Chapitre 22

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- Vous êtes sûr qu'elle va bien, entendis-je demander. Je la trouve pâle.

Je savais qu'elle parlait de moi, mais je ne pouvais pas dire un mot. Ma gorge était sèche et je sentais les larmes venir. Je clignais plusieurs fois des yeux car il n'était pas question que je pleure. Elle semblait ne pas me reconnaître... Bien.

- Je vais bien, réussis-je a articuler.

J'esquissais un faux sourire et jetai un coup d'oeil à Kevin qui me regardait bizarrement. Il devait savoir que je mentais, mais je n'en avais cure.
Je reportai mon attention sur ma m... sur la femme qui se tenait debout devant moi et la dévisageai de haut en bas. Cependant, mon regard resta figé sur son ventre bien arrondi. Elle devait être a 5 ou 6 mois de grossesse.
La jeune femme dû sentir mon regard insistant, puisqu'elle lacha sa fille et posa sa main sur son ventre et se mit a le caresser.

- C'est quoi comme sexe cette fois, demanda Kevin qui avait suivit mon regard.

- Une fille, annonca-t-elle tout sourire, encore une fois.

- Ca vous en fait combien, demandais-je un peu sèchement.

C'était sorti tout seul. Mais j'attendais sa réponse avec impatience. Et lorsqu'elle répondit qu'elle en était à sa deuxième grossesse, je ressenti comme un coup dans la poitrine et une envie de vomir.

- Donne moi les clés, murmurais-je a Kevin en lui tendant la main.

- Cas...

- J'ai dit donne moi les clés de la voiture, fis-je d'un ton plus dur.

Il fouilla dans sa poche et en sorti le jeu de clé qu'il me remit.

- Je t'attend dehors.

Je me précipitai a l'exterieur et couru jusqu'à la voiture. M'adossant contre celle-ci, je pris de grandes inspirations, essayant de reprendre mon souffle et de chasser cette envie de vomir. Mais je finis quand meme par recracher tout mon repas de midi.
Kevin me rejoins une dizaine de minutes plus tard, rangea les courses dans la voiture et s'installa au volant sans un mot.

J'étais dans ma chambre, allongée dans le noir depuis des heures déjà. Quelle heure était-il? Surement 20heure par là.
Je n'arrêtais pas de repenser a la scène du supermarché. Ma mère avait eu une fille, et elle attendait meme un autre enfant. Ma mère?? Ca devait être une blague. C'était forcement une blague.
Je me mis a rire devant le comique de la situation. Plus j'y pensais, plus je riais. Je riais de plus en plus fort, a un tel point que j'en avais mal aux côtes et que les larmes commençaient a couler.
Vous imaginez? Une femme qui abandonne son unique enfant dans la rue pour l'amour et l'argent d'un homme, sans aucun regret, sans aucun regard en arrière se retrouve mère d'une petite fille et enceinte jusqu'au cou. C'était tellement ridicule et absurde que s'en était drôle.
Dans ce cas, pour quoi avais-je cessée de rire? Pourquoi les larmes continuaient elles de couler malgré tout? Pourquoi est ce que je ressentais cette peine que j'avais ressenti des années durant?
Parce qu'au fond de moi je savais. Je l'avais su dès que je l'avais vu.
Ma mère était heureuse. Elle allait bientôt avoir deux enfants, elle m'avait rayée de sa vie, et elle était heureuse.
Pendant que moi j'avais passée des jours et des nuits à espérer secrètement qu'elle se rende compte qu'elle avait fait une bêtise et qu'elle revienne me chercher, ma mère avait refait sa vie sans moi... et elle était heureuse.

J'avais pleuré pendant plusieurs minutes avant de finir par m'endormir. A mon réveil, il était minuit moins le quart. Je n'entendais plus de bruit en bas et en conclu donc que Alicia et Kevin étaient surement montés dans leur chambre.
Je quittais mon lit et sorti dans le couloir. Tout était éteint, sauf la chambre d'Alicia d'où on pouvait voir s'échapper un peu de lumière.
Je traversais la petite distance qui séparait ma chambre de celle se Kevin et resta postée devant sa porte pendant quelques secondes. Puis j'abaissais doucement la poignée et me glissait a l'intérieur de la pièce.

Kevin était allongé sur son lit, le drap recouvrant sa tête. Je ne savais pas s'il dormait ou non, mais lorsque je me glissai sous les draps il ne broncha pas. Il restait immobile, un peu trop immobile.

- Kevin, dis-je tout bas. Kevin, tu dors?

- Non, répondit - il aussitôt. Qu'est-ce que tu fais la?

- Rien. Je... Ca te dérange si je dors avec toi?

- Non, déclara Kevin après une hésitation apparente. Viens la, ajouta-t-il en m'ouvrant ses bras.

Je ne me fis pas prier deux fois et me collai a lui, posant ma tête sur sa poitrine. Il se mit de me caresser l'épaule comme pour me réconforter.

- J'ai vu ma mère aujourd'hui, lâchais-je sans préambule.

Je sus que ma déclaration lui avait fait de l'effet lorsque sa main se figea sur mon épaule.

- C'est la femme du supermarché, ajoutais-je comme il ne disait rien.

- Tu... Tu es sûre que c'était elle?

- Tu pense que j'aurais pu oublier son visage? Dis-je un peu vexée. C'est ma mère.. Du moins ca l'était. Je ne pourrais jamais me tromper de personne.

-...

- Ne t'inquiète pas, pouffais-je j'ai déjà fait mon deuil. Si je t'en parle, c'est parceque tu mérites des explications par rapport à mon comportement au super marché... et aussi un peu parceque j'ai besoin d'en parler.

Je me mis a lui raconter comment j'avais vécu la chose, ce que j'avais ressenti en la voyant avec sa fille. Et lui, il m'écoutait patiemment.
Les larmes me montèrent aux yeux.

- Ce qui me fait le plus mal, avouais-je, c'est qu'elle ne m'ait pas reconnu alors qu'il ne m'a suffit que d'un regard pour savoir que c'était elle. J'aurais aimé qu'elle me reconnaisse, j'aurais aimé voir sa réaction a cet instant. Peut-être qu'elle aurait éprouvé du regret, ou peut-être qu'elle aurait joué l'indifférente. Mais au moins j'aurais eu le plaisir de la remercier et de lui dire a quel point j'étais heureuse maintenant, et que je n'avais pas besoin d'elle.

Et c'était vrai. Je n'avais plus besoin d'elle. J'avais trouvé des gens qui m'aimaient pour ce que j'etais. Je ne resterais plus figée dans le passer. J'allais aller de l'avant et vivre une vie normale.

Mon monologue finit, Kevin se contenta de me caresser la tête jusqu'à ce que les larmes cessent de couler. Apres quoi, je relevait la tête et mon regard croisa le sien. La pièce était dans le noir, mais il n'avait pas tiré les rideaux alors la lumière de la lune éclairait un peu son visage.
Les battements de mon coeur s'accélérèrent et je ne pouvais détacher mon regard du sien. Nous restâmes ainsi sans dir un mot pendant ce qui semblait être une éternité. Puis je me décidais a briser le silence.

- Embrasse-moi.

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