Chapitre 18

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Point de vue d'Héléna
La nature enseigne l'Homme, je le dis avec certitude, car depuis mon plus jeune âge, elle m'a appris à ne rien laisser échapper à mon regard, surtout lorsqu'il s'agit des sentiments amoureux.
C'est ainsi que je suis devenue imperméable à l'amour.
L'amour porte en lui bien plus de maux que de promesses. Il ne cesse jamais d'en engendrer.
Ce que j'ai vécu, ce que j'ai vu... c'est atroce. Mais je n'ai pas le choix : c'est mon secret le plus lourd, celui que je garde enfermé dans mon cœur depuis tant d'années.
Je me souviens parfaitement de ce jour où je les ai surpris sur ce lit.
Le lit conjugal de mes parents.
Mon père semblait s'en moquer, puisqu'il fréquentait déjà Ruth Redur, ma belle-mère.
Certains diraient que c'est immature d'en faire toute une histoire, de laisser le passé influencer le présent. Mais moi, je dis que non. Parce que j'étais une enfant, et cette image m'a traumatisée.
Depuis ce jour, elle ne m'a jamais quittée.
Elle est devenue amère, obsédante.
Je n'en dirai pas davantage, car ma mère aussi avait fauté. Elle ramenait l'un de ses amis dans cette même chambre.
Ces secrets amers, gravés dans mon esprit, ont rendu ma vie misérable.
Mon frère n'a jamais été témoin de ces infidélités.
Moi, je porte tout sur le cœur.
Pourtant, nous formions en apparence une famille unie, soudée par l'amour. Mais ce n'était qu'un mensonge.
J'ai fini par comprendre qu'ils ne s'aimaient pas. Leur mariage n'était qu'un arrangement.
Un mariage arrangé.
Voilà comment j'ai grandi, sans amour dans le cœur, sans confiance envers la gente masculine. Malgré tout, j'aime mes parents... ou du moins, j'essaie.
Je devrais simplement réussir, leur prouver qu'ils peuvent être fiers de moi.
Mais je ne le suis pas. Pas entièrement.
Parce que je ne suis pas assez forte pour endurer une peine de cœur.
Ils se sont blessés mutuellement, et moi, je refuse de subir encore cela.
J'ai été brisée en deux jours.
Deux jours qui m'ont volé mon bonheur.
Deux jours qui m'ont arraché ma joie de vivre.
Je ne suis pas faite pour porter le poids de l'amour. Voilà pourquoi j'ai préféré me protéger.
J'ai bâti une carapace autour de mon cœur, même si je ne sais pas combien de temps elle tiendra.
Olivier...
Ce prénom me manque à prononcer.
Il m'aime. Je le sais.
Mais mon cœur est rempli de pierres.
Il avait raison : on ne force pas l'amour. Je ne peux pas être obligée de l'aimer. Pourtant, cela me tourmente. Je ne sais pas à quel point cela le fait souffrir, mais j'espère sincèrement qu'il trouvera le bonheur auprès de Marina.
Il est six heures du soir. Je dois me préparer pour notre rendez-vous entre amis.
Je me demande comment cela va se passer : ils seront tous en couple, et moi, je serai seule.
Dois-je y aller quand même ?
Oui. Ce sont mes amis.
Mais je dois éviter Olivier. Sa façon de me regarder me trouble. Et même si Marina a changé, je ne lui fais toujours pas entièrement confiance. Son changement est... trop brusque.
Voilà une semaine que je n'ai plus parlé à mon meilleur ami.
Olivier me manque terriblement.
Je me souviens de nos rires, de nos jeux d'enfants, de nos fêtes, de tous ces moments partagés.
Il me manque, mais je ne peux pas l'approcher. Il est en couple. Il doit avancer.
Moi, je ne suis pas faite pour ce genre de relation.
L'amour est une absurdité humaine, mal comprise et mal vécue.
Assise sur mon lit, je me torture l'esprit. Partir ou rester ?
Un coup frappe à la porte.
— Qui est-ce ? demandai-je, surprise.
— C'est moi, Héléna. Ouvre avant que je ne la défonce ! réplique Éloïse.
J'avais oublié qu'elle passait me chercher.
— Attends, ne la défonce pas s'il te plaît, elle m'est précieuse, dis-je en souriant.
— Qu'est-ce que tu fais enfermée comme ça ? On devrait déjà être parties, dit-elle en s'affalant sur mon lit sans la moindre gêne.
Éloïse a toujours été ainsi. Chaleureuse, spontanée, joyeuse.
Je l'admire pour ça.
— Et en plus, tu n'es même pas prête ! Oh, je comprends... tu m'attendais pour que je te rende belle comme une déesse, plaisante-t-elle en frappant dans ses mains.
— Tu es insupportable, souris-je. Je crois que je n'irai pas ce soir. J'ai besoin de repos.
— Hors de question. Viens ici, insiste-t-elle en tapotant le lit.
Je m'assois à côté d'elle.
J'en ai besoin.
J'ai besoin de parler. De me confier.
Aujourd'hui, je suis prête.
Mais j'ai peur. Peur qu'elle me trouve ridicule. Peur que mon passé détruise ce que je voulais devenir : une femme, une mère, une épouse. Tous ces projets ont brûlé le jour où j'ai forgé ma carapace.
Une larme coule. Puis une autre.
Elle me prend dans ses bras, sans un mot.
— Éloïse, il faut que je te raconte quelque chose... mais s'il te plaît, ne me juge pas avant la fin, murmuré-je.
— Je ne te jugerai jamais. Tu es ma meilleure amie. Parle, dit-elle doucement.
Alors je parle.
— Il y a douze ans, nous étions une famille unie. Du moins, c'est ce que je croyais. Les disputes existaient, mais ça semblait normal. Un jour, mon frère était à l'école, j'étais malade à la maison... et j'ai entendu une dispute. Mon père disait à ma mère qu'il l'avait épousée par arrangement. Le père de ma mère devait une grosse somme d'argent, et elle a été donnée en mariage pour rembourser la dette...
Je m'arrête, la voix tremblante.
— Ma mère a répondu qu'elle ne l'aimait pas non plus, et qu'ils devaient continuer à faire semblant pour nous, les enfants...
Éloïse me serre contre elle.
— Et ce qui m'a détruite encore plus, continuai-je en larmes, c'est que je les ai surpris, tous les deux, dans leurs infidélités respectives. Dans leur chambre. Ils ont divorcé plus tard, sans douleur, parce qu'il n'y avait jamais eu d'amour. Alors j'ai décidé... pas d'amour, pas de malheur.
Je m'effondre dans ses bras.

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