Chapitre 27

890 18 6
                                        

Perdu dans ces pensées si profondes, je ne remarque même pas mon père qui part tout dévoiler aux filles. La main de Luc qui se pose autour de mon cou me sort de ces questionnements internes. Puis nous regardons désormais dans la même direction, celle qui mène à la baie vitrée. Nous observons, impuissants, nos bien-aimées suivre mon père dans une pièce plus éloignée.

Ange est un homme très expérimenté. Il a toujours baigné dans le milieu illégal et criminel. Avoir des hommes sous son commandement et leur parler avec toute la franchise du monde, c'est son quotidien. Alors expliquer à deux jeunes filles quelques unes de ses activités illicites, ça ne l'effraie pas.

Par contre, Luc, lui, est terrifié. Et... Je le comprends. C'est comme jouer à pile ou face. La psychologie humaine est tellement imprévisible. Soit les filles réagissent positivement, et dans ce cas, Charlotte ira mieux, et il pourra continuer son idylle avec elle, soit elles réagissent négativement et décident de s'éloigner de nous.

Intérieurement, j'ai également la frousse. Je prie de tout mon coeur et toute mon âme pour que la première option se réalise. Si les filles venaient à refuser, après tout ce qu'elles ont vu, qui sait ce qu'il adviendra d'elles... Sûrement un « accident ».

Après de longues minutes, sûrement les plus horribles de toute notre existence, nous voyons du mouvement dans la maison, signe que l'entrevue est terminée.

Luc court, impatient de connaître le verdict.

De mon côté, je suis plus réservé. Peu importe la finalité, me précipiter n'y changera rien. D'ailleurs, curieusement, Océane pointe le bout de son nez dehors, puis vient d'elle-même à ma rencontre. Elle se jette dans mes bras et me serre fort, vraiment très fort.

- Océ, tu me fais mal !

- Oh... Désolée.

- Pourquoi tu me sers si fort ?

- Tu es passé si proche de la mort hier, je n'avais pas conscience que c'était si grave...

- C'est vrai, mais grâce à vous, je suis là. D'ailleurs, comment va Charlotte ?

- Elle va bien mieux maintenant qu'elle sait que sa victime n'était qu'un voyou.

Ma main repose sa tête contre mon torse, afin de continuer cette étreinte qui m'est si apaisante. Tout est si parfait : la douceur de sa peau, l'odeur de son parfum, celle de ses cheveux, en fait, rien que sa présence est délicieuse.

Mais des gloussements viennent rompre le silence de cet instant magique. Dans un premier temps je n'y prête pas attention, mais le corps d'Océane se met à faire quelques sursauts. Elle se décolle alors de mon corps, puis essuie ses yeux.

- Océ... Tu pleures ??

Elle hoche honteusement la tête, ses mains occultant ses yeux.

- Mais pourquoi ?

- Ton père dit que c'est trop dangereux pour nous de rester, et je n'ai pas envie de partir sans toi...

- Pourquoi partir sans moi ?

- Il a dit que ces gens, c'était après toi qu'ils en ont... Et qu'on ne pouvait pas repartir en même temps sans que ça ne nous mette en danger.

Je vois où il veut en venir, et il faut bien avouer qu'il n'a pas tort...

- Et tu es triste de partir ?

- Pas de partir imbécile !

- De quoi alors ?

- De te quitter !

- Mais on va se revoir Océane, tu le sais, pas vrai ?

- Si c'est pour le stage, non merci, je ne veux pas faire semblant d'être ta stagiaire idéale.

MienneOù les histoires vivent. Découvrez maintenant