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Chapitre 66







Je venais le voir au fur et à mesure, et chaque fois que je posais les yeux sur lui, je restais choquée. Le Kader d'avant semblait s'être évaporé. Et plus les jours passaient, plus il devenait intense, presque effrayant dans sa motivation. Tout ce qui lui était arrivé ne l'avait pas brisé, au contraire : ça l'avait propulsé, lui avait donné une vitesse à la réalité que je n'avais jamais vue.

Je le regardais se lever chaque matin avec une énergie nouvelle, fixer ses objectifs avec une détermination. Il voulait tout maintenant. Tout. Se marier avec Fatime, construire leur vie, s'acheter une maison... c'était comme s'il essayait de rattraper le temps perdu, de se protéger à tout prix contre ce que la vie pouvait encore lui enlever.

Et moi je restais là, entre admiration et peur. Admiration parce que mon frère, mon Kader, renaissait sous mes yeux. Mais peur, aussi. Peur que cette vitesse, cette urgence, le consume avant même qu'il ait eu le temps de savourer quoi que ce soit. Ce n'était plus le Kader insouciant que je connaissais, celui qui me faisait rire, celui qui se laissait vivre. Non, c'était quelqu'un d'autre, quelqu'un forgé par la douleur et la peur, un Kader qui voulait tout contrôler, tout posséder, avant que la vie ne reprenne le dessus.


Toute façon, tout le monde sait qu'on peut perdre la vie à tout moment, mais personne ne réfléchit vraiment aux causes. On marche dans la vie comme si rien ne pouvait nous toucher, comme si les coups du destin n'étaient que des histoires d'autres gens. Et puis ça frappe, brutal, et là tu comprends que tout peut basculer en une seconde.









Sa fais plusieurs jours Khalil se sent mal. Franchement, avec lui c'est très tendu. Il est super tactile, mais je sais qu'il est juste mal. Et malgré tout, je sens que quelque part, il souffre autant que moi, qu'il porte ce poids qu'on ne dit jamais à voix haute. Et ça me fait peur. Parce que j'ai pas envie de le perdre, pas cette fois. Mais j'ai peur aussi que cette proximité, ce qu'il représente, finisse par me détruire autant qu'elle me soutient.








Les filles étaient à la maison : Safiya, Kadya et Nayah. Faut voir comme je suis heureuse comme si ça faisait un an qu'on s'était pas vues. Depuis le matin, elles sont là, et on s'est pas tu une seule fois.

Elles sont toutes mariées maintenant, mais malgré ça, on a réussi à se trouver du temps pour nous, et ça fait tellement plaisir. Je les aime trop. Vraiment trop.

Mes enfants sont sortis avec ma mère, tranquille, alors quoi demander de plus ? Un moment pour nous, juste pour rire et parler sans interruption ça vaut tout l'or du monde.







Khalil, lui, est resté dans sa chambre. Et ça me va comme ça, aujourd'hui, je veux juste profiter de mes amies et de ce bonheur simple.



-Kadya : J'ai envie de vivre à Paris en ce moment j'sais pas. J'ai une forte envie.

-Safiya : Paris... toi qui voulais jamais quitter ton quartier! Qu'est-ce qui t'arrive bébé ?

-Nayah : Franchement, ça peut être cool. Changer d'air, découvrir autre chose.

-Kadya : J'sais pas, c'est toute ma vie le sud. J'aime pas changer d'environnement comme sa.

-Moi : Ouais c'est surtout l'habitude.


On est parti dehors, pour le BBQ le mood est plus que bon. J'ai ramené tout mes jeux de sociétés.










J'ai ramené une assiette de pommes de terre et un sandwich pour Khalil. Quand j'ai ouvert la porte de sa chambre, il était allongé, complètement endormi. On aurait dit qu'il avait pas dormi depuis des jours.

LUI ET MOI POSSIBLE? Où les histoires vivent. Découvrez maintenant