Chapitre 3 - L'Aigle Royal

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Carlos Castro Vargas, Mario

Je descends du jet privé, les chaussures en cuir italien frappant le tarmac brûlant d’une piste clandestine au cœur de la jungle. Le voyage a été long, épuisant, mais nécessaire. Partir au fin fond du Guatemala – une région frontalière du Honduras, du Salvador et du Belize – n’est jamais une promenade de santé. Là-bas, dans cette forêt humide et luxuriante, mes laboratoires tournent à plein régime. Cocaïne, cannabis, marijuana : tout est sous mon contrôle. Mes chimistes sont brillants. Des génies en blouse blanche, qui n'ont jamais mis les pieds à l’université, mais savent transformer une feuille en or blanc. Ils perfectionnent les formules, testent, ajustent, innovent. Je veux le produit le plus pur, le plus addictif, le plus cher du marché.

Je ne suis pas un simple baron. Je suis l’Aigle Royal.

Pourquoi ce nom, vous demandez-vous ? Parce que je suis un roi. Un roi dans l’ombre de la mafia mexicaine, mais aussi un homme d’affaires respecté dans la lumière. Je suis partout. Je vois tout. J’entends tout. Selon Forbes, je suis le troisième homme le plus riche du monde. Devant moi, deux types qui n’ont pas besoin de cacher leur fortune. Moi ? J’ai deux visages. Le légal et l’illégal. Et aucun des deux ne cligne des yeux.

Je m’appelle Carlos Castro Vargas. Trente ans. Fiancé à la fille d’un mafieux influent qui contrôle la Colombie et le Venezuela. Un mariage stratégique. Une alliance de pouvoir. J’avais besoin de son feu vert pour traverser son territoire. En retour, je prends sa fille. En plus, il me verse 10 % de ses revenus. C’est une bonne affaire. Même pour un milliardaire comme moi, on ne crache pas sur un bonus.

Mais j’ai été clair avec lui : qu’elle ne s’attende pas à la fidélité. Je ne suis pas fait pour la monogamie. J’aime la diversité, le goût de l’interdit, l’odeur du danger. J’ai deux copines officielles, quatre maîtresses que je saute de temps à autre, et une liste interminable de coups d’un soir. Il a accepté. Il n’avait pas le choix.

J’aime la vie. La belle vie. Les bonnes choses. Et je ne me prive de rien. Quand quelque chose me plaît, je prends. Quand quelqu’un me plaît, je l’achète. Même les êtres humains ont un prix. Il suffit de cliquer sur le bon montant.

J’ai des casinos, des entreprises, des maisons closes, des boîtes de nuit, des clubs répartis dans toutes les grandes capitales du monde. Je vis à Mexico, pour contrôler mes affaires de plus près, mais j’ai des résidences dans toutes les grandes villes du pays. Chaque maison est un palais. Chaque pièce, un sanctuaire pour le pouvoir.

Je fais aussi dans la traite humaine, mais à ma façon. Pas de violence. Pas de chaînes. Uniquement des personnes consentantes. Des gens désespérés. Des migrants fuyant la guerre ou la misère. Je leur offre une vie meilleure, un travail, un toit. Et en échange, je fais fortune. Le monde est pourri, je le sais. Alors autant tirer profit de la pourriture.

Je grimpe à bord de mon SUV blindé, noir mat, siège en cuir sur-mesure, climatisation réglée au degré près. À mes côtés, Mario, mon bras droit, mon frère d’arme, mon ami le plus fidèle. Il ne parle pas, il observe. Il sait que je déteste les bavardages inutiles. Quand nous arrivons devant mon manoir de Mexico, ma secrétaire et mon assistant sont déjà là, droits comme des soldats.

— Bonsoir, Monsieur, disent-ils en chœur.

Je les ignore. Les salutations sont une perte de temps.
— Quelles sont les nouvelles ? je demande en descendant du véhicule.

Mon assistant, un type intelligent et méthodique, prend la parole.

— J’ai envoyé une nouvelle cargaison à La Morte, pour nous excuser du comportement de Rodrigo. Comme vous l’avez stipulé, c’était un dédommagement.

— Bien. Qu’elle sache que je n’aime pas les surprises.

Ma secrétaire s’approche, tablette en main.

— De nouvelles filles sont arrivées aujourd’hui, Monsieur. La Baronne voulait savoir si vous allez assister à la vente aux enchères. Il paraît qu’il y a une vierge dans le lot… hmm ?

Je souris à peine.
— Demande-lui de m’envoyer les photos. Avant l’heure. Je veux savoir si ça vaut le déplacement.

— Bien, Monsieur.

Elle passe immédiatement l’appel. Moi, je monte les marches, les yeux rivés à mon téléphone. Les photos arrivent en rafale. Une dizaine de visages. Je les scanne, sans émotion. Jusqu’à ce que je la voie. Elle.

Une fille avec un regard brûlant. Un regard qui transperce l’écran. J’ai l’impression qu’elle me voit. Qu’elle me juge. Qu’elle me défie.
Je m’arrête net. L’imbécile derrière moi me rentre dedans.

— Pardon, Monsieur… quelque chose ne va pas ?

Je reste figé.
— Dis à la Baronne que je serai là ce soir.

— Bien, Monsieur.

Je me retourne vers Mario.
— Prépare-toi. Deux heures. On part pour la Taverne.

Il sourit en coin.
— Y a quelque chose qui t’a tapé dans l’œil, on dirait…

— Ce n’est pas tes affaires. Tu as deux heures pour te reposer.

— OUI CHEF, C’EST COMPRIS CHEF ! lance-t-il en faisant un salut militaire grotesque.

— Tu as fini de te marrer ?

Il rit franchement cette fois. Je secoue la tête. Mario… c’est mon pilier. Mon frère. On se connaît depuis l’enfance. On avait treize ans quand nos parents sont morts dans le même crash d’avion. Ce jour-là, on a grandi d’un coup. Depuis, on ne s’est jamais quittés. On s’est soutenus, on a combattu ensemble, on a construit un empire.

Parfois, on s’est même partagé des femmes. Aujourd’hui, Mario est plus calme. Depuis qu’il a rencontré ma deuxième secrétaire, c’est l’amour fou. Une femme futée, loyale. Elle gère la partie « légale » de mes affaires. Tout comme j’ai deux assistants et deux secrétaires : un duo pour le monde légal, un autre pour le monde criminel. Tout est cloisonné, mais tout m’appartient.

Ce soir, une vente m’attend.
Mais ce regard, celui de cette fille sur la photo…
Il me hante déjà.

Et je sens que quelque chose va changer.

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