La résidence de la Blanchisserie se refermait en un carré presque parfait. En son centre, se trouvait une cour, souvent utilisée par les enfants après leur journée d'école et sous laquelle le linge étendu séchait sous un soleil timide et remuait au gré du vent comme des fantômes. Cette résidence avait été construite à l'attention de familles qui peinaient à remplir toutes les bouches de leurs enfants. Les logements étaient assez petits pour une famille de quatre, mais ils l'étaient encore plus pour une famille de sept. Néanmoins, elles n'étaient pas à s'en plaindre. Car ces logements leur étaient offerts si leurs tâches quotidiennes étaient accomplies. Celles-ci consistaient à laver les uniformes et la literie — à vrai dire, tout ce qui pouvait être lavé — des Légionnaires résidant dans une caserne, sur l'île. Chaque ménage de la Blanchisserie possédait trois à quatre Légionnaires attitrés qui vendaient ses services en échange d'un toit sur la tête. En général, c'était la mère qui lavait le linge pendant que son époux travaillait à l'usine ou au Pré afin d'obtenir un salaire.
Pour se faciliter la tâche, les employés avaient créé un moyen ingénieux de récupérer le linge en train de sécher au-dessus de la cour. Grâce à un système de cordages accrochés à des poulies fixés de part et d'autre du carré de bâtiments, il leur suffisait de tirer sur une corde afin de ramener le linge sec qui était hors de portée de main.
Sous les draps blancs étincelants jouaient des enfants en train de se lancer le ballon. Monsieur Mosley vendait ses choux comme à son habitude tout en interpellant ses clients d'une voix forte et dérailler, très reconnaissable, tandis que madame Chapman débarrassait sa brouette de bois et des brindilles pour le feu.
Mais, alors que l'oiseau posé sur la corde s'envola, il emporta avec lui toute la quiétude qui prospérait à la Blanchisserie.
Le ballon cessa de rouler lorsque l'un des enfants mit son pied dessus. Monsieur Mosley stoppa ses cris alors que madame Chapman abandonna son bois et ses brindilles. Ceux qui se trouvaient sur les étages supérieurs à retirer leur linge arrêtèrent de tirer sur la corde, tandis que les trieurs et les repasseurs arrêtèrent les machines au cours d'un instant. Toute l'attention fut tout à coup captivée par une meute de loups à la carrure titanesque et à l'aura menaçante.
À la Blanchisserie, tout le monde connaissait tout le monde. Mais cette vingtaine de visages inconnus était le signe d'un mauvais présage.
La meute se sépara, abandonnant l'un de leurs confrères au centre de la grande cour. Leurs pas lourds grimpaient les marches en métal des escaliers extérieurs tandis que le loup solitaire leva son arme au firmament. Quand il pressa la détente, des cris se mêlèrent à la détonation. Ce son fut si doux pour ses oreilles qu'il répéta son geste trois fois de plus.
...
— J'ai déjà ordonné à Blake de mobiliser le plus de membres possibles, informa Frank. Ils aideront les habitants de la Blanchisserie à évacuer le périmètre pendant qu'Emma et Kyle dératiseront les lieux et s'occuperont de retrouver Aaron et Zack. Dès le premier coup de feu, il devait déjà avoir mis le sérum en lieu sûr. Gaby, tu viendras avec moi. Je vais avoir besoin de ton aide.
La bande se divisa alors en deux groupes et partit chacun de leur côté.
Gaby et Frank ne perdirent pas une seconde et montèrent à leur tour les escaliers extérieurs jusqu'à atteindre le premier étage. Une fois là-haut, des balles perdues les manquaient et Gaby manqua de crier une ou deux fois – les coups de feu l'avaient toujours effrayé. Néanmoins, elle ravala sa peur et agrippa le manche d'un de ses couteaux avant de le sortir de son étui attaché à la cuisse. Par la suite, elle fit siffler sa lame vers le premier loup qui les menaçait. Une fois l'ennemi à terre, Frank s'empara de l'arme du défunt avant d'agripper le bras de Gaby et de l'emmener à l'intérieur d'un des appartements. La terreur régnait à la Blanchisserie et tous ses habitants s'étaient mis à terre ou bien s'étaient cachés sous les tables de la cuisine.
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PILLAR | T1
Ficção CientíficaDans un monde sombre, un pays dont le peuple était divisé en deux y subsistait. L'un s'appelait Dives. Aussi cupides qu'hypocrites, ils sont les favoris du président Varnahm. Le second s'appelait Fames. Misère et mort les guettaient jusqu'à ce que l...
