Déception

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Suite
Point de vue de Rougui
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🖤

Une fois dehors, l'air frais nous foudroie le visage au même rythme que nos pas qui martèlent le sol. On n'entend à peine leurs claquements à cause des battements de nos cœurs. J'ai chaud et je commence à m'épuiser à force de me hâter. Je m'arrête, à bout de souffle, en laissant la main de Madou. Je me tiens les genoux et j'essaie de reprendre mon souffle, mais c'est assez compliqué entre deux rires. Madou, qui m'a devancée, retourne sur ses pas pour me rejoindre. Il n'arrête pas non plus de rire. On est morts.

— J'ai cru que ton père allait me tuer ! me dit-il.

— Et moi donc ?

Je me tiens le ventre en inspirant profondément, tellement on n'a pas respiré dans la maison. Il nous a mis la pression comme jamais.

— Ah ton père il est incroyable Rougui, me dit mon ami, je vais faire des cauchemars de lui.

Je rigole en me redressant. Ça, c'est sûr. Je regarde Madou et nos yeux se croisent. Seulement, sur le moment, je ne peux penser qu'à une seule chose : p*tain, il est pas mal, ce con. Je détourne le regard, les joues en feu. Il ne peut pas le remarquer, mais mon Dieu, je rougis ! Je rougis vraiment à cause de lui. Moi qui comptais l'ignorer, mon plan échoue lamentablement. Je suis en train d'enterrer la hache de guerre comme une débutante. C'est pas juste...

Et puis, quand j'y repense, les années défilent si rapidement que j'ai du mal à me rendre à l'évidence devant tant de changements. On grandit, surtout Madou. Il grandit si vite que c'en est incroyable. Je deviens une femme et lui un homme, même si, côté maturité, c'est un peu moi qui l'aide à se développer. Et pire encore, je n'ai jamais imaginé qu'un jour, un truc pareil allait m'arriver. Moi qui rougis à cause de Madou ? C'est le monde à l'envers. Ayoo... Madou a une emprise sur moi que je commence sérieusement à craindre. J'ai l'impression que cela s'agrandit de jour en jour et prend de l'ampleur. À la base, on est sur une grosse boule au ventre à sa vision, mais peu à peu, c'est devenu un cœur qui bat la chamade, comme si je le redécouvrais à chaque fois... J'aime tout ce qui fait de Madou, Madou. Son sourire, son calme, sa voix, quand il glousse en me regardant, quand il fait le con ou quand il caresse sa barbe dénuée de poils... Toutes ces choses me font fondre comme de la graisse dans une chaudière. Et au fil du temps, ça devient encore plus intense. Je réussis jusqu'ici à cacher le trouble qu'il provoque en moi, mais j'ai l'impression que ça ne va pas durer et ça me fait peur. Ce qui m'arrive à son égard me ronge depuis bien longtemps et, malheureusement, je n'ai pas le courage d'en parler à qui que ce soit. Je préfère le garder secret, car j'ai la sensation que c'est une mauvaise chose, que c'est impur...

— Viens on y va, fait la source de mes pensées en me tendant la main.

À quoi je pensais ? Je commence à perdre le nord, moi. J'esquisse un sourire et je prends sa main. On marche en discutant de tout et de rien jusqu'à l'arrêt du bus. On arrive là-bas pile au moment où notre transport arrive. Nous montons, nous lançons un salam à tous les passants, mais seuls quelques-uns nous répondent. L'impolitesse dans ce pays ! Je ne m'y attarde pas et regarde les places libres. Mon regard tombe sur deux sièges que je me dépêche de rejoindre. Je m'assieds et quand Madou arrive, il se rend compte que je ne me suis pas assise à côté de la vitre. Je joue l'indifférente.

— S'il te plaît va de l'autre côté, me supplie-t-il.

Je l'ignore. Madou n'aime pas s'asseoir à côté de la vitre, mais quand il le fait, il ne la regarde pas, ça lui donne des vertiges. Pauvre de lui. C'est drôle quand même pour quelqu'un qui conduit une moto. Très drôle même ! Je le taquine un moment, puis je change de place. Il s'assoit en me faisant la tête. Ça me fait longuement marrer.

IndestinésDes histoires addictives. Découvrez maintenant