Chapitre 20

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Sur la route, on peut avoir le plaisir de contempler les paysages de cette merveilleuse île. En effet, pour aller de l'aéroport jusque Bonifacio, ma ville natale, il faut emprunter la départementale qui borde la mer Méditerranée.

On peut donc apercevoir, en contrebas, l'eau turquoise parsemée de douces vagues qui s'abattent sur le sable fin. Quel bonheur de retrouver ce climat et ce paysage.

Il ne faut pas longtemps avant d'enfin arriver à Bonifacio, avec sa merveilleuse haute-ville et ses fortifications bâties le long d'une falaise, et sa fabuleuse basse-ville et ses ports.

J'ai beau y revenir très souvent, chaque fois sa beauté m'éblouira. D'ailleurs, en jetant un oeil dans mon rétroviseur intérieur, je m'aperçois que les deux amies sont elles aussi subjuguées, sans voix, devant ce spectacle.

Mes parents n'habitent ni la haute-ville, ni la basse-ville, appelée Marina, mais un petit peu plus loin, isolés. L'avantage d'un tel emplacement est l'absence totale de vis-à-vis. Quand j'y étais seul, il m'arrivait souvent de m'y balader quasiment nu, puisque rien ne pouvait déranger ma tranquillité.

Perdu dans la végétation, je bifurque sur un étroit chemin de terre. On croirait s'avancer vers une impasse, ou dans un plan foireux, mais bien au contraire.

Ce chemin d'apparence si banal mène en fait chez moi, enfin... chez mes parents. Au bout de celui-ci se trouver une petite place organisée autour d'une fontaine, enfin bitumée.

Un homme chauve, en costume, très grand et musclé, s'avance dans notre direction. Je sors alors de ma voiture puis l'enlace, c'est Petru, le responsable de la sécurité. Les retrouvailles sont bien heureuses, c'est la même chose pour Luc, qui est un habitué. Les salutations sont un peu moins joviales avec les filles, qui ne le connaissent pas. Puis Petru manipule son téléphone, ce qui nous ouvre la grille. Nous remontons alors dans la voiture pour passer de l'autre côté de celle-ci et enfin aller nous installer.

- C'était un agent de sécurité ? Me demande Charlotte.

- Oui c'est un agent de sécurité. Tu sais, une maison si isolée est propice aux cambriolages. On n'est jamais trop sûrs.

- C'est vrai, en tout cas c'est très rassurant.

Je suis bien heureux que la présence de Petru ne les ait pas effrayées. D'ailleurs, elles n'en sont pas conscientes mais il est le chef d'une équipe avec 5 hommes sous son commandement. C'est l'équipe de jour. Le soir, une autre équipe de sécurité est présente, dirigée par un dénommé Emilio, que je ne connais pas vraiment, car moins causant.

Et puis heureusement qu'elles ne le savent pas, elles n'auraient pas cru à mon mensonge sur les cambriolages. 6 hommes pour simplement protéger des cambriolages, ça serait un peu exagéré.

En effet, bien évidemment que la présence de Petru n'est pas là pour éviter les effractions. Sa présence est exactement la raison de pourquoi j'ai quitté ma ville pour rejoindre Paris. Pour faire simple, mon père est à la tête d'une organisation totalement illégale. Il avait un seul souhait : que je ne baigne pas dans son milieu et que j'ai une activité normale.

J'ai donc du, malgré moi, connaître une vie parisienne, seul, dès mes 16 ans. Mon père a tenu à m'écarter de ce monde à cause de la dangerosité de ses activités. Que dire justement à propos de ses activités ? Blanchiment d'argent, trafic d'armes, contrebande... Ce ne sont que les principales et assumées, je suis bien conscient qu'il y a une face cachée de l'iceberg.

Dans la voiture, Luc est lui aussi dans la confidence. Lui, n'est pas natif de la Corse. Je l'ai connu quand il venait en vacances ici, chaque année, avec ses parents. Puis une fois que je suis allé vivre à Paris, il m'a pris sous son aile, sans lui j'aurais été livré à moi-même dans cette gigantesque ville.

Quoiqu'il en soit, nous avançons de nouveau, vérifiant bien que la grille se referme derrière nous. Nous continuons sur une route bien plus large et moins gondolée. De chaque côté de celle-ci, sont disposés des cyprès, au milieu des lavandes, de plus en plus grand au fur et à mesure que l'on avance. Les derniers doivent bien atteindre au moins cinq mètres de haut. Cette route donne sur une nouvelle place, en forme d'arc de cercle, utilisée comme un parking.

Il s'y trouve toutes sortes de véhicules : trois quads, deux buggys, un 4x4, une voiture de sport, un break, une dizaine de motos et une limousine.

Derrière tous ces véhicules se trouve la villa de mes parents. C'est une bâtisse assez grande, très moderne et surtout perdue en pleine nature. On ne peut pas se douter qu'en empruntant un tel chemin de terre, on puisse arriver devant une telle merveille.

Au lieu de m'avancer vers la grande porte, je contourne la maison en longeant les murs latéraux. La maison est construite sur les hauteurs. On aperçoit alors en contrebas la mer qui se dévoile entre le gazon et l'horizon. Puis apparaît le gigantesque jardin, qui n'a pour limite que la plage qui nous est privatisée.

Que dire sur cette maison, si ce n'est qu'elle s'apparente à un mini village. Je ne peux même pas vraiment dire combien de personnes elle peut accueillir. Il doit y avoir une vingtaine de couchages, cinq salles de bain, une gigantesque cuisine tout équipée, un salon, une mini salle de cinéma, une salle de sport et de multiples dressing. Le plus surprenant est peut-être la salle perdue au fin fond du couloir du premier étage, elle est dédiée à des terrariums et aquariums d'espèces en apparence dangereuses, comme des boas, et même un crocodile. Cette salle est vraiment démesurée et c'est assez glauque de savoir qu'il y a de telles espèces qui partagent notre demeure, mais c'est la volonté de mon père, et je n'ai pas mon mot à dire.

À l'extérieur, il y a l'énorme terrasse du premier étage et la terrasse de la piscine. D'ailleurs, la piscine n'a rien de commun elle non plus, c'est une piscine lagon, avec du vrai sable, et des roches magnifiquement sculptées desquelles sortent d'innombrables petites cascades d'eau.

Au loin, on peut apercevoir une légère fumée. Il ne me faut pas plus d'indication, je sais que mes parents s'y trouvent, c'est le coin barbecue et feu de bois !

Sur notre chemin, nous sommes rejoints par Yuki, le golden retriever de mon père, qui me saute dans les bras et manque de me faire tomber en arrière. Il faut dire que ce gros pépère, comme on aime à l'appeler, doit bien peser une trentaine de kilos. Puis, comme si de rien était, il repart en direction de la fumée en se tournant et remuant de la queue, comme pour nous inciter à le suivre.

C'est bien ce que je pensais, mes deux parents sont assis autour du barbecue, avec un couple d'amis à eux, Francesco et Nathalia. Officiellement, ils seront un couple d'amis, mais officieusement, Francesco est le bras droit de mon père, un véritable frère pour lui.

Le petit comité est bien évidemment surpris de nous voir, puis ma mère vient nous prendre dans ses bras, tour à tour.

- Enchantée, moi c'est Teresa, femme d'Ange, dit-elle en pointant mon père, et mère de Louis, continue-t-elle en me pinçant les joues.

- Maman, voici Charlotte, la copine de Luc, et Océane. 

- Océane est ta copine ?

- Non maman, je lui réponds en rigolant, c'est l'amie de Charlotte !

Ma mère serre fort Luc dans ses bras.

- Oh mon petit Luc, ta copine est si belle !

- Merci Teresa, mais pas autant que vous !

Quel charmeur ce type ! Il a toujours le mot pour faire rire tout en faisant plaisir. Il a aussi cette manie d'être un vrai Don Juan avec les femmes plus âgées que lui, ça me fera toujours marrer.

Pour finir, je prends soin de présenter Ange, qui est mon père, Francesco et Nathalia à nos convives, puis nous nous asseyons autour de la table sur laquelle était déjà dressé l'apéritif des plus vieux. 

MienneOù les histoires vivent. Découvrez maintenant