Les souvenirs de sa bataille avec ses deux meilleurs amis encore frais dans la tête, Cyril alla prendre place au fond de la salle d'allemand, comme à son habitude. Il fouilla dans son sac pour en tirer sa trousse et ses feuilles qu'il éparpilla sur sa table, puis constata une coupure sur sa main gauche. Sans avoir aucune idée de sa provenance, il chercha dans la plus petite poche de sa besace et ressortit victorieux de sa quête, un pansement entre deux doigts. Le jeune homme jeta un regard au professeur puis, constatant que celui-ci était en pleine concentration sur sa feuille d'appel, déballa son pansement. Il l'appliqua ensuite sur la plaie puis, satisfait du résultat, fourra les petits papiers dans sa poche sans manquer d'adresser un ''tu vois ?'' mental à Samy, qui ne voyait aucune utilité au fait d'avoir toujours des pansements sur soi.
Cyril n'était pas très bagarreur ni très maladroit mais dans la norme sur ces deux traits de caractère, aussi avait-il souvent besoin d'avoir de quoi se soigner sommairement. Certains disaient de lui qu'il était une pharmacie ambulante, et il avait du mal à leur donner tord. Pour autant, il continuait de ramener ses bricoles, et était toujours satisfait lorsqu'il en avait besoin.
Passées ces trois minutes durant lesquelles il s'était occupé, Cyril sentit l'ennui revenir au grand galop. Il constata alors que le dessin au bord de la table avait évolué : le premier personnage affichait une expression choquée, accompagnée de ses mains posées sur ses joues, en réponse au salut du bonhomme de Cyril. Celui-ci sourit à cette vision et, inspiré par la soirée qu'il avait passée la veille, griffonna rapidement son protagoniste en train de lancer de la neige vers son vis-à-vis. Il espérait que l'autre jouerait le jeu, puis se replongea dans ses souvenirs. Samy et lui s'étaient alliés pour enneiger Inael qui, finalement frigorifié, avait imploré leur grâce, s'attirant leurs rires machiavéliques.
– Je peux sans l'ombre d'un doute affirmer que la grammaire allemande vous passionne, au vu de votre sourire, monsieur Billy.
Cyril redressa la tête, fronçant les sourcils devant l'utilisation de son nom de famille.
–Mais très certainement, monsieur, ne tarda-t-il pas à répondre.
– À la bonne heure. Seulement, je préférerais que vous exprimiez votre amour pour cette langue d'une autre façon.
–Moi je préférerais partir en Allemagne apprendre la langue sur le terrain que de rester enfermé entre quatre murs à vous écouter nous parler sans cesse.
Devant le silence qui suivit sa phrase, Cyril décida de l'expliciter :
–C'était juste pour vous faire comprendre que les préférences de chacun n'importent à personne. Aussi, il ne sert à rien de les exprimer. Vous êtes ici pour nous donner des ordres, de toutes façons...
Des sourires germaient sur les visages de ses camarades, provoqués par l'audace de Cyril, mais aussi par son ton particulièrement soutenu. Tous savaient que lorsque le lycéen usait de cette manière de parler, c'était pour tourner son professeur en dérision. Bien entendu, l'adulte n'approuva pas cette réponse, et lui donna avec un immense sourire un travail à lui rendre pour le prochain cours, deux jours plus tard. Le jeune homme nota les exercices dans son agenda avec un sourire hypocrite que son professeur lui rendit aussitôt avant de retourner au tableau pour continuer son cours.
Quelques pouces en l'air dans sa direction firent sourire Cyril, il répondit à tous par des clins d'œil complices. Il passa le reste de l'heure à retracer sa journée pour comprendre d'où venait cette égratignure sur sa main gauche, à compter les élèves de sa classe portant des lunettes – plus qu'il se le serait imaginé – à tester différentes positions sur sa chaise sans se faire disputer...bref, à s'ennuyer. Il pensa aussi à la personne qui avait dessiné sur sa table.
Mais, alors que ses pensées parvenaient enfin à un sujet pouvant se montrer intéressant, la cloche sonna et Cyril se promit de ne pas y réfléchir dans d'autres matières. Ce qui se passait en allemand resterait en allemand. En attendant, les deux journées le séparant de son prochain pourraient bien se trouver plus longues que prévues...
Comme promis, le deuxième chapitre est déjà là.
Le prochain sera jeudi, pour coller aux horaires d'allemand de notre protagoniste ;)
Vous faites quoi comme langues ?
La bise !
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Bonshommes Bâton
Teen FictionCyril s'ennuie depuis le début de l'année, en cours d'allemand. Evidemment, il a pour professeur un homme sec et strict qui a tendance à le tenir à l'oeil. Alors, quand il découvre sur le bord de sa table un bonhomme formé de quelques traits, il déc...
