Lettre n•27

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[Retour au destinataire]

Mme Marie Duval
7 rue des Lilas
Reims

Le 8 octobre 1915

M. Charles Duval
à la 10ème compagnie du 90 ème territorial
à Magnac laval
Haute Vienne

Mon cher Charles,

Mon amant, mon soldat, mon époux, mon confident, mon mari,... Je dois l'avouez, je ne sais comment vous appeler. Comment une seule personne peut-elle être tant de choses en même temps ? Vous êtes Charles, un fils formidable, un frère aimant, un confident exceptionnel. Vous êtes un soldat, un valeureux, brave soldat sur qui vos camarades peuvent compter. Vous êtes mon époux, mon mari, mon amant, des milliers de mots pour simplement dire que vous êtes l'homme de ma vie. C'est grâce à vous que mon coeur bat dans ma poitrine, sans vous il s'arrête. Puis, vous êtes un père, un modèle incroyable pour notre enfant à naître. Enfin, vous l'étiez. A présent vous n'êtes qu'un souvenir ancré dans nos mémoires à tous, ceux qui ont eu l'honneur de vous connaître. Je m'en veux tellement, je le savais, je le sentais que quelque chose n'allait pas. Votre lettre n'a fait que confirmer mes doutes, mes craintes, mes peurs... J'ai tant prier mais cela n'a pas fonctionné. Je me revois ce matin, allant chercher le courrier, le cœur rempli d'espoir d'avoir de vos nouvelles. J'ai reçu une lettre, une avec votre nom mais qui n'étais pas écrite de votre main. Une lettre qui m'était destinée et qui me donnait de vos nouvelles mais celle que je ne voulais pas savoir. Je ne voulais pas y croire, en vérité, je crois bien que je n'y crois toujours pas. Je n'arrive pas à me dire que je ne vous reverrais plus, j'ai l'impression que vous êtes toujours sur le terrain en train de combattre, qu'une fois la guerre terminée, je vous attendrais sur le quais. Je me vois, je vous vous, je nous vois ensemble, enlacé à la gare. Moi de vos bras, vous me serrant si fort que j'en rirais aux éclats. Au loin, notre enfant qui court dans notre direction, prêt à sauter dans nos bras. Je nous vois, notre petite famille heureuse. Cependant, tout cela n'est qu'une illusion, une image créée par mon désir de vous revoir, n'est-ce pas ? Pourtant, je vous promets que dans ma tête cela me parait si réel, si vrai, si possible. Dans ma tête, cette lettre n'est que mensonge. Dans ma tête, vous êtes toujours en vie. Dans ma tête, nous sommes assis sur notre banc dans le parc où on s'est rencontré. Votre main caressant lentement mon ventre arrondie pendant que j'observe votre beau visage avant de le retranscrire sur ma feuille de papier. Comment vais-je pouvoir retourner dans cet endroit sans vous ? Comment vais-je pouvoir dessiner sans penser a votre beau visage ? Comment vais-je pouvoir vivre sans vous ? Tout me parait impossible sans votre présence. Tout me parait inimaginable sans vous. Je souhaiterais tant pouvoir vous voir une dernière fois, vous prendre dans mes bras, plonger mon visage dans votre cou pour sentir une dernière fois votre odeur réconfortante. Mon cœur se serre en sachant que c'est impossible. Je ne vous reverrai plus, à part sur d'anciennes photos. Je ne vous sentirais plus, à part sur vos anciens habits. Tout cela, mais ce n'est pas réellement vous, ce ne sont que des souvenirs qui me rappelleront constamment votre départ. Je voudrais simplement toucher une dernière fois votre visage, déposer un baiser sur votre front pour vous accompagner lors de votre voyage de l'autre côté. Malheureusement, c'est impossible. Je suis au regret de vous annoncer que vous n'aurez pas d'enterrement. Nous ne récupérons pas votre corps, l'armée ne peut pas nous le rendre car il n'est plus. Mon cher époux, vous avez fait une simple erreur qui vous a coûté la vie. Les détails ne m'ont pas été fournis, la seule chose que je sais c'est que lors de votre mission vous avez marché sur une mine. Vous comprenez qu'il est donc impossible d'avoir votre corps qui est à présent morcelé sur le terrain de guerre. Je n'arrive pas à y croire, je vous promets que j'essaye mais une partie de moi, celle qui espère, m'en empêche. J'ai la sensation de vous manquez de respect en ne ressentant rien. Des pensées me passent par l'esprit mais je n'arrive pas à mettre la main dessus. Je n'arrive pas à comprendre ce qu'il se passe en moi. Je ne suis plus maître de mes émotions. Est-ce normale que ma première réaction soit de ne pas y croire ? Est-ce normale qu'après avoir lu cette lettre je suis partie vous dessiner ? Est-ce normale qu'après avoir passé des heures à peindre, je me suis posé pour écrire cette lettre sans jamais verser une larme ? Je n'en sais rien mais je me déteste pour cela, je vous aime tellement mais à cet instant je crois bien que je vous déteste. Je vous hais pour vous avoir été mis en danger. Je déteste notre pays pour vous avoir forcé à vous battre. Je me hais de ne pas avoir été là pour vous. Je m'en veux de ne pas avoir été capable de vous rassurer, de ne pas avoir été là quand vous en aviez besoin. Quelle femme suis-je ? Quelle-mère suis-je ? Je n'ai pas réussi à être là pour vous, comment vais-je réussir à élever un enfant seul ? Cet être si pure, si cher qu'on se doit de protéger avec tout notre être. Je crois que je ne mérite pas ce bébé qui grandit en moi. Cet enfant mérite de grandir avec deux parents, dans une maison remplie d'amour et de joie. Je ne peux pas lui donner ça, notre maison est à présent remplie de tristesse et de vide. Je n'ai arriverais pas, j'ai besoin de vous. Je vous en prie, revenez. Ne me laissez pas seule. Comment vais-je réussir à vivre sans vous ? Je ne vais pas y arriver, je le sais. Je vous l'avais déjà dis, mes mots étaient sincères, je ne me vois pas vivre dans un monde où vous n'êtes pas présent à mes côtés. Je n'y arriverai pas, même avec l'aide de nos familles, c'est impossible. Je suis au regret de vous annoncer que je ne peux pas vivre sans vous. Mon coeur s'est brisé en mille morceaux en lisant la cette lettre qui m'annonçait la fin de notre amour. Mensonge, ce n'est pas la fin, je vous promets que je vous aimerais jusqu'à la fin de nos vie et bien après. La mort est incapable de nous séparer, notre amour est bien plus fort. Je promets de vous rejoindre, un jour. Je vous fait la promesse de vous revenir. Simplement, vous me manquez tellement, sans vous un vide se forme dans ma poitrine. C'est comme si en me quittant vous avez pris une partie de moi, un petit bout de moi pour vous accompagner lors de votre voyage. J'espère que vous êtes en paix où vous êtes mon tendre époux. Je dois vous avouer que je m'en veux tellement d'avoir été joyeuse ces derniers jours alors que vous n'étiez plus de ce monde. Je me sens horriblement mal d'avoir souris en sentant le bébé bouger dans mon ventre, d'avoir ris à la blague de votre cousine ou alors d'avoir penser à votre sécurité pendant que vous étiez apeuré par la mort. Je ne peux imaginer la douleur que vous avez ressenti, je ne me pardonnerai jamais. Je m'en veux tellement, j'espère que vous pourrez me pardonner, vous m'excuserez de mon comportement égoïste. Je vous en conjure, revenez au près de moi, de nous. Venez rencontrer votre enfant pour la première fois. Cet être que vous n'avez jamais encore vu. Vous n'avez jamais pu lui parler. Vous n'avez jamais eu l'occasion de toucher mon ventre rond. Aussi difficile que c'est de l'avouer, vous n'aurez jamais l'occasion de le faire. Vous avez un enfant, une fille ou un fils, mais vous n'avez jamais eu le droit de le rencontrer. Vous vous connaissez mais pas vraiment. Vous ne le verrez pas grandir, faire ses premiers pas, dire ses premiers mots... peut-être que moi non plus. Il a besoin d'un foyer stable et aimant, je ne peux pas lui donner ça. Je n'y arriverais, je crois bien que je serais incapable d'apporter de la joie à cet enfant. Je n'arrive pas à rester plus de quelques secondes dans notre chambre sans fondre en larmes, comment vais-je faire pour élever un enfant qui va vous ressembler ? Je ne crois pas que cela soit possible, mon cœur se serre à l'idée de laisser cet enfant partir mais je n'ai pas d'autres choix. Je crois bien que ce choix ne vous plairait pas, mais vous devez me comprendre, je souhaite le meilleur pour cet enfant. En revanche, je l'avoue, je l'aime et je ne peux imaginer ma vie sans lui. Je crois bien que cela me serrait impossible de lui dire adieu, c'est pour cela que je vais le laisser entre les mains de votre cousine et de son mari. C'est un couple formidable et amoureux, je suis sûre que notre enfant grandira en étant une personne exceptionnelle grâce à eux. Pour ce nouveau départ, j'ai besoin d'une nouvelle maison. Vous n'avez jamais pu voir notre maison mais je sens votre présence à chaque coin de cette dernière. Je dois l'avouer que j'aime vous sentir, j'aime avoir l'impression que vous êtes toujours là. Cependant, je me rattache à un souvenir. Un souvenir magnifique mais terriblement douloureux à la fois. Vous n'avez pas pu voir la chambre du bébé. Cet enfant qui ne la verra pas également. J'ai décoré cette chambre et je serais celle qui la déménagera ainsi la boucle sera bouclé comme si rien ne s'était jamais passé. Peut-être devrais-je faire ainsi ? Imaginer que tout cela n'était qu'un rêve. Devrais-je retourner vivre chez ma grand-mère ? Devrais-je retourner me balader dans le parc ? Je ne crois pas que cela soit possible, je penserais constamment à vous. Comment vais-je faire ? Que dois-je faire ? Je suis perdue, je ne suis sûre de rien. J'ai besoin de vous. Je vous en prie, revenez, ne me laissez pas ici seule. Revenez à la maison et nous élèverons notre enfant ensemble. Je vous en conjure, ne m'abandonnez pas dans ce monde. Ne me laissez pas seule à essayer de redonner un sens à ma vie que je ne retrouverais jamais. Je suis tellement égoïste de vous demander de quitter cet endroit paisible dans lequel vous vous trouvez actuellement, mais comprenez mon cher Charles, une vie sans vous ne vaut rien. Je préférais mourir que d'essayer de survivre dans un monde où vous n'êtes pas présent. J'ai besoin de vous Charles, vous me manquez.

Au revoir mon amour,
Marie.

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