Sibelle
Il n’aurait pas dû faire ça.
Ce qu’il m’a infligé dépasse tout. Même pour lui, c’était trop. Il a franchi une limite que je pensais infranchissable. Cette punition, cette humiliation… Je ne la méritais pas. Pas après tout ce que j’ai supporté. Pas après tout ce que j’ai enduré en silence. Je serre les dents. Un éclair de rage traverse mon esprit, suivi d’un vertige de douleur et d’une nausée que je refoule avec difficulté.
Je vais lui faire comprendre, une bonne fois pour toutes, que je ne suis pas une chose. Je suis un être humain, une femme. Je veux respirer sans demander la permission. Exister sans qu’il décide de chacun de mes mouvements. Je veux être libre.
Mes yeux balayent la pièce minuscule dans laquelle je suis enfermée depuis trois jours. Je suis sale, épuisée, mon corps entier me fait souffrir. Et pourtant, une étrange énergie me traverse, une force désespérée. Mes doigts tremblants attrapent une vieille bouteille cassée dans un coin. Le verre est fendu, rouillé, couvert de saletés, mais il fera l’affaire. Je n’ai plus peur.
Je m’assois contre le mur et, sans réfléchir davantage, je tranche mon poignet gauche. Une ligne nette. Une douleur vive. Mon sang commence à couler, à goutter lentement sur le sol crasseux. Le rouge se mêle à la poussière et forme une flaque visqueuse. Je serre les dents, mais je ne pleure pas.
Je ne veux pas mourir. Je veux qu’il comprenne.
Qu’il voit de ses propres yeux ce qu’il m’a fait. Ce qu’il provoque par sa folie du contrôle. Qu’il réalise que je ne suis pas sa poupée, ni un animal qu’on enferme au moindre caprice. Je veux qu’il ressente la peur. Cette peur de perdre quelqu’un qu’on aime… si toutefois il m’aime vraiment. Moi, je ne sais même plus.
Mon regard se brouille. Le froid m’envahit. Je commence à trembler. Mon souffle devient court, irrégulier.
— Que quelqu’un me trouve... s’il te plaît, mon Dieu... Pas comme ça. Pas ici. Pas maintenant...
Je murmure une prière. Une simple supplique. Mon esprit se dissipe. Tout devient flou, cotonneux. Mon cœur bat au ralenti. Je ferme les yeux. Peut-être que c’est fini.
L’Aigle Royal
Trois jours.
Trois jours sans elle.
Trois jours que je tourne en rond comme un animal en cage. Que je dors mal. Que je sens son absence dans chaque recoin de la maison. Mon lit me paraît trop grand, trop vide. Sa voix, son rire, même ses insultes me manquent. Son regard de défi, ses soupirs, ses larmes… Tout. Elle me hante, bordel.
Je me croyais fort. Je me croyais au-dessus de tout ça. Mais elle a creusé un trou en moi, un vide que je ne peux plus ignorer. J’ai voulu la briser pour la garder, mais je me rends compte que c’est moi que je suis en train de briser.
Je ne voulais pas qu’elle en arrive là. Je sais que Mario et sa copine lui passent en douce un peu d’eau, un peu de pain. Je fais semblant de ne rien voir. Je me suis dit qu’elle tiendrait. Mais maintenant… J’ai un mauvais pressentiment.
Je me lève d’un bond. Je traverse le couloir, le cœur battant. Chaque pas me semble trop lent.
J’ouvre la porte de sa cellule.
L’odeur me frappe en premier. Puis l’obscurité. Mon regard s’ajuste. Je distingue une forme au sol. Inerte.
— Sibelle ?
Je m’approche en courant.
Non. Non, non, non...
Le sang. Trop de sang. Son poignet ouvert. La bouteille brisée près d’elle.
Je tombe à genoux.
— Sibelle ! Qu’est-ce que tu as fait, ma chérie ? Pourquoi ?
Je déchire ma chemise en tremblant et j’essaie de comprimer la plaie. Mes mains sont rouges, poisseuses. Son corps est glacé, tremblant. Je la prends dans mes bras, je la soulève sans m’arrêter. Je ne peux pas la perdre. Pas maintenant. Pas comme ça.
Je cours jusqu’à ma chambre.
Je hurle :
— Qu’on m’appelle le médecin ! VITE !
Il arrive en courant, haletant.
— Sauve-la. Si elle meurt, je te jure que tu la suis.
Il ne dit rien. Il s’active immédiatement.
— Elle a perdu énormément de sang. Il lui faut une transfusion d’urgence.
— Prends le mien. Je suis O positif.
— Il est propre ?
— Évidemment. Prélève tout ce qu’il faut.
Il sort son matériel et commence une transfusion directe. Mon sang s’écoule dans ses veines. Lentement. Régulièrement. Je la regarde. Je ne détourne pas les yeux une seule seconde. Mon bras me fait mal, mais je m’en fiche. Qu’elle vive. C’est tout ce que je veux.
Trente minutes passent.
Le médecin retire l’aiguille.
— Elle est hors de danger, dit-il. Mais elle est faible. Très faible. Nettoyez-la. Hydratez-la. Nourrissez-la doucement quand elle se réveillera.
— Merci. Merci...
Il me regarde longuement avant de parler, doucement, sans agressivité.
— Si vous l’aimez vraiment, traitez-la comme une personne. Pas comme un jouet. Ce n’est pas un ordre, c’est un conseil.
Il me laisse seul.
Je m’assois sur le lit. Mon regard ne quitte pas son visage. Si pâle. Si fragile.
J’ai failli la perdre.
Et je m’en veux comme jamais.
Je vais dans la salle de bain, je fais couler un peu d’eau tiède. Je prends un gel doux et une éponge propre. Puis je retourne auprès d’elle.
Je la déshabille avec précaution, chaque geste lent, respectueux. Je lave doucement son corps meurtri, ses bras pleins de bleus, ses cheveux emmêlés. Je passe l’éponge comme on panserait une plaie. Mes mains tremblent, mais je continue.
Une heure plus tard, elle est propre, apaisée, comme endormie dans un rêve paisible. Son odeur est celle du savon, douce, rassurante. Je change les draps et je l’installe confortablement. Je me couche près d’elle. Je pose ma main sur la sienne.
Trois heures passent. Elle ne se réveille toujours pas.
Je craque. Je reprends le téléphone et j’appelle le médecin :
— Pourquoi ne se réveille-t-elle pas ?
— Elle va se réveiller. Il faut être patient. Son corps récupère.
— Elle DOIT se réveiller.
Je raccroche.
Je me penche vers elle. Je caresse ses cheveux.
— Sibelle… mon amour. Pardonne-moi… Si tu te réveilles, je promets de changer. Je promets de t’écouter. Je ferai attention à toi. À ce que tu ressens. Je te rendrai heureuse, je te le jure.
Je marque une pause, le cœur serré.
— Mais… je ne pourrai jamais te laisser partir. Tu es à moi. Pour toujours. Je ne peux pas vivre sans toi.
Je pose un baiser sur son front.
— Réveille-toi, ma reine. Reviens à moi.
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Tu es mienne !
Romance« Mets-toi à genoux, pour embrasser les pieds de ton maître. » Elle s'agenouille, ses lèvres effleurant mes pieds. - C'est bien. Si tu es obéissante, tu auras droit à des friandises, dis-je en caressant ses cheveux. - Maintenant, déshabille-toi. Ell...
