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Mauvaise nouvelle

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J'ouvre les yeux difficilement, et me redresse pour regarder autour de moi : je suis seul.
Dans le même sas que d'habitude, mais seul. Je regarde ma jambe : elle ne me fait plus souffrir, tout comme mon bras, mais a pris une étrange couleur bleue- vert un peu flippante, qui me fait détourner les yeux. Une espèce de crème blanchâtre luit encore sur mon entaille. Assou et Jo avaient dû se cotiser pour acheter à une borne de quoi guérir mon bras. Et le venin semblant ne plus faire effet, j'en déduis qu'ils m'avaient surement administré un antipoison. Je me sentais coupable de leur faire dépenser une partie de leurs points pour moi, si ce n'est l'entièreté. J'espérais simplement qu'ils avaient aussi pensé à prendre quelque chose à manger pour eux.
Je me lève en prenant appui sur le mur, et claudique jusqu'aux portes de ma prison, sur lesquelles je tambourine des poings. L'écran, (qui d'ailleurs avait été remplacé après le labyrinthe) s'allume, et l'animatrice annonce avec son éternelle voix horripilante :
- Mes chers candidats... Voici une nouvelle épreuve qui va commencer... Mais êtes-vous réellement prêts ? Cette étape est dangereuse, et vous devrez vous battre pour rester en vie. Vous pouvez remarquer que vous êtes seul. Votre ou vos coéquipiers ont été choisis pour expérimenter cette nouveauté de ce concours plutôt que vous... Mais je vous rassure, vous ne raterez rien ! (Elle glousse, et je sens les poils de ma nuque se hérisser : non seulement ce concours avait déjà été fait, mais en plus ils trouvaient de nouvelles idées pour « l'améliorer » !).

La présentatrice reprit :

- Quand les portes s'ouvriront, vous serez dans un autre univers... quelque peu différent de ce que vous ayez pu voir auparavant.
En baissant le ton, mais en concevant cette fébrilité et cet amusement dans sa voix, elle ajoute en se penchant vers la caméra comme si elle s'apprêtait à nous confier un secret :
- Je tiens tout particulièrement à remercier nos techniciens et nos ouvriers pour le fabuleux travail qu'ils ont fait !
Puis elle se redressa avec un grand sourire et repris plus fort :
- Libérez vos amis en déchiffrant les énigmes pour les retrouver . Vous avez une heure... Bon voyage !
Les portes s'ouvrent alors lentement, et un vent violent s'engouffre immédiatement dans le sas, me faisant suffoquer. En contrebas, dans une mer noire et tumultueuse, un yacht luttait contre les vagues énormes qui déferlaient sur son pont... Mais nous étions encore dans la boîte, et je ne sais par quel miracle les créateurs avaient réussi à créer une telle épreuve... Une tyrolienne reliait mon sas au bateau, et je n'hésite pas un seul instant :je devais les retrouver.

Les créateurs avaient tout prévu : je suis l'enfant, le faible... Comment pourrais-je délivrer Assou et Jo s'il faut se battre ? Ils avaient assurément pensé à me faire regretter d'être en vie alors que j'avais frôlé la mort plusieurs fois, déjouant les pièges qu'ils nous avaient tendus et allant à l'encontre des règles établies. Le but de cette épreuve devait être de m'éliminer rapidement. Peut-être craignaient-ils un mouvement de rébellion de la part de mon équipe, voire de plusieurs équipes. Un soulèvement est une chose que les créateurs devaient forcément éviter. Quoique les tireurs auraient vite fait de nous régler notre compte. Il ne suffisait que d'un mot pour qu'il nous pleuve du plomb dessus.

Ma descente est très rapide, et le vent me secoue sur la corde et me menace de me plonger dans la mer affreusement sombre. Bien que terrifié, je ne cesse de penser à Assou et Jo, qui devaient être quelque part dans le noir, soit inconscients, soit perdus et désorientés. Il était injuste qu'ils soient là où j'aurais dû être, moi qui avait fait tant d'entorses au règlement.
Je tombe finalement sur le pont après 2 ou 3 minutes de glissade, bientôt rejoint des autres « sauveurs » de chaque équipe. Nous sommes huit, huit candidats en vue de sauver leur équipe...
Nous nous jetons des regardes inquiets, ne sachant ni où aller, ni quoi faire. Les créateurs attendaient peut-être que l'on se saute dessus et qu'il y ait un bain de sang. Mais aucun d'entre nous ne semble assez téméraire pour lever la main sur son voisin.
C'est avec une désagréable surprise que je remarque alors Enrick en face de moi. Trop occupé à remettre sa combinaison en place, il ne semble pas m'avoir remarqué. Étant seul, on lui avait visiblement remodelé une équipe, pour qu'il puisse participer... Mais allait-il seulement faire l'effort de sauver les autres de son équipe s'il les connaissait à peine ? Malgré tout, Enrick semblait être adoré par les créateurs, sinon, ils n'auraient pas hésité à dire aux tireurs de le tuer.
Je dois me méfier de lui, je pense, puisqu'il aurait apparemment juré ma mort. Je m'élance sur le pont glissant à cause de l'eau qui s'écrasait dessus régulièrement et tanguant de droite à gauche, avant de m'engouffrer tant bien que mal dans la première salle, sous le gouvernail : une grosse table en bois qui devait d'ordinaire trôner au milieu de la table glissait maintenant à travers la pièce selon les mouvements du bateau. Dessus, des plats cuisinés et appétissants qui me font retourner l'estomac. Je mourrais de faim, c'était indéniable. Mais qui sait, peut-être que les plats étaient empoissonnés. Je tente donc d'ignorer les mets savoureux, et chercher entre les plats, dans les verres, sous la table le moindre indice pouvant me permettre de trouver Assou et Jo. Je me retourne, et un second sauveur me rejoint pour chercher sur la table. Je le vois du coin de l'œil mettre des poignées complètes de nourriture dans sa bouche et me retiens de le mettre en garde.
Je vais donc vers l'armoire à toute vitesse, et l'ouvre pour en jeter les livres, quand sur son fond, je remarque un mot peint en noir :

"B4, B7, vous êtes trois par équipe... Pourtant l'un de vous ne tourne pas rond... "

- Ho non... encore des énigmes indéchiffrables ! je souffle, en cherchant précipitamment de quoi compléter cette première solution... Mais en y réfléchissant, j'étais sur un bateau, et la seule chose capable de tourner qui me venait à l'esprit est le gouvernail...mais c'est trop simple !

Je tourne en rond dans la pièce, en regardant arriver les autres candidats rouges et essoufflés, jetant un coup d'œil de temps en temps à celui qui tente d'engloutir le plus de nourriture possible, et me creuse la tête dans l'espoir de trouver ce dont l'énigme parle.
Un bateau... avance grâce à des hélices ... Ça existe les salles d'hélice ??
Peu importe, je n'avais pas le temps de chercher plus loin, ni plus longtemps. Je m'apprête à sortir quand un son étouffé parvient à mes oreilles. Le silence qui s'installe soudainement dans la pièce est si fort qu'il parvient à couvrir le bruit des vagues. Les sauveurs se sont tous figés, et tournent tous le regard vers le jeune homme brun qui mangeait. Celui-ci est à moitié allongé sur la table, et ses yeux exorbités sont si rouges que je pense immédiatement qu'il s'étouffe.
La réalité était toute autre. J'avais bien fait de ne pas toucher aux plats disposés sur la table. Je me félicite intérieurement de mon abstinence qui m'a sauvé la vie. Le jeune homme tombe sur le sol, et glisse le long du parquet avec les balancements du bateau. Il tente de se relever en plantant ses ongles dans le bois, tout en recrachant la mousse teintée de rouge qui se forme dans sa gorge, en toussant à s'en décrocher les poumons. Mettant la main à sa gorge dans un dernier cri, son visage se fige et je détourne le regard. Cette scène était une des nombreuses scènes de mort à laquelle j'avais pu assister, mais cela restait difficile pour moi de regarder quelqu'un agoniser. Toute personne normalement constituée et saine d'esprit devrait être de mon avis.
La scène n'avait duré que quelques minutes, mais c'était suffisant pour tous nous mettre en retard. Nous n'avions qu'une heure pour retrouver les nôtres. Un dernier regard aux sauveurs, et je sors en trombe de la pièce.
Je descends le premier escalier que je vois, tout en gardant en tête la destination à atteindre et me retrouve dans un long couloir, dont le sol est recouvert de moquette rouge et moelleuse, et les cadres dorés présentent fièrement les portraits des créateurs. Je remarque avec effroi les dates inscrites sur le coin du portrait à l'huile : 2003. Cela faisait donc plus de vingt ans que les créateurs étaient des tueurs, et personne encore ne s'était douté des atrocités qu'ils commettaient ici. Pas une seule personne n'avait eu vent de la tuerie qui avait lieu dans la « boite », comme l'appelait les créateurs. J'arrache un des cadres, et le lance à terre de toutes mes forces. Un coup de pied sur la vitre suffit pour l'exploser et trouer le portrait. Je cherche autour de moi des possibles caméras de surveillance, et viens presque à regretter de ne pas en voir. Ma haine et ma colère sont si fortes à cet instant que l'idée de faire bruler le bateau me passe par la tête. Mais je devais d'abord retrouver les miens.
Le long couloir était empli de portes blanches numérotés aléatoirement, sûrement pour nous empêcher de nous repérer facilement. Je les ouvre donc une à une, espérant aboutir dans la salle que je recherche, ou alors sur un de mes compagnons. Cependant, le moteur devait-être bien plus bas, puisque je ne me trouvais qu'au premier sous-sol. Je descends donc à nouveau les escaliers, jusqu'à ce que je n'en vois plus aucun qui me permette de descendre plus bas. L'idée était d'aller au plus loin dans la coque du bateau, pour trouver la salle des hélices, si du moins il en existait une. J'arrive donc à l'étage B1.
Après avoir ouvert de nombreuses portes, et en ayant les mains rouges et échauffées, j'arrive finalement dans une pièce sombre, à l'atmosphère brûlante, où le bruit assourdissant des machines à charbon me fait comprendre que je suis dans la chaufferie.
Devant moi, ligotés au sol, trois candidats remuent en me jetant des regards suppliants. Deux filles, et un garçon roux, un peu plus en retrait. Je reconnais celle qui avait subi les terreurs de la folle, juste avant le briefing. Elle faisait partie de l'équipe des B10, d'après ce qu'indiquait sa carte, qui dépassait de la poche de son bras. La petite blonde ne me reconnaissait pas, puisque ce jour-là, dans la foule, il y avait bien trop de gens différents. Et puis, on parle de moi. Je ne suis pas le genre de gars à faire impression. Elle tente de hurler à travers son bâillon, et ses yeux verts dégoulinent de larmes. Je sens leur terreur au plus profond de mon âme. Je m'approche d'eux, et m'accroupis près de la blonde, à qui j'arrache le bâillon :
- Aide-moi, aide-moi, je t'en supplie ! Ne me laisse pas ici, je vais mourir étouffée par la chaleur !
Je pose ma main sur sa joue, mon cœur battant à tout rompre dans ma poitrine, et essaie de la rassurer :
- Je vais retirer les cordes qui te retiennent, mais je n'ai pas plus de temps. Tu dois t'en sortir seule. Libère-les, je dis, avec un signe de tête en direction des deux autres qui se secouaient dans tous les sens, et fuis. Trouve ton sauveur et partez. J'arrache fébrilement ses liens et la regarde se relever en titubant, un drôle de sentiment me prenant le cœur.
Je regrette presque immédiatement ma décision. S'ils s'en sortent tous les trois, rien ne m'assure qu'ils ne tenterons pas de m'éliminer pour sauver leur peau lors d'une autre épreuve ? Et peut-être que de mon côté je me ferais éliminer parce que j'ai aidé les membres d'une autre équipe ?

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