Chapitre XXX

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Cette dernière ignora le corps inanimé de son père se faire transporter par des domestiques. Où comptaient-ils l'emmener ?

— Tâcher de le remettre sur pied, leur ordonna le président.

Si le président était malade, alors il devait bien y avoir un médecin à portée de main. Emma pensa alors qu'on était en train de l'emmener vers une aile reculée du Palais du président qui serait bientôt hautement gardée par des Légionnaires. Remarque, vu son état, Frank ne tenterait pas de s'enfuir, mais il valait mieux se méfier d'une aide extérieure. Son père lui avait avoué collaborer avec des divessiens. Ces derniers les avaient beaucoup aidés lors de leur mission dans ce même palais. Ils leur avaient permis de traverser les tunnels souterrains en piratant les caméras de surveillance et Jacob Bugsley leur avait offert les informations du 26 juin au prix de sa vie.

Quant à son sort, le président voulait le garder en vie. Jusqu'à quand ? Emma l'ignorait. Et, en ce qui concernait ses raisons, elle eut des difficultés à comprendre. Lors de son refus de devenir le premier Pilier, le président aurait très bien pu le faire assassiner, comme il l'avait fait pour de nombreuses personnes avant lui qui n'auraient pas joué son jeu. Au lieu de cela, il l'avait exilé, tout en sachant que Frank Prym ne resterait pas sur cette île en silence. Emma savait que quelque chose chez son père intéressait le président. Puis, elle comprit qu'il était le pion idéal. Frank était imprévisible, coriace, intelligent... Alors même que le Gouvernement avait tué toute sa famille en guise de punition après qu'il ait créé un soulèvement dans les rues de Fames, il ne s'était pas laissé abattre et n'avait pas abandonné.

Après réflexion, Emma dut concéder ce que sa tante Peggy lui disait : « Tu as le visage de ta mère, mais tu ressembles bien plus à ton père. » De son jeune âge, elle ne comprenait pas vraiment ce qu'elle entendait par là. Or, quand elle prononçait cette phrase, Emma percevait toujours de l'angoisse dans son regard.

— Voulez-vous un peu de thé, mademoiselle Prym ?

— Non, merci.

Le président demanda à un domestique qu'on lui amène une tasse de thé bien chaude. Puis, il reporta son regard sur la la jeune femme aux longs cheveux d'or qui contemplait la vue sur la ville de Dives. Elle les voyait rire et vivre avec bonheur.

— Votre bague à la pierre d'émeraude, dit le président, suivit d'une toux grasse. (Heureusement pour lui, sa tasse de thé arriva en même temps.) Savez-vous d'où vient-elle ?

Emma lui fit face.

— De ma mère, répondit-elle d'un ton agressif. Vous savez, celle que vous avez ordonné de tuer juste pour atteindre mon père.

Son pique le fit sourire.

— Pour votre gouverne, votre mère était aussi impliquée dans les complots que votre père, rétorqua-t-il.

Etait-il en train de justifier le meurtre de sa mère ? Cette idée la mit en rogne.

Elle quitta les grandes fenêtres et avala d'une traite la distance qui la séparait du bureau auquel il était confortablement assis avant d'éjecter la tasse thé d'un revers de la main. La tasse en porcelaine se brisa contre le mur, ce dernier désormais recouvert d'éclaboussure de thé. Attirés par le bruit, trois gardes entrèrent en trombe dans la salle, près à répondre à l'attaque, leurs armes pointées sur Emma. Mais, leurs mises en gardes ne l'effrayaient guère et les ignora, toute son attention rivée vers ce vieil homme qu'elle rêverait de frapper au visage. Les gardes s'en allèrent une fois que le président leva sa main en signe de repos. Sans le quitter des yeux, Emma s'écarta lentement du bureau.

— Que voulez-vous savoir sur ma bague ?

— Oh, rien que je puisse en apprendre. En fait, ce serait plutôt l'inverse. (Il réussit à piquer sa curiosité.) Votre bague appartenait à votre grand-mère, Cassandra. Une femme qui tenait beaucoup aux bonnes manières, même lorsque votre grand-père la faisait boire des litres de whisky. Friedrick n'aimait pas tellement que sa femme brille plus que lui. Enfin, bref ! Je suppose que lorsque l'exil de votre père a été prononcé et que sa sœur jumelle a décidé de le suivre en toute illégalité, sa mère a dû la lui offrir.

PILLAR | T1Où les histoires vivent. Découvrez maintenant