" Aller, lève-toi ! Ce n'est pas un camp de vacances ici ! Debout ! Habille-toi, et dis-nous si c'est à ta taille !
Brusquement réveillé, je mets du temps à m'habituer à la lumière de la pièce, et à comprendre ce que le soldat me voulait. Encore dans les vapes, je descends doucement de l'échelle, et remarque que Leïla, Jo et Assou étaient déjà en tenue. Un soldat me lance une combinaison, et je titube sous le poids de celle-ci. Assou me rattrape avant que je ne m'ouvre le crâne sur le coin du lit, et un des trois soldats ricane :
- Bah oui, ce n'est pas fait en plume, hein ! Ses collèges ricanent, et je me renfrogne, en remerciant tout de même mon ami d'un faible sourire.
Après avoir enfilé ma tenue, je fais quelques pas dans la chambre sous l'œil curieux et moqueur du soldat qui me l'avait lancé. La combinaison était noire et grise, moulante, taillée dans une matière semblable à du caoutchouc granuleux, avec un rembourrage comme celui d'un gilet pare-balles à l'entre-jambe, et au niveau du torse. Je ne me sentais pas à l'aise dedans, le caoutchouc n'étant pas ma matière préférée. En mon for intérieur, une seule question se posait : pourquoi portions-nous une tenue qui m'avait tout l'air d'être une combinaison de combat ??
Cela ne les empêchera pas de nous tuer... je me dis à moi-même.
J'opine de la tête, pour indiquer aux soldats que la tenue m'allait, et remarque une petite poche sur le côté du bras droit.
- A quoi elle sert, c'est ça ? me demande un soldat avant que je pose la question. Tu mets ta carte dedans. C'est l'endroit de ton corps auquel tu dois faire le plus attention. Si ta carte est cassée, toi, tu sautes. C'est valable pour tout le monde ici. Perdue, cassée, fendue, c'est le même prix. L'élimination.
Je tressaillis. Donc je n'avais pas rêvé. Je vais mourir.
Nous suivons enfin le garde, qui sort de la chambre après s'être assuré que nous n'avions rien emporté avec nous, et nous nous dirigeons vers l'ascenseur. Une petite voix intérieure m'incitait à prendre mes jambes à mon cou, mais la peur me maintenait entre Assou et Leïla. Mes pieds étaient lourds comme du plomb. La seule chose que j'étais capable de faire était de suivre la marche tandis que mon cerveau me hurlait de fuir. Nous descendons les étages jusqu'à être au -12. Honteux d'espérer que l'ascenseur rencontre un problème technique et que nous nous retrouvions coincés pour le reste de la journée, je sentais mon cœur s'emballer un peu plus à chaque étage que nous descendions.
- Incroyable... Jamais je n'aurais cru que ce bâtiment avait autant de sous-sol ! s'étonna Jo, qui semblait tout à fait calme. Calme qui d'ailleurs m'étonna dans un premier temps.
Il est vrai que je n'avais pas pu la mettre au courant de ma découverte d'hier, et je me promis de lui expliquer avant que tout ça ne commence.
- Tu ne croiras jamais non plus ce que je vais te dire, siffle un soldat : plus on descend dans les sous-sols, moins tu as une chance de revoir la lumière.
Les trois hommes éclatent de rire, un rire rauque et vicieux, qui résonne dans ma tête vide, et qui fait bourdonner mes oreilles. Je vois Jo perdre son sourire.
- Où est ce que vous nous emmenez, exactement ? demande Leïla, qui semblait s'énerver de plus en plus.
- A la boîte. L'épreuve 1 commence dans un quart d'heure. Lance le premier homme sans se retourner.
La sortie de l'ascenseur était une épreuve à elle seule. Je ne pouvais me résigner à quitter pour la dernière fois ce qui nous reliait à la surface.
Mais Assou me jette un regard entendu, et je me retrouve à le suivre à contre cœur.
Nous marchons encore un moment dans le couloir froid et humide, quand un gardien arrive derrière nous en courant. Son visage rougeaud et ses cheveux, -qui devaient auparavant être plaqués avec une couche de gel plus qu'excessive- retombant mollement et de façon éparse sur son front suant me firent grimacer : il devait avoir une soixantaine d'années, mais son ventre à bière ne lui en garantissait pas 10 de plus. Une montre à son poignée, héritage de son père sûrement, puisqu'il s'agissait d'un modèle qui n'était plus sur le marché depuis une bonne quinzaine d'années affichait 9h53.
- Aller, aller, vous êtes en retard ! L'épreuve est avancée de 5 minutes, les consignes sont en train d'être données !
Nous échangeons un regard, Assou, Jo, Leïla et moi. Je suis paniqué, et je n'ai qu'une envie : courir très vite et très loin d'ici. Mais disons simplement que je ne veux pas finir comme Auguste. Alors je continue de marcher, près d'Assou, qui garde le silence et les yeux baissés. C'est une impression étrange que de savoir que l'on va droit vers la mort. Je me sens tel un détenu de prison qui marche vers la chaise électrique. J'avale ma salive avec difficulté.
Nous arrivons finalement devant une porte en fer, ronde et comportant un hublot en verre qui nous donnait un aperçu de l'intérieur de la cellule, et le quatrième soldat pianote un code sur un clavier numérique, code trop long pour que je m'en souvienne. Il ouvre alors la porte quand est émis un Biiiiip strident. Je sursaute, et l'homme au code me sourit :
- C'est pour bien réveiller les gens qui dorment debout !
Je ne parviens pas à déceler de la méchanceté dans sa voix, ni de la moquerie, mais je refuse de croire qu'il y a la moindre once de sympathie chez une des personnes qui nous condamnent à mourir sous terre. Je ne lui rends donc pas son sourire.
Après quoi nous somme poussés dans le sas, et la porte se referme.
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La boîte
General FictionJe pensais que c'était une sorte de concours. Jamais je n'aurais cru que ça allait se passer comme ça. Je ne connais personne. Et personne ne me connait. De toutes façons, qu'est-ce que cela peut faire ?! A la fin, il n'y aura plus personne.
