Mme Marie Duval
7 rue des Lilas
Reims
Le 12 août 1915
M. Charles Duval
à la 10ème compagnie du 90 ème territorial
à Magnac laval
Haute Vienne
Mon amour,
Je m'empresse de vous écrire pour vous annoncer la nouvelle, je crois que nous allons avoir un garçon. Je n'en suis pas certaine mais j'en ai rêvé. Cette nuit, je l'ai vu. Il vous ressemblait tellement que j'aurais pu croire que c'était vous quand vous étiez plus jeune. Mais ce n'étais pas le cas, ce n'était pas vous mais bien lui. Je ne serais comment vous l'expliquer, mais j'en était certaine. Je savais que l'enfant devant moi était le mien, je n'avais pas besoin de le voir pour le savoir. Je me tenais assise dans le champ derrière notre maison pendant que notre bambin courait autour de moi. La joie et la bonne humeur régnaient autour de nous, ses petites rires m'enveloppaient de bonheur. Je me sentais si tranquille et apaisée, je pouvais sentir le soleil qui me caressait la peau. Puis, d'un seul coup, notre bébé s'est jeté sur moi, je l'ai alors pris dans mes bras et serré de toutes mes forces. À nouveau, je ne serais comment vous décrire la chose mais j'avais l'impression de me sentir toute entière. C'est comme si je n'avais jamais été entièrement moi par le passé, ce petit être était ma pièce manquante. Je ne savais pas qu'il y avait un trou en moi avant que je ne le rencontre. Je voudrais tellement que ce rêve devienne réalité. Quand je me suis réveillée, je me sentais tellement calme et le cœur bouillonnant d'amour. J'étais certaine que le bébé venait de me passer un message. Je rêve déjà de le rencontrer, j'ai tellement hâte de le prendre dans mes bras pour de vrai. Pour ce qui est de son genre, nous aurons la réponse seulement le jour de l'accouchement mais je suis prête à parier que c'est un petit homme. Peut-être qu'un jour la technique médical évoluera et ça sera possible de connaître le sexe des enfants avant leur naissance. Je ne pense pas que je ferais usage de cette méthode, je voudrais garder la surprise pour le grand jour.
Il y a quelques jours, je suis allée à mon rendez-vous à l'hôpital. Je me suis faite ausculter pour la toute première fois à l'hôpital. Je remercie votre cousine de m'avoir accompagné, je ne sais pas ce que j'aurais fais sans elle. Pas d'inquiétude le bébé est en excellente santé, de même pour moi. Cependant, je ne crois pas que je souhaite accoucher dans endroit aussi macabre. Les infirmières sont adorables, je ne dis pas le contraire mais pour ce qui est des médecins... ils sont froids et distants. Je n'aime pas la manière dont nous avons besoin d'être déshabillé, rasé et lavé de haute en bas avant d'entrée dans l'établissement comme si nous étions insalubres. Je le comprendrai si nous devions rentrer dans une pièce stérile mais cela ne fut pas le cas. J'ai alors posé la question au sujet de ce besoin de nous nettoyer avant de nous prendre en charge à l'infirmière. Vous savez ce qu'elle m'a répondu, elle m'a dit « les gens sont salles, remplis de poux ». Je n'en croyais pas mes oreilles. Comment peuvent-ils dire cela ? Bien évidement, je comprends que certaines personnes manquent d'hygiène mais c'est n'est pas mon cas. Le traitement que je reçu m'a directement insulté.
En faisant abstraction de cela, c'est un endroit calme et solitaire. En mentionnant la solitude, lors de mon accouchement, vous n'aurez pas le droit d'être dans la même pièce que moi m'a expliqué le médecin. Ni vous, ni ma grand-mère. Je vais devoir être seule face à mon angoisse et ma douleur. Vous comprenez, je ne crois pas que cela soit l'endroit favorable pour mettre notre enfant au monde. Peut-être devrais-je accoucher à la maison. Je pense que je me sentirais mieux dans cette épreuve en vous ayant près de moi.
Je sais pertinemment que mon corps a été conçu pour pouvoir porter la vie mais je ne peux m'empêcher d'avoir peur pour l'accouchement. J'ai l'impression que je ne vais pas y arriver. Je ne me sens pas prête, non pas à devenir mère mais à sortir cet enfant de moi-même. J'ai peur de ne pas y arriver et de le mettre en danger. J'angoisse a l'idée de souffrir. Je ne suis pas sûr d'en avoir la force. Je ne pensais pas penser à tout cela dès l'instant où ce petit être prendrait racine dans le creux de mon ventre. Je vous en prie, soyez là pour cet événement. Bien évidement, je ne vous en tiendrai pas rigueur si vous ne pourriez pas, cependant j'espère que vous pourriez être là. Je suis certaine que vous présence calmerai mes incertitudes.
Rien que parler de vous m'aide, mais aide également notre bébé. Je lui parle de vous, de l'homme formidable que vous êtes, du meilleur papa que vous ferez. Je suis quasi sûre qu'il vous aime déjà, je sens une chaleur se répandre dans mon ventre quand je vous mentionne. Je suis certaine qu'il sait que même si vous n'êtes pas là physiquement, vous pensez à lui.
J'ai également commencé à décorer sa chambre, j'ai hâte que vous puissiez la découvrir. Je ne vous en parle pas plus pour vous laisser la surprise.
J'espère que de votre côté tout va bien.
Votre aimante épouse,
Marie.
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Born to die
RomanceL'amour peut-il résister à la guerre ? Marie et Charles sont tombés amoureux le 17 avril 1914 dans un parc. Quelques mois plus tard, Charles est mobilisé. Durant un an, les deux amants ne se verront plus que quelques semaines, à la faveur des rares...
