— Héléna, tu dois rentrer, il se fait tard... je peux—
— Non, je ne veux pas te laisser seul. Je ne peux pas, Olivier. Est-ce que tu vas mieux ? demandai-je, inquiète en le voyant grimacer de douleur.
— Ça va. Tu sais, c'est normal d'avoir mal. Ne t'en fais pas, je vais bien.
Je ne sais pas pourquoi je réagis ainsi. Je suis inquiète pour lui à chaque instant, au moindre signe de douleur.
Parce que j'ai toujours été là pour lui tenir la main. Et aujourd'hui encore, je suis là.
Olivier fait partie de ma famille. Et je n'abandonne jamais les membres de ma famille, même si je l'ai fait récemment à cause de ses sentiments à mon égard.
— Héléna... m'appelle-t-il faiblement.
— Oui, Olivier, je t'écoute.
— Rentre maintenant. Tu pourras revenir demain. Ne t'inquiète pas, ça ira.
— D'accord... alors à demain.
Je lui dépose un baiser sur la joue, puis me dirige vers la sortie en prenant soin de refermer la porte derrière moi.
Cette journée a été si triste. Triste parce que je n'avais jamais vu Olivier dans un état pareil : vulnérable, affaibli... et tout cela à cause de moi.
Heureusement, ils m'ont tous pardonnée. Heureusement, Olivier est hors de danger.
Mais au fil de cette journée, j'ai senti naître en moi un sentiment encore flou, imaginaire et douloureux. Je ne sais pas ce que c'est, mais c'est si troublant que j'aimerais en comprendre le sens.
En arrivant à la maison, je remarque que mon père, ma mère et mes frères sont tous assis dans le vaste salon. Pensant qu'ils m'attendent, je m'avance vers eux.
— Oh, vous êtes tous là ? Qu'y a-t-il ? C'est la première fois que je vous vois tous ensemble, dis-je en les observant.
— Tu te trompes, ma fille. Il n'y a rien de particulier. Nous regardons une interview entre philosophes à la télévision. Rejoins-nous, tu aimeras sûrement, répond mon père.
— Oh, bien sûr, dis-je en m'affalant aussitôt sur le canapé.
J'aime la philosophie.
La philosophie humaine, celle que chacun interprète à sa manière.
À l'écran, deux philosophes français débattent. Le premier affirme que la philosophie restera toujours la mère des sciences, qu'en elle sont nés tous les mots suscitant la critique et la satire chez les hommes : vie, mort, amour.
Le second réfute cette thèse, déclarant que chaque science possède sa propre souche et qu'elle ne dérive pas nécessairement du surnaturel qu'est la philosophie.
Le débat est passionnant.
Ils ont tous deux raison, car leurs réponses naissent de leur cœur, de leur conception du monde, de leur pensée.
Je partage davantage l'avis du premier : oui, la philosophie renferme une multitude de mots et de sciences, oui, elle peut être considérée comme la mère des sciences.
Mais je ne peux ignorer les paroles du second : il a raison de dire que chaque science possède ses propres racines et ne dérive pas toujours du surnaturel qu'est, en réalité, la philosophie.
Il existe pourtant un mot que j'ai effacé de mon vocabulaire.
Un mot banni à cause de ce que mes yeux ont vu et de ce que mon cœur a encaissé dès le bas âge.
Le passé a traumatisé mon esprit.
Ce mot ne fait pas partie de mon langage. Et si, un jour, il y entrait... alors mon histoire serait à réécrire. J'oublierais ce passé pour avancer droit devant, sans regarder en arrière.
Si ce mot habitait un jour mes pensées et mon cœur, alors ma philosophie changerait. Elle parlerait un nouveau langage.
Ce jour-là, je dirais que l'amour a guéri mon cœur, mon âme et mon esprit.
Ce jour-là, la philosophie serait unie à l'amour, et j'écrirais une histoire à raconter à ma progéniture.
Une histoire intitulée : Amour en philosophie.
Pourquoi ce titre ?
Pourquoi cette union ?
Trop de questions. Je serai brève.
Amour en philosophie serait le titre de ma nouvelle vie. Je l'imagine ainsi pour ne jamais oublier le point de départ de ma conception, pour me rappeler qu'avant, je philosophiais sans plaisir, sans joie de vivre.
Et ce qui est le plus effrayant, c'est que cette vérité est bien réelle. Elle l'est toujours.
Mon cœur n'a pas encore changé de direction.
Il demeure dans l'obscurité. Une obscurité troublante.
Je me souviens encore de ces scènes qui m'ont serré le cœur.
Aujourd'hui, j'ai grandi. Mais ce qui est triste, c'est que je vis toujours sous ce même nuage brumeux qui m'empêche d'évoluer, de voir d'autres horizons.
Je dis d'autres horizons parce que ceux que je connais sont nocturnes et tristes.
Au début, je disais être heureuse avec ma carapace invincible. Je répétais à mes amis que j'étais heureuse en philosophant sans amour.
C'était faux.
Je ne suis pas heureuse.
Je ne l'étais pas.
Et je ne le suis toujours pas.
Je vis encore dans le passé.
C'est pour cela que le bonheur ne peut m'appartenir.
Mon cœur souffre.
Et il continue de souffrir, prisonnier de ce passé ténébreux.
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Amour en philosophie ( Fin )
RomanceJe déteste ce mot, gravé dans les méninges comme une vérité universelle, parce que ma hutte, invincible, le réfute. Je le déteste parce qu'on m'a appris à le haïr, non par choix, mais par héritage : l'amour infidèle de mes parents. Je déteste ce mot...
