Lettre n•22

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Mme Marie Duval
7 rue des Lilas
Reims

Le 20 juillet 1915

M. Charles Duval
à la 10ème compagnie du 90 ème territorial
à Magnac laval
Haute Vienne

Mon brave Charles,

Je sais que cela fait un certain temps que nous nous sommes pas écris. Je sais pertinemment que vous n'aurez sûrement pas le temps de m'écrire en retour et peut-être même de lire cette lettre dès l'instant où vous la recevrez. Cependant, je tenais à vous écrire, à vous annoncer une nouvelle. Ces derniers temps, je ne me sentais pas bien. Je pensais que c'était l'angoisse qui me rongeais de l'intérieur. Après plusieurs semaines, les symptômes ne se sont pas estompés, par peur de couver quelque chose de grave, je me suis réfugiée chez ma grand-mère. Sans plus attendre, elle a su. Elle a compris ce qu'essayait de me dire mon corps depuis le début. Elle a découvert que j'étais enceinte. Nous attendons un bébé, Charles. Je vous avoue que j'ai peur, je suis même terrifiée et en même temps, je suis si heureuse. Je déborde de divers émotions. Je suis si contente de savoir que nous allons avoir un enfant, j'ai hâte de pouvoir le tenir dans mes bras et lui donner l'amour qu'il mérite. Mais d'un autre côté, je suis tellement angoissé à l'idée qu'il grandisse dans un pays en guerre avec son père loin de lui. J'ai toujours rêver avoir un bébé, mais je ne crois pas que je m'attendais à recevoir cette nouvelle dans ces conditions. Je l'avoue, j'aurais préféré attendre que la guerre soit finie. Cependant, cela n'empêche pas que cet enfant sera chéri et aimé par ces deux parents. J'espère que ce sera un garçon pour pouvoir avoir un mini vous à la maison, pour pouvoir vous voir en lui. Je voudrais tellement qu'il vous ressemble, ainsi lorsqu'il se regardera dans le miroir, il aura l'impression de vous avoir près de lui. Depuis la nouvelle, j'ai l'impression d'être moins seule, j'ai retrouvé de l'inspiration pour mes œuvres, pour la maison, pour notre futur. Je ne peux m'empêcher à l'avenir, aux changements. C'est comme si ce bébé avait guérit tous mes maux, pansé chacune de mes blessures me redonnant une étincelle de vie, d'espoir, de bonheur. Peu de temps après avoir reçu la nouvelle, je voulait tant vous partagé la nouvelle, mais je dois l'avouer, j'ai attendu. Je n'y arrivais pas, je ne voulais pas que vous ayez l'impression de raté une part de sa vie, de notre vie de famille. Je sais que vous voudriez être là à chaque étape, mais cela ne sera point possible. Je vais bientôt aller à l'hôpital afin de le rencontrer en faisant ma première échographie, je vais enfin savoir si tout va bien. Je l'espère ! J'aurais tellement aimé vous avoir près de moi pour ce moment mais je comprends que vous ne puissiez pas. Je vous en supplie ne vous tourmentez pas, ce n'est pas votre faute si vous ne pouvez pas être là. Je vous rassure, je ne serais pas seule, ma grand-mère et Marguerite m'accompagnerons. J'espère de tout cœur que vous pourrez être là pour l'accouchement, mais à nouveau, si cela n'est pas possible, je ne serais jamais seule. Je sais que votre famille sera toujours à mes côtés.

Je vous tiens au courant,
Avec amour, votre tendre femme et votre futur enfant.

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