Au fil de la journée, j'avais appris au moins quarante noms, mais je ne me souvenais finalement que de ceux de mes compagnons de chambre, et de celui qui se croyait meilleur que tous, un certain Enrick.
Bad boy blond aux yeux verts qui, durant un court échange à propos du sport, m'avait paru bien fastidieux. Il était ce genre de personne à se regarder dans les vitres dès qu'il en croisait une, à vanter ses qualités physiques lors d'un premier rendez-vous, et à s'entrainer à exercer son regard de tombeur dans la glace de sa salle de bain. D'après Joanne, alias Jo, la fille brune de la chambre, il ne fera pas long feu quand le concours commencera.
"Il faut un minimum d'intelligence pour venir ici. Lui, son cerveau est tellement vide qu'il faudrait un miracle pour que ses deux seuls neurones se touchent ! m'avait confié Assou, après une discussion animée sur le blond « con ».
Sincèrement, je mourrais d'envie de savoir en quoi consistait ce fameux concours. Il est vrai que je n'avais eu que peu d'informations à ce propos, et les autres candidats n'en avaient pas eu plus que moi.
Ce soir devait avoir lieu le briefing qui nous éclairerait plus sur tout ça. Rien que d'y penser, l'excitation me donnait mal au ventre !
Je m'allonge sur le lit superposé du haut, (Assou ayant celui du bas, bien que je l'aie supplié de me le laisser parce que j'ai quelque peu le vertige...) et fixe le plafond.
- Vous avez une idée du thème du concours ? je demande l'air de rien.
Leïla lève les yeux de son magasine, et fait une grimace pour montrer qu'elle ne sait pas.
- J'ai croisé deux gars habillés en soldats en arrivant ici, qui soit dit en passant, m'ont fait une drôle d'impression, entre la peur et le respect... confie Assou.
- Waouh, j'ignorais que quelque chose pouvait te faire peur ! je m'extasie en le regardant avec de grands yeux par-dessus la balustrade du lit.
Et voilà, comment paraître encore plus ridicule devant des gens à- logiquement- impressionner ?!
Assou me regarde, d'abord étonné, puis éclate d'un rire chaud, rassurant, et je me décrispe.
- Qu'est-ce qui vous a motivé à venir sincèrement ? questionne soudain Jo, assise sur la même chaise que lors de notre rencontre.
- L'argent. Répond Assou sans hésiter.
Il est vrai que la réussite du concours nous promettait une somme que personne ne pouvait refuser. Mais dans mon cas, l'argent n'était qu'une raison parmi d'autres plus... morales. J'avais besoin de me prouver à moi-même que j'étais capable d'entreprendre quelque chose et de le réussir. Aux yeux de mes parents, je ne devais être qu'un gamin de 17 ans qui avait arrêté le lycée à cause d'une dépression. C'était encore un sujet qui mettait mon cœur à vif.
La perdre avait suffi à faire une croix sur les projets que j'avais pour les années à venir. Rien de bien extraordinaire, mais le simple fait de finir le lycée et continuer les études n'était plus qu'un souvenir. J'avais besoin de me relever du gouffre dans lequel j'étais tombé.
Je sors de mes pensées lorsque je sens une larme couler le long de ma tempe, et l'essuie bien vite. Je ne remarque pas tout de suite que Jo me regarde d'un air interrogateur :
- Pardon, tu as dit quoi ? je lui demande en me redressant sur mon coude et en plaquant un sourire désolé sur mon visage
- Tu le fais pour quoi toi ? répète-elle.
- Ah euh... l'argent aussi !!
***
Le briefing arrivait à grand pas, et à 18h00, nous nous préparions pour y aller.
J'enfile un sweet-shirt vert et recoiffe mes cheveux emmêlés. Il s'agit de faire bonne impression.
Dans les couloirs vers la salle de réunion, j'observe les autres candidats. Assou échange une poignée de main avec tous ceux qui passent à moins d'un mètre de lui, toujours avec un grand sourire, ce qui a l'air de rassurer les plus jeunes. Il y avait de toutes les tailles, de 15 à 20 ans, de toutes les nationalités, et plus d'une fois je me serais noyé dans la masse, moi qui suis relativement petit pour mon âge (1 mètres 75 pour 17 ans) si Assou ne m'avait pas repêché comme si je n'étais qu'un chaton sans défense. Je comprends alors que, quelle que soit l'épreuve à laquelle nous allions être confrontés, être avec ce grand Black pouvait être utile ! Joanne et Leïla n'avaient pas l'air d'être d'une grande aide, ni d'un grand talent, mais Assou faisait preuve de force, de courage, et de sympathie. Si je peux choisir, je me mets dans son équipe.
Presque collé à mon compagnon de route, je suis la foule en silence, quand un cri s'élève soudainement derrière moi. La marche s'arrête, et nous nous retournons tous lentement, pour apercevoir une fille rousse, qui doit avoir mon âge, les yeux hagards, qui semble être en pleine crise de panique. Je lève les yeux vers Assou. Il se tait, mais sa mâchoire est crispée.
La fille s'accroche au bras de celle à sa droite, une petite blonde, qui ouvre de grands yeux affolés en tentant de la décrocher. La rousse à l'air en transe : sa peau blanche fait ressortir la couleur rougeâtre de sa sclérotique, et je vois les ongles de ses mains noueuses s'enfoncer dans le bras de sa voisine.
Un garçon brun se fraie alors un chemin entre la masse de gens et, une fois arrivé au niveau de la fille, l'attrape sans aucune pitié par les épaules, avec une telle force que celle-ci pousse un petit gémissement de douleur, et il la détache sèchement de la pauvre fille à côté.
La rousse s'accroche désespérément à son cou, et je vois de là où je me trouve ses ongles rouges rentrer dans la nuque du jeune homme :
- Je ne veux pas, je ne veux pas ! Je ne veux pas mourir !! Non, ne m'emmène pas là-bas Lucas, je t'en supplie ! On va tous y passer, et moi la première ! Ils ne me laisseront aucunes chances !
Elle hurle et se débat pour tenter d'échapper à l'emprise du garçon, qui la tire de toutes ses forces vers l'avant de la file. Le silence est pesant, et un sentiment de malaise et d'incompréhension m'envahit. Je sens un frisson me parcourir l'échine.
Que veut dire cette fille ? Ce n'est qu'un test, un concours ! Comment pouvons-nous mourir ? C'est ridicule !
Je n'ai pas le temps de me poser plus de questions qui pourraient me faire douter, deux hommes en tenue militaire noire et verte sortent de nulle part, attrapent la fille sous les bras et la trainent en dehors de mon champ de vision, laissant le fameux Lucas interdit, seul au milieu de la foule qui forme autour de lui un cercle de curieux.
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La boîte
Ficção GeralJe pensais que c'était une sorte de concours. Jamais je n'aurais cru que ça allait se passer comme ça. Je ne connais personne. Et personne ne me connait. De toutes façons, qu'est-ce que cela peut faire ?! A la fin, il n'y aura plus personne.
