Home - Isabel LaRosa
Cela ressemblait à un jeu : le Loup chassait le Chat Noir.
Ce dernier le faisait passer par des rues peu fréquentées et sombres qui grouillaient d'enfants fouillant dans les poubelles. L'hiver approchait et certains craignent la future famine. Alors, ils s'occupaient déjà de rassembler des rats et des chiens. Les corps allongés sur le sol dormaient quelques heures ou éternellement - difficile à savoir - et devenaient une nouvelle maison pour les vers sous lesquels volaient des mouches. L'un d'eux avait sa jambe gauche dans son estomac.
Ce contraste flagrant qu'il percevait entre ses cafardeuses rues amaigris et les radieux couloirs bouffies du Palais du président, le rendait toujours aussi méprisant du système instauré par les dirigeants de ce pays au nom signifiant justice, alors que la balance avait de tout temps penché plus d'un côté que de l'autre. "C'est comme ça", qu'on lui avait répété sans cesse, comme s'il s'agissait d'une bonne excuse de la part de ceux qui avaient accepté ce système. Or, Kyle l'avait observé depuis tout petit et avait su relever ses défauts. Et voilà ce qu'il avait compris : Fames représentait les gouvernés. Pourtant, s'il y avait bien une chose que Dives refusait d'admettre, c'était qu'il craignait une sédition, soit la force qui hibernait dans le ventre vide des gouvernés. Cependant, on ne souffle pas sur un incendie pour l'éteindre, auquel cas, on ne ferait que l'empirer. Alors, on l'étouffe, on le prive d'oxygène en le réduisant qu'à quelques braises. Et, pas de feu, pas de dégât. Les gouvernants, quant à eux, n'ont de soutien que l'opinion. Celui-ci peut être vrai ou faux, tant qu'ils s'adressent à ceux qui n'en possèdent aucun ou à ceux à qui on l'a arraché, il n'a de débouché que l'adhésion des gouvernés.
Ses bottes trempaient dans la gadoue et s'y enfonçaient parfois profondément, tandis que la fine pluie couvrait les trente mètres en face de lui d'un manteau brumeux. L'odeur putride et d'urine était pire qu'infecte, mais ces endroits reclus permettaient à Kyle de marcher sans se couvrir le visage sous une capuche : il n'y avait aucun Légionnaires dans les environs. Cet espace de la ville ressemblait à un cimetière abandonné tombé dans l'oubli. Kyle se demandait : jusqu'où le Chat Noir comptait-il aller ? La nuit commençait à tomber et ses camarades risquaient de s'alarmer de son absence alors qu'il les conduisait tout droit vers les usines. Ces dernières fumaient encore, mais plus pour longtemps.
Le chemin parcourut le rapprochait des barbelés autour de la zone industrielle quand soudain, le Chat Noir s'arrêta. Dans un cul-de-sac, l'inconnue l'attendait. Comme un instinct de félin, il avait sentit la présence de Kyle et avait décidé de le confronter. Ce qui le troubla davantage, fut le moment où l'individu à la cape se débarassa de son vêtement sans pour autant retirer la capuche de son haut. Kyle n'osait pas bouger, son regard jonglant entre les traits féminins du Chat Noir et se yeux. Un masque recouvrait la partie inférieure de son visage. Quant à sa silhouette, elle était fine mais pas moins l'air robuste. Et ce fut l'estomac noué que tous les deux se retenaient du regard, le temps, comme suspendu.
- Que comptes-tu faire, maintenant ? lui demanda-t-il, en balayant du regard les trois murs en briques qui maintenaient le Chat Noir pris au piège.
Quand soudain, le félin passa à côté de lui et, d'une agilité animale, sauta sur une poubelle et s'aida du mur pour atteindre le toit de la maison avant de disparaître. La vitesse à laquelle son adversaire s'était enfui l'avait impressionné, mais il ne resta pas fasciné bien longtemps. Kyle emprunta le même parcours et atterrit sur le toit. Là-haut, la brume venant des côtes ne permettait pas de voir à plus de trente mètres et il lui fallut s'élancer à l'aveuglette pour rattraper le Chat Noir. Kyle dû d'ailleurs le suivre sur dix pâtés de maisons, sautant de toit en toit et dévalant les pentes à la vitesse d'une course effrénée. La pluie commençait à s'abattre sur l'île tandis que l'orage grondait, rendant le terrain déjà hasardeux encore plus glissant. Le vent soufflait si fort qu'il lui mordait les jours. Pourtant, il ne s'arrêta pas de courir.
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PILLAR | T1
Science FictionDans un monde sombre, un pays dont le peuple était divisé en deux y subsistait. L'un s'appelait Dives. Aussi cupides qu'hypocrites, ils sont les favoris du président Varnahm. Le second s'appelait Fames. Misère et mort les guettaient jusqu'à ce que l...
