Lettre n•14

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Mme Marie Duval
7 rue des Lilas
Reims

Le 17 mars 1915

M. Charles Duval
à la 10ème compagnie du 90 ème territorial
à Magnac laval
Haute Vienne

Mon courageux époux,

Je ne sais quoi répondre à vos mots. Je dois vous le dire mais je ne suis point rassurée. Je n'arrive pas à penser à autre chose que votre corps inerte lorsque j'ose fermer les yeux. Je me sentirai mieux une fois que je vous verrais pour de vrai. Une fois que je pourrais vérifier de mes propres yeux que vous vous êtes rétabli de vos blessures. Je sais que ce que vous faites pour notre nation est incroyable, mais je vous en supplie ne prenez pas des risques inutiles. Et surtout, écoutez votre instinct. Je me sentirais apaisée, si vous me promettez que la prochaine fois, vous vous ferez plus confiance. Ne doutez plus de votre instinct, qui sait ce que aurait pu vous arrivez ? Je ne voudrais même pas songer à ce qui aurait pu vous arrivez s'il n'y avait pas eu ce brave Jean. Je le remercie de tout mon cœur d'avoir été là pour vous. Si cela serait possible, je tiendrais a le rencontrer, une fois que toute cette guerre sera terminée.
Je n'oublierai pas de prier pour lui et également pour vous dimanche matin à la messe. Bien évidement, je retrouverais le contact de sa famille. Ils méritent de savoir à quel point leur fils, leur mari, leur frère est un homme formidable. Je ne vous garanti pas que cela sera chose aisée de les retrouver mais je ferais de mon mieux. Je vous le promets.
Je tiens à ce que ce très cher Jean soit connu de tout le monde. Pourrais en parler à en parler à votre famille ? Je crois qu'il mérite d'être remercier par votre entourage tout entier. Je ne sais point si vous réaliser que grâce à lui notre famille est au complet. C'est grâce à lui que je suis en train de répondre à votre lettre et non pas mon témoignage pour vos funérailles. J'espère, mon cher, que vous prenez conscience de la bravoure de cet homme. J'espère que vous ferez votre possible pour le protéger à son tour, il mérite tout votre soutien.
Je sais que je actuellement entrain de faire son éloge, mais cela ne veut pas dire que vous n'êtes pas un homme fabuleux à votre tour. Je sais pertinemment que dans une situation similaire, vous n'auriez pas hésité une seule seconde avant de venir secourir l'un de vos camarades. Je le sais parce que je vous connais. Je le sais parce que vous êtes mon époux et que je connais votre tendresse. Je sais que vous avez le cœur sur la main toujours prêt à aider les autres. Je ne vous ai jamais vu vous faire passer avant les autres. Cette une qualité que j'apprécie chez vous, même si je l'avoue, cela me peine parfois de vous voir vous placer si bas dans votre liste de priorités. C'est pour cela que vous êtes tout en haut dans la mienne.
Je dois le dire, je n'aurais jamais cru qu'un jour quelqu'un arriverai à prendre la place de ma grand-mère, puis je vous ai rencontrez et je n'ai pas hésité une seule seconde. À vrai dire, je n'avais même pas réaliser que ce changement avaient eu lieu dans mon esprit. Je m'en suis rendu compte, la fois où vous m'avez demandé de vous rejoindre chez vous, un dimanche matin. Ce jour n'est pas anodin puisque c'est également le jour où avec ma grand-mère nous passons la journée ensemble. Nous allons à la messe puis nous faisons des activités ensembles les après-midi. C'est une tradition que nous avons depuis le décès de mes parents. Cependant, ce jour-là quand j'ai reçu votre appel, je n'ai pas hésité une seule seconde avant de renoncer à cette journée pour vous rejoindre. Je savais que quelque chose de mal allait se passer, je le ressentait au creux de mon ventre. Je me suis alors mise à courir de chez moi jusqu'à à chez vous. Mon cœur connaît si fort dans ma poitrine que j'avais l'impression qu'il allait sortir d'une minute à l'autre. Vous m'avez ouvert la porte avec des yeux humides remplis de tristesse, je me rappel le chagrin dans votre regard qui me peine toujours autant. Je vous ai pris dans mes bras et vous ai serré contre moi, essayant de vous réconforter. Et c'est là que vous m'avez annoncé que vous deviez partir pour le front. A cet instant, vous n'étiez plus seul à pleurer, nous étions deux à exprimer notre douleur. Je crois que je n'avais pas ressenti autant de chagrin depuis la décès de mes parents. J'avais peur, peur de vous dire au revoir à tout jamais, peur de vous perdre. Et je dois vous le dire, toute ces angoisses persistent toujours. Parfois, je me réveille au milieu de la nuit en sursaut avant une idée constante dans la tête, celle qui me répète que vous êtes plus de ce monde. Tandis que d'autre fois, je me réveille en pleure en réalisant que ce rêve avec vous près de moi était simplement le fruit de mon imagination. J'imagine que lorsque vous êtes là bas, vous n'arrivez pas à rêver, n'est-ce pas ?
Pour ce qui est de notre maison, je n'ai pas encore commencé à décorer. J'y réfléchi mais j'aimerai vous partager mes idées pour que vous puissiez me donner votre avis. Est-ce que cela vous irai ?

Je vous en supplie mon tendre époux, faites attention à vous et tenez moi au courant,
Marie.

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