Suspendue aux fils de mes pensées, je me remémorais en boucle ce qu'il s'était passé hier au lycée. Heureusement que Marc avait été là sinon je ne sais pas ce qu'il me serait arrivé. À la radio, j'entendis qu'un nouveau corps d'un homme âgé d'une trentaine d'années avait été trouvé, mort avec toujours ce fichu liquide noir coulant de ses lèvres. Les journalistes n'en dirent néanmoins pas plus soit parce qu'ils n'avaient pas plus d'informations à ce sujet soit parce que cela avait été censuré.
Ma mère travaillant à la mairie de New-York m'avait fait part de la censure qu'administrait l'État américain à toutes les chaînes d'informations qui traitaient le thème des meurtres inexpliqués. Malheureusement, la rumeur se densifiait chaque jour et à mon avis, la censure se révélerait inutile dans un certain temps.
Aujourd'hui, j'avais mon deuxième jour de cours. Ce matin, j'avais reçu un message alarmé venant de Claire me disant qu'elle avait vu quelque chose d'horrible devant chez elle. J'espérais que ce n'était pas les effets secondaires de l'annulation de sa mémoire de ce qu'elle avait vu au lycée qui lui avait fait faire des cauchemars... Dans tous les cas, je voulais qu'elle soit loin de toute cette histoire. D'après moi, la simple peur suscitée par les médias suffirait à la maintenir chez elle.
Arrivée au lycée, je me sentais plus à l'aise même si je ne connaissais les noms que de deux de mes camarades. Sylvain me rejoignit dans le bus quant à Claire, elle me sauta dessus dès que mon pieds eut touché le sol du lycée.
_ J'ai vu un truc affreux hier Issi ! cria t'elle les yeux rougis.
Je l'observai un peu plus attentivement et remarquai les lourdes cernes bleutées qui se dessinaient sous ses yeux.
_ Quoi donc ? dis-je en essayant de rester le plus neutre possible.
_ Un fantôme ? lança Sylvain sarcastique.
_ Mais noon ... J'ai vu ... J'ai vu ... Un meurtre.
Sylvain et moi nous regardâmes éberlués.
_ Tu es sûre que c'était pas un rêve ?
Elle nous dévisagea hébétée.
_ Vous ne me croyez pas, c'est ça ?
Nous levâmes les mains en l'air en réfutant ses dires. Soudain, quelqu'un me poussa sur le côté. Je perdis l'équilibre et avant que mes nouveaux amis aient pu me rattraper, je terminai ma chute dans les casiers. Tout pour me faire remarquer alors que je devais plutôt rester discrète. Bravo !
Je me relevai en tremblant de rage en pensant à celui ou celle qui m'avait poussé. En relevant la tête, je vis un jeune homme à l'allure décontractée et aux cheveux bruns foncés m'adresser un clin d'oeil du bout du couloir. Okay, ce sont toujours les plus beaux qui vous font tomber ou quoi ! À croire que le destin s'acharne sur vous._ Heho ça va Issélia ? me secoua quelqu'un.
_ Quoi ? Ah oui oui je vais bien...
Sylvain me regarda dans les yeux et s'assura que je ne mentais pas. L'ancienne Issélia et lui devaient être proches. Il était très protecteur avec moi depuis mon arrivée.
La sonnerie nous tira de nos conversations et nous dûmes nous rendre dans nos salles respectives. À cette heure là, je n'avais pas cours alors avec Claire nous partîmes prendre un café au pub qu'il y avait en face de l'établissement. Il était tard déjà, presque 18h00.Le serveur de la cafétéria nous accueillit avec un large sourire. J'avais toujours dans mes pensées la belle image du jeune homme brun. C'était comme si j'avais une attirance naturelle vers ce garçon. Bizarre ...
_ Tu choisis quoi ? me questionna Claire.
_ Un chocolat chaud.
Claire ne dit rien mais fronça les sourcils. Peut-être que la vraie Isselia ne buvait que des capuccinos ?
_ Et toi ?
_ Pareil.
Le serveur vint prendre nos commandes. On discuta avec Claire pendant quelque temps à propos des cours et de banalités mais au bout de dix minutes, notre commande ne venait toujours pas.
_ Qu'est ce qu'ils font pour deux malheureux chocolat chaud ? s'impatientait Claire.
Je baissai les épaules. Tout à coup, la porte s'ouvrit à la volée, il n'y avait personne pourtant. Le vent frais du soir s'incrusta par bourrasques à l'intérieur de l'édifice. Ce que je trouvais inquiétant était que le petit serveur ne réapparaissait toujours pas. Trop bizarre à mon goût. Claire me toisa du regard, les yeux visiblement effrayés. Les lampes clignotaient à intervalles de temps irréguliers. Elle m'accrocha le bras alors que je tentais de me lever pour aller fermer la porte.
_ N'y va pas, reste avec moi, j'ai trop peur ...
Je me rappelai ce qu'elle avait vu la nuit dernière et décidai de rester auprès d'elle mais l'électricité commençait à faiblir et je me pris à penser que ce devait être un coup des Ombres. Mon père m'avait recommandé de rester à côté d'une source sûre de lumière dans ces cas là. Sauf que là, aucune lampe ne paraissaient vouloir rester allumée. Dehors, la lune éclairait faiblement l'asphalte et les lampadaires ne s'étaient pas encore mis en marche. Il fallait attendre. J'avais un plan.
Soudain, l'électricité des réverbères se mit en route nimbant de sa lueur, la chaussée. D'un coup, je bondis dehors en tirant sur le bras de Claire. Dès que nous mîmes le pieds à l'extérieur, la petite bâtisse de la cafétéria tomba dans l'obscurité total comme si les ténèbres étaient venus la chercher.
De l'autre côté de la rue, une dizaine de personne de notre âge assistèrent à la scène le souffle court refusant de briser le silence par peur d'attirer la malédiction que subissait la cafétéria familière du lycée. On attendait autant le pire que le meilleur.
Chacun se disait que ce devait être une simple panne de courant. Pourtant on savait que quelque chose de plus grave était en train de se dérouler sous nos yeux.
Et personne n'oserait intervenir.
Des vies étaient en jeu. Je priai que les habitants protecteurs d'Hesperūs interviennent.
Un hurlement assourdissant retentit soudain au milieu des grincements des Ombres (même si j'étais la seule à savoir ça) et des souffles appréhendants des lycéens autour de Claire et moi. Toute la troupe sursauta, la tension était palpable. Mais je commençai à douter du pouvoir d'intervention des gens d'Hesperūs.
Je savais que Marc était dans les parages mais il n'avait pas l'air d'intervenir. Les cris de l'homme s'estompèrent laissant place à un affreux pressentiment devant le pallier de l'école.Une vie avait encore disparu, je pensais aux réseaux sociaux qui s'enflammeraient dés ce soir de témoignages et débats aussitôt censurés. Notre monde changeait et se faisait envahir. Mais la plupart des gens l'ignorait par peur ou par idiotie.
Je levai la tête en communion avec les autres gens qui avaient assisté à la scène en recommandant l'âme du serveur au Ciel.
Pourtant, derrière moi, une main rassurante se posa sur mon épaule et une voix douce me souffla:
_ Ne t'inquiète pas, il est vivant...
Je me retournai et vis la dernière personne à laquelle je m'attendais. Fier en paon, le beau brun de ce matin admirait les premières lumières étoilées diffuses rappelant le lointain souvenir d'un monde du dernier espoir.
Hesperūs ...
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Les Porteurs d'Hesperūs
ФэнтезиLe jour de son anniversaire, deux mystérieuses personnes mettent fin à la vie d'Issélia. Elle se retrouve alors dans un hôpital avec une nouvelle famille. Où sont ses parents ? Peu de temps après, de mystérieuses silhouettes noires glissent le long...