Chapitre 10

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- Tu penses qu'on peut régler le problème ? demanda la Prêtresse au Crève-gobelins.

- Moi, répondit-il, je veux d'abord que l'Elfe vienne me demander pardon.

- Pardon pour quoi ?

Pourtant, elle le savait très bien. Elle voulait juste l'entendre dire.

- Pour avoir fait l'ignorante alors qu'elle savait très bien ce qu'elle voulait.

- Bien dit, Monsieur le Crève-gobelins !

C'était exactement ce qu'elle voulait entendre.

- Mais...

- Oui ?

- Vous savez, par rapport à ce qu'on disait tout à l'heure.

- Eh bien... ?

- Je ne vous lâcherai pas.

Il pouffa.

- Vraiment ?

- Eh oui.

- Je vois.

- Parle-moi de ta sœur.

Elle le sentit trembler.

- Ma sœur... Je vois. C'était une bonne personne. Elle était toujours là quand j'avais besoin d'elle, elle me disait ce qui était bien ou pas, elle me faisait réfléchir, et je n'aurais jamais été ce que je suis maintenant sans elle.

La Prêtresse fut troublée par sa déclaration.

- Je l'aimais tellement...

Elle sentit les larmes lui monter aux yeux.

- Et... que serais-tu devenu si elle n'était pas là, puisque tu dis que, sans elle, tu n'aurais jamais été ce que tu es maintenant ?

- ... En ce moment, je serais probablement en train de vendre du pain.

- Du pain ?

Cela l'amusait d'imaginer son compagnon avec une casquette sur la tête en train de compter la monnaie du pain précédemment vendu.

- Elle vous a tant changé que ça ?

- Oh oui.

- Hum... Et, où est-elle, maintenant ?

- Elle repose en paix.

Sa réponse La heurta en plein fouet, aussi douce fût-elle.

- Et... ça ne te fais pas de la peine ?

Elle regretta immédiatement sa question, et se maudit de ne pas réfléchir avant de parler.

- J'imagine que...

- Oui. Elle me manque énormément encore aujourd'hui, soupira t-il.

- Je suis vraiment désolée. Elle avait l'air d'être quelqu'un de bien.

- Tu n'as pas à être désolée. C'est à moi, murmura t-il.

- Pou...pourquoi ?

- J'étais là quand ça s'est produit. Et je n'ai rien fait.

Elle comprit immédiatement.

- Des gobelins...

- Ils ont mis feu au village, ma mère était emprisonnée dans la maison, donc elle est morte asphyxiée.

La Prêtresse déglutit. Mais le Crève-gobelins restait de marbre.

- Mon père a été poignardé par l'un d'eux.

Elle ne put retenir un sanglot. Toutes ces informations brutales de la part du Crève-gobelins la submergeaient...

- Et votre sœur... ? risqua t-elle.

- Ils l'ont traînée derrière la maison, continua t-il, impassible, ils ont déchiré ses vêtements, en la griffant, et elle hurlait. Ils l'ont bien plaquée au sol, et... Ils ont abusé d'elle. Ils l'ont violée.

La Prêtresse se figea. Et elle finit par lâcher toutes ses larmes. Le Crève-gobelins se tourna vers elle, et, comme si ça l'amusait de la voir pleurer, il termina :

- Et moi je les regardait faire, complètement figé. Il y avait un marteau calé sur une façade de la maison, mais je n'osait plus bouger.

Il la fixa longtemps sans rien dire, en attendant qu'elle s'arrête de pleurer, et finalement, il se rapprocha d'elle et la prit dans ses bras. Elle s'arrêta un instant, mais continua à sangloter, puis essuya sa morve sur l'armure de son ami, et se reprit. Il desserra son étreinte

- Désolée, c'est que je suis très sensible.

- Moi aussi.

Cette réflexion la surpris.

- Toi ? Sensible ?  Vraiment ? Ha ha ha !

Elle n'arrivait plus à s'arrêter. Lui ? Sensible ?

Au moins, il a le sens de l'humour.

Et elle se rappela. De leur conversation quelques instants plus tôt.

- Comment ça, « c'est ça » ?

- Comme tu le dis, je me sens vulnérable

Mais l'Elfe s'était incrustée dans leur discussion. Argh, cette Elfe...

- Ce n'est pas drôle.

Il l'interrompit de ses pensées.

- Hein ?

- C'est vrai, pourtant !

- Peut-être...

Elle lui sourit, et elle sentit son regard peser sur elle.

- Tu...

- Encore ensemble, tous les deux !

Goblin Slayer : un nouveau départOù les histoires vivent. Découvrez maintenant