Nuit ✓

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 — Je suis désolée... dit-elle après un petit moment.

— Non, non, c'est moi...

Un silence s'installa. Presque pesant. Une larme monta à mes yeux mais je la retins. Son geste m'avait fait un pincement au cœur, c'était comme il elle m'avait repoussée. Même si je savais que ce n'était que la gêne d'être vues en public, cela me blessait.

Nous empruntâmes une jetée et nous arrêtâmes au bout pour regarder la Lune se refléter dans l'eau. Je m'assis au bord, le liquide froid frôlant mes pieds. Elle m'imita. Sa tête se posa sur mon épaule.

— Je tiens à toi Eliza, je te le promets, je suis désolée pour... ta main...

— Je sais, je sais, ne t'en fais pas va !

Je fermai les yeux pour profiter de l'instant. La brise légère, sa tête sur mon épaule, nos respirations lentes. Elle tenait à moi, mais moi, je l'aimais. Je ne lui avais pas encore explicitement dit parce que j'avais peur de la faire fuir. Je ravalai ma salive et me levai.

— Tu viens ? Dis-je. Faut pas trop qu'on tarde pour être en forme pour demain.

— Oui...

Elle avait dû sentir ma froideur mais elle ne dit rien. Nous rebroussâmes chemin, beaucoup plus silencieuses qu'à l'aller.

— Au fait ! dit d'un coup Alycia avec entrain. Je t'ai pas raconté, dans l'avion !

Je la regardai avec intérêt, voulant oublier ma légère baisse de moral.

— C'était vers la moitié du vol, un mec se lève, plutôt beau gosse, assez sûr de lui. Bon, au début je pensais qu'il allait aux toilettes. Sauf qu'il s'est arrêté trois rangs plus loin que le mien, de l'autre côté de l'allée. Quatre ou cinq personnes aussi intriguées que moi ont levé la tête, enlevé un écouteur, pour l'observer et l'écouter. Il s'est penché sur la fille assise là où il s'était arrêté. Il a commencé à se présenter tout ça, la fille avait pas l'air trop convaincu. Une hôtesse de l'air gardait un œil fixé sur lui au cas où il importune la jeune femme. Il lui demande son nom, elle répond gentiment. Il commence à lui dire qu'elle est jolie blablabla. La fille commençait un peu à se détendre et là, y a eu une forte secousse, qui a surpris tout le monde. Le gars s'est effondré par terre comme une loque. L'hôtesse qui le fixait s'est précipitée sur lui pour l'aider, ruinant toutes ses chances auprès de la nana qui était morte de rire. Le mec a remercié l'hôtesse, s'est un peu épousseté, a salué la fille et est reparti à sa place bredouille sous le regard de tous les passagers qui avaient vu sa magnifique chute.

Son histoire me fit sourire et me redonna un peu de joie.

— Mais le meilleur c'est pas ça ! Quand l'avion a atterri, comme d'hab j'attendais que le plus de monde sorte pour éviter de piétiner dans l'allée. Le mec en question voulait sûrement attendre que tout le monde descende pour ne pas qu'on se moque encore de lui. Il a vu que je faisais la même chose, donc pour pas paraître idiot il est passé devant moi. Je suis sortie de ma rangée juste après lui. Il commence à descendre les escaliers qui mène au sol, et v'la t'y pas qu'il rate une marche vers la fin ! Il a roulé dans l'escalier et s'est retrouvé le cul à terre au bout. Je me suis retenue de rire du mieux que j'ai pu et j'ai accouru pour l'aider à se relever. Il a ronchonné, m'a remercié et s'est retourné. C'est à ce moment-là qu'il a vu la jeune femme qu'il avait essayé de draguer plus tôt, debout à côté de l'escalier, en train de rire aux éclats. Il est devenu rouge, j'avais jamais vu ça !

Je commençai finalement à rire, accompagnant le rire d'Alycia qui s'amusait de ce souvenir.

— Le mec a ravalé sa fierté pour lui sortir « bah ça va hein, ça arrive à tout le monde », la fille s'est excusé en essuyant ses larmes. Il allait commencer à partir, mais elle l'a retenu par le bras pour lui dire quelque chose du genre « à vrai dire j'attendais que vous sortiez, je voulais m'excuser de vous avoir ri au nez lorsque vous êtes tombé dans l'avion. Pardon de devoir m'excuser une nouvelle fois. », au final il me semble qu'ils sont allés boire un verre.

— Oh c'est adorable !

— Mais oui ! Dans le taxi je m'imaginais trop, les deux, en train de raconter à leurs enfants leur rencontre.

— C'est vrai que c'est pas banal !

— Je voulais absolument te raconter tout ça dès que je te verrais ! Mais j'étais tellement heureuse de te revoir, et j'avais tellement envie de t'embrasser que tout m'est sorti de la tête !

— T'es chou, dis-je en souriant.

— C'est vrai, tu m'as horriblement manquée...

— A moi aussi mon cœur...

Elle soupira de bonheur et s'accrocha à mon bras. J'appréciai l'instant et cessai de me prendre la tête. Mon bonheur de la retrouver était revenu. Nous arrivâmes à l'hôtel et grimpâmes les escaliers en riant pendant qu'elle me décrivait la chute de ce pauvre mais bienheureux garçon. Ce fut essoufflées et les larmes aux yeux d'avoir trop ri que nous arrivâmes devant la porte de ma chambre. Je l'ouvris, elle y entra sans même penser à sa propre chambre, qu'au final la production aurait sûrement payé pour rien. Nous nous assîmes sur le lit pour reprendre notre souffle.

— C'est toi qu'il aurait dû draguer ! dis-je après avoir repris mes esprits.

— Pourquoi ?

— Parce que je suis sûre que c'était toi la plus belle de tout ce vol !

— Oohw, répondit-elle en prenant ma main dans la sienne, mais il n'aurait eu aucune chance avec moi.

— Ah ?

— Parce que c'est toi que je veux...

Sa réponse fit bondir mon cœur. Elle caressa gentiment ma main et finit par m'embrasser doucement. Cela faisait des heures que je rêvais de ses lèvres. J'en profitai un maximum avant de m'allonger en travers du lit et de l'attirer à moi. Bien vite nos mains devinrent baladeuses et nous nous retrouvâmes nues, le corps de l'une ancré dans celui de l'autre. Ce soir-là nous fîmes l'amour tendrement en guise de retrouvailles. Je m'endormis encore toute essoufflée dans ses bras protecteurs.

Le lendemain nous fûmes réveillées par mon téléphone réglé à l'heure pile. Je nous avais laissé une heure, le temps de se câliner pour bien se réveiller, le temps, éventuellement de prendre une douche prolongée, et de s'habiller. Je m'étirai en allant éteindre la sonnerie et lorsque je me replaçai dans le lit Alycia se colla à moi, s'agrippant comme un koala. Je souris et lui déposai un baiser sur le front.

— Dodo... ronchonna-t-elle dans mon cou.

— Tu veux te doucher ce matin ou ce soir ?

— Mmmh pourquoi ?

— Si tu choisis ce soir je te laisse encore 30 minutes de dodo.

— Et ce matin ?

— 15.

— Je me laverai ce soir...

Je lui caressai les cheveux et attrapai mon téléphone d'une main pour surveiller l'heure. Je n'étais pas du genre à me rendormir mais le temps dans ses bras passait à une allure folle. Elle desserra un peu son étreinte pour pouvoir me caresser le ventre. J'en profitai pour lui caresser le dos. Elle imita un ronronnement et un sourire naquit sur sa bouille toujours endormie. Je ris presque en silence.

— Arrête de rire ! Ça fait soulever ta poitrine, c'est pas confortable après.

— Ahahah ! Mais quelle grincheuse celle-là !

— Chuuuuut !

J'essayai de me retenir cette fois-ci et continuai à caresser son dos nu. Je sentis sa respiration se ralentir, elle était en train de se rendormir. Je l'écoutais respirer et savourais ce moment. Dans moins de deux heures nous serions sur scène devant un public nombreux. Bien que j'en ai acquis l'habitude cela me stressait toujours un peu. Je devais donc profiter de ce moment de quiétude. 

Until Our Final Journey To The GroundDes histoires addictives. Découvrez maintenant