Le Palais du président était gardé par un immense mur et un portail toujours fermé. Il était impossible pour les curieux d'avoir un accès visuel. Au cœur même de la ville, la glorieuse bâtisse qui n'avait jamais chuté était renfermée sur elle-même. Pourtant, son habitant était considéré comme chaleureux et hospitalier. Quels secrets pouvaient-ils bien cacher derrière ces murs ?
Cependant, pour son soixante-sixième anniversaire, le président avait ouvert le portail et une vague noire de convives se ruaient vers les festivités. Parmi eux, se trouvaient Kyle et Emma, le bras de cette dernière toujours agripper à celui de son partenaire qui se réjouissait de ses rassurantes caresses. Le stress ainsi que l'anxiété montait en eux à mesure qu'ils s'approchaient du portail, mais gardaient tout de même la tête froide afin de garantir une réussite de la mission. Face au videur, Kyle sortit de sa poche les deux cartons d'invitations et les lui tendit. Il s'efforçait de réprimer ses tremblements, en vain. Sur ces cartons d'invitation envoyés par les divessiens alliés, il y était inscrit d'une plume soignée :
Vous êtes cordialement invité au
Bal masqué du président.
Veuillez vous présenter à la salle de balle du Palais du président,
à 20 heures,
le 9 octobre.
Masque et tenue de soirée exigés.
Thème : Jardin florale.
Un pays, deux peuples.
Ce fut après avoir pris une profonde inspiration qu'Emma franchit le pas vers la grande allée. Elle dut pousser Kyle qui se faisait réticent, mais celui-ci parvint malgré tout à la suivre.
Au loin, des lumières blanches illuminaient la façade majestueuse du Palais. Il était décoré de fresques représentant l'Histoire du pays, mais également de colonnes de pierres aux chapiteaux minutieusement taillés. Un virtuose dôme en verre s'élevait vers le ciel et protégeait la salle du Grand Conseil. Kyle quitta cette immense bâtisse qu'il défiait du regard depuis tout à l'heure et leva la tête, espérant trouver du réconfort auprès de la lune. Mais, cette dernière, aussi malicieuse qu'elle était, avait trouvé cachette derrière les nuages sombres. Et quand il chercha auprès de ses plus fidèles amies, il n'en vit que quelques-unes, les autres totalement effacées par la lumière urbaine. Leur absence n'était autre que pour lui le signe d'un mauvais présage. Si Emma n'aurait pas été présente à ses côtés, sans doute la panique l'aurait-elle vouée à la folie.
Quant à cette dernière, elle s'émerveillait face à l'étendue astronomique du jardin. La pelouse parfaitement taillée tapissait le sol jusqu'à la mer rouge de coquelicots qui entourait le Palais. À quel point le président pouvait-il bien souffrir de sa démence pour ceindre sa maison du sang de ses victimes ? Cette question la fit frémir. Cela le réjouissait-il d'admirer par la fenêtre de son bureau la représentation florale de ses méfaits à lui, ainsi qu'à ses prédécesseurs ? Combien de morts avait-il fallu pour donner racine à temps de coquelicots ? Combien de ses frères et sœurs avaient-ils péri pour leur liberté ? Qu'importait la réponse exacte, le nombre devait être bien trop important pour ne pas ressentir la colère faisant battre son cœur.
Kyle sentit ses doigts délicats se planter dans son bras.
Après avoir contourné la spectaculaire fontaine, ils montèrent les quelques marches et arrivèrent devant l'imposante double porte avant de la franchir, s'apprêtant à entrer dans un monde dont ils n'avaient jamais encore mis les pieds auparavant.
Le plafond de douze mètres de la salle de bal était décoré d'un majestueux lustre dont les cristaux pendaient comme des milliers de gouttes d'eau par-dessus les centaines d'invités masqués buvant et dansant dans une ambiance du plus enjoué. Les tables traditionnelles avaient laissé place à des sofas et des fauteuils aux quatre coins de la pièce, laissant au centre assez d'espace pour les adeptes de la valse. Une estrade longeait le mur du fond. C'était ici que le président allait faire son entrée en milieu de soirée. Les musiciens pratiquaient leur art les yeux bandés d'un foulard rouge bordeaux. À Dives, ces derniers étaient très réputés pour avoir un tel talent qu'il leur était inutile de surveiller leurs faits et gestes. Les notes de musique se diffusaient partout dans la salle ainsi qu'entre les branches de glycines tombant au-dessus des sofas et longeant les murs. Qui aurait bien pu imaginer mettre des arbres aussi majestueux dans une salle de bal ?
VOUS LISEZ
PILLAR | T1
Science FictionDans un monde sombre, un pays dont le peuple était divisé en deux y subsistait. L'un s'appelait Dives. Aussi cupides qu'hypocrites, ils sont les favoris du président Varnahm. Le second s'appelait Fames. Misère et mort les guettaient jusqu'à ce que l...
