Chapitre 9 -3/3

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Elle leur proposa quelque chose à boire, par pure politesse forcée, mais ils ne s'attardèrent pas dans l'appartement de Manuela. Après avoir échangé quelques nouvelles sur leurs amis communs, la vieille dame retourna vite à son atelier clandestin, promettant son silence en échange du leur.

La nuit était en train de tomber lorsqu'ils rentrèrent enfin au manoir, et avec elle, la fatigue accumulée commença à se faire sentir. Ils n'avaient pas échangé un mot durant tout le trajet du retour.

Andrea grimpa l'escalier en se frottant les yeux. Derrière lui, Rhys montait péniblement les marches du grand hall. Il avait déjà eu du mal à monter jusqu'à l'appartement de Manuela, mais là, c'était encore pire. Toutes les articulations de son corps étaient sources de douleur. Il prit le temps d'aller se changer avant d'aller réchauffer un plat de Sven dans la cuisine. Il n'avait plus l'intention de bouger de son canapé avant les trois ou quatre prochaines heures. Et il ne le ferait que pour aller se coucher.

– Putain, j'ai encore mal partout. T'y crois, ça ?

Andrea se laissa tomber à côté de lui sur le sofa. Il s'était changé lui aussi, emmitouflé dans un sweat trop grand.

Rhys lui jeta un regard noir. Il se rappelait encore de l'avoir trouvé en pleine activité dans la salle de sport, plus tôt dans la matinée. Le simple fait d'y penser lui donnait des courbatures.

– Je me demande bien d'où ça peut venir, maugréa-t-il en réponse. Tiens, mange.

Andrea ne se fit pas prier, et s'installa en tailleur avant de récupérer une assiette. Il huma le plat d'un air circonspect, mais la bonne odeur des poivrons grillés dû avoir raison de son appréhension face à l'inconnu.

– Et maintenant ? dit-il en avalant une bouchée. Qu'est-ce qu'on fait demain ?

Rhys lui lança un regard blasé.

– On va bosser. Je te rappelle que Bernard a du boulot à te proposer.

– Quoi ?

Andrea avait froncé les sourcils. Il reposa sa fourchette beaucoup trop fort sur son assiette.

– Mais on n'a presque rien appris ?

– On en a déjà appris beaucoup, répondit Rhys. Tu croyais quoi, qu'on allait menacer des types du haut d'un pont en leur demandant à qui était l'entrepôt ?

Andrea piqua du nez sur son assiette, l'air vexé. Rhys savoura sa victoire en silence.

– Ça aurait peut-être été plus productif qu'aller manger des glaces en ville.

– Laisse les choses se faire. On ne peut pas rentrer dans les gens en leur posant des questions directes. C'est le meilleur moyen de se faire descendre.

D'autant plus que Bernard ne les soutenait pas, et ne serait pas là pour couvrir leurs arrières. Il reposa ses couverts pour observer Andrea du coin de l'œil. Enfoncé dans le canapé, caché derrière les mèches de cheveux qui encadraient son visage, il lui faisait plus penser à un adolescent boudeur qu'à un diplômé d'une grande école de commerce. Ses oreilles percées émergeaient au milieu de sa tignasse inégale.

Il ressentit l'irrépressible envie de les mordre. Et d'enfouir les doigts dans ses cheveux courts, à l'arrière de son crâne. Rhys se leva précipitamment pour lutter contre ses pulsions. Il fit mine d'aller leur chercher à boire pour cacher sa soudaine fébrilité.

– En plus, on a appris des choses, dit-il d'un ton qui se voulait neutre.

– Ah oui, et quoi ?

OmertaOù les histoires vivent. Découvrez maintenant