour panser vos maux, je ne peux pas vous rassurer avec des gestes. Mais, je l'avoue, je ne sais comment m'y prendre. Le plus simple, je pense, c'est que je m'y prenne avec le cœur. Comme vous l'avez dit, la sincérité avant tout. Je ne pense pas que vous êtes simplement Charles comme je ne suis pas simplement Marie. Vous êtes tellement plus, un soldat se battant coûte que coûte pour sa patrie. Un mari écrivant des lettres à son épouse le plus souvent possible. Un fils et un frère qui prend le temps de donner de ses nouvelles à sa famille. Mais ce n'est pas tout, vous êtes un homme formidable, incroyablement courageux. Vous pensez que tout le monde pourrait être à votre place ? Vous pensez que tout le monde pourrait aussi bien tenir les responsabilités que vous avez ? La réponse est négative mon cher. Tant de personnes sont trop lâches pour faire la guerre, l'enclencher est beaucoup plus simple mais lorsqu'il faut alors mettre sa vie en péril, plus personne n'est présent. C'est grâce à vous, à tous les soldats, à Jean, à vous sacrifices, à vos erreurs, à votre courage, à votre fraternité, à votre entièreté qu'on a une chance de remporter la guerre.
Sans vous, nous ne sommes rien.
Sans vous, il n'y aurait plus de France.
Sans vous, tout serait perdu.
Vous n'êtes pas simplement Charles, vous êtes tellement plus que cela pour moi mais également pour tant d'autres personnes. Pour un homme politique, vous êtes sûrement qu'un pion dans son échiquier. Pourtant, pourquoi prenons nous le temps de recenser toutes les personnes partant en guerre ? Pour remercier ses pions pour leur courage, leurs sacrifices, leur bravoure. Ces personnes décédés sont honorées, elles ne sont pas laissées inconnues dans cette bataille. Jean sera honoré comme il se doit. Maintenant s'est à votre tour de le faire en vous rappelant que vous ne vous battez pas que pour votre pays, votre nation, vous vous battez aussi pour la survie de vos camarades. Ne baissez pas les bras, ne vous lamentez pas sur votre sort quand encore tant d'hommes ont besoin de votre aide, votre soutiens, votre force. Je ne dis pas que votre tristesse n'est pas valide, elle l'est plus qu'autre chose, je dis juste que vous n'avez pas le temps de vous lamenter sur votre sort si vous voulez éviter de voir les corps morts s'accumuler sur le champ de bataille.
C'est grâce à vous, Charles, que je tiens. C'est en recevant vos lettres que je me sens mieux. Sans vos lettres, je suis perdu, désorientée. Elles sont, en quelque sorte, ma boussole dans cette tempête. Vous êtes un excellent mari, le meilleur que j'aurais pu demander. Je n'ai pas besoin de demander à votre famille pour savoir qu'elle pense la même chose. Nous vous aimons tellement. Le fait que vous vous remettiez en question montre que nous ne montrons pas assez notre affection pour vous. Alors, je vous l'écris, vous êtes formidable. Même si vous le ressentez pas actuellement, c'est le premier mot qui me vient pour vous décrire en tant que mari, frère, fils, soldat ou en tant que Charles. Après tout, vous n'êtes pas simplement Charles, vous êtes Charles le soldat, le mari, le fils et le frère. Ce sont des rôles essentiels qui vous constituent entièrement. Vous ne pouvez pas vous dissocier d'eux comme ils ne peuvent pas se dissocier de vous.
Vous êtes également un cousin. D'après votre cousine, l'adjectif idéal pour votre décrire serait « protecteur ». C'est elle-même qui me l'a dit lorsque nous nous occupions du bébé. Je sais que vous vous poser sûrement la question, alors je vais vous le dire, le bébé va beaucoup mieux. La fièvre à totalement disparue. Je crois que dans quelques jours, il sera de nouveau en pleine forme. Marguerite m'a raconté une anecdote à votre égard, elle m'a raconté la fois où quand vous étiez petits, Marguerite avait lancé un caillou et qu'il avait atterri contre le fenêtre de la cuisine du voisin, la cassant au passage. Elle m'a dit qu'elle avait eu très peur mais quand elle vous a vu sortir de la maison après avoir entendu le bruit, elle s'est instantanément sentie en sécurité. Vous avez pris la punition à sa place, vous en avez jamais reparlé. Vous ne l'avez jamais taquiné avec cette histoires, vous l'avez simplement protégé sans rien attendre en retour. Cela décrit bien le genre de personne que vous êtes depuis votre plus jeune âge.
Je suis ravie que notre maison se trouve seule dans un champs éloignée des personnes désagréables, ainsi nos enfants pourront jouer sans se soucier des gens autour. Pour ce qui est de la décoration, je voudrais peindre les murs en bleu turquoise dans la chambre et ceux de la cuisine en blanc. Pour la chambre, je pensais mettre de beaux rideaux qui laissent passer la lumière pour illuminer la pièce. Je songeais également à accrocher au mur, en face du lit, le tableau que vous m'aviez demandé de peindre. Pour la cuisine, je voudrais que les cabinet de la cuisine soient en bois et qu'une table de la même matière trône au centre de la salle à mangé. Je songe à peindre également l'un des murs du salon en couleur terracotta. Pour le reste je ne sais pas encore, mais je pense que je le garderais en surprise. Je veux juste savoir si vous êtes d'accord avec les couleurs.
N'oubliez pas qui vous êtes, mon cher.
J'espère que cette lettre vous a permis de vous changer les idées,
Votre femme qui sera toujours là pour vous.
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Born to die
RomanceL'amour peut-il résister à la guerre ? Marie et Charles sont tombés amoureux le 17 avril 1914 dans un parc. Quelques mois plus tard, Charles est mobilisé. Durant un an, les deux amants ne se verront plus que quelques semaines, à la faveur des rares...
