Samedi 19 mai 2035, quelques jours plus tard...
Cela fait maintenant quelques jours que je n'ai pas vu Louisa puisque la date du procès en première instance est tombée : lundi 21 mai, soit dans 2 jours désormais.
La pression est énorme, d'autant plus que c'est mon tout premier procès. Il faut que j'en dise assez pour que les avocats adverses ne se rendent pas compte de la supercherie que je prépare, mais pas trop pour ne pas qu'ils puissent me contrer dans le futur.
Pour préparer tous les détails, ça fait 3 jours depuis le dernier soir que j'y travaille corps et âme. Je n'ai donc pas eu le temps de revoir Louisa, nous avons seulement échangé des messages. Elle a pu me dire tout le bien qu'elle pensait de la séance que nous avons eue le mercredi et de la nuit d'amour et de tendresse que nous avons passés ensuite.
Aujourd'hui, nous nous revoyons enfin. Il y a cependant une raison bien spéciale, c'est que je dois lui présenter mes conclusions et la défense que j'ai préparées.
Je suis actuellement sur la route, le rendez-vous étant fixé chez elle. Devant la grande grille noire, l'accueil est bien plus cordial que la fois précédente. Le vieux portier, Alfred, n'est plus aussi froid et m'accueille même avec le sourire. J'ai l'impression que cette risette n'est pas forcée et je dirai même qu'elle est chaleureuse. L'agent de sécurité, quant à lui, est encore plus glacial. Il se contente de me regarder du coin de l'oeil et de hocher la tête pour dire bonjour, avant de se tourner de trois-quarts.
- Il était bon ce grand cru ?
Je vois qu'il n'a visiblement pas digéré la fois où je me suis ouvertement moqué de lui et ai réussi à passer entre les mailles de son filet. Mais je ne vais pas me laisser humilier par ce Vlad.
- Délicieux, j'aurais adoré vous inviter mais vous aviez du boulot !
Sa mine change et je ressens bien que s'il n'était pas dans son cadre professionnel, il m'aurait sûrement sauté dessus tel un sanguin. Mais il n'en est rien, et fier de l'avoir calmement mortifié, je continue mon chemin vers le 471 D.
Devant la porte de Louisa, je toque deux fois et entre. Elle me somme d'une voix lointaine de la rejoindre « en haut ». J'entame alors l'ascension de son immeuble, ses multiples suites. Chaque étage a vue sur l'étage du dessous, comme d'infinis mezzanines. Cela a pour effet que chaque étage devient plus petit que le précédent. Drôle de disposition, on se croirait dans un film futuriste ou de science-fiction. Mais au final, ça a son charme.
Les pièces les plus importantes se trouvent donc au plus bas, pour qu'elles soient les plus grandes. Au rez-de-chaussée, c'est une pièce à vivre, une sorte de salle à manger pour accueillir les invités. Le premier étage est partagé entre le salon démesuré dans lequel a pris part notre dernière séance et une spacieuse cuisine toute équipée. Au deuxième, il y a la chambre habitée par un lit king size, lui-même habillé de draps en soie noire et une superbe salle de bain. La salle de bain est ce qui m'impressionne de plus, entre la baignoire parsemée de dorures, l'immense douche italienne et le marbre lumineux qui recouvre le sol et les murs. Concernant le dernier étage, je n'y ai encore jamais posé les pieds, mais il a l'air de servir de coin bureau et de bibliothèque.
Je trouve au deuxième étage de la lumière qui provient de la salle de bain et reflète sur le sol en marbre blanc. Je m'y dirige et trouve Louisa face à son gigantesque miroir en train d'appliquer un produit sur sa peau. Elle est vêtue d'un simple t-shirt, un peu trop grand pour elle et de ce qui s'apparente à un tanga. Ce sous-vêtement laisse à portée de vue une bonne partie de ses fesses. Je perçois donc les coups de cravache que j'avais pu lui laisser, ils sont encore présents, même si un peu effacés par le temps. Cette vue m'échappe au fur et à mesure qu'elle se tourne vers moi.
- Tu m'as enfin trouvée !
Elle vient à moi et m'embrasse, comme pourrait le faire une femme envers son homme. Je n'arrive pas à définir si nous sommes en couple ou pas. Mais là n'est pas la raison de ma venue, et elle aussi le sait bien.
- Laisse-moi simplement finir avec ça et j'arrive, tu peux aller m'attendre dans mon bureau au dernier étage.
- J'y vais, à tout de suite.
Je monte alors au dernier étage. Il est bien agencé comme je l'imaginais, les murs sont en bois et sont creusés, ce qui permet d'y poser un nombre incalculable de livres. J'y perçois des polars, des thrillers, des policiers, de la romance mais également les livres érotiques dont elle me parlait. Au milieu, un large bureau en chêne noir sur lequel se trouve un volumineux écran d'ordinateur et de nombreuses feuilles. De chaque côté du bureau se trouvent des sièges, ils ont l'air plutôt confortable. Je prends place sur celui qui semble être réservé aux visiteurs.
J'entends désormais des pas qui font craquer le bois des escaliers et se rapprochent du bureau. Je crois ouïr des talons, alors que Louisa était pieds nus il y a quelques instants. Derrière ces pas, j'en entends de plus légers : il y a définitivement plusieurs personnes.
La première que j'aperçois est Louisa, toujours avec ce même t-shirt et bien pieds nus. Une seule différence notable avec l'accoutrement qu'elle avait dans la salle de bain : elle a enfilé un jean. La seconde personne fait son apparition. Elle est un peu plus grande que Louisa, brune, les yeux noisette et la taille fine. Elle est presque l'opposée de Louisa qui est blonde aux yeux bleus clairs. Sa tenue est beaucoup plus raffinée que celle de Louisa à l'instant t. Elle a des escarpins pâles, de la même couleur que son chemiser et porte une jupe couleur café latté.
- Maître Martinez, je vous présente Flavie, mon assistante, Flavie, voici Maître Martinez.
J'ai compris, elle veut cacher notre petit jeu, c'est logique. Ça fait tout même bizarre, c'est presque contre-intuitif.
- Enchantée, Maître Martinez.
- Enchanté Flavie, mais je vous en prie, appelez moi Louis.
Louisa prend place sur son siège. Alors que j'étais prêt à céder ma place à Flavie, elle s'assoit finalement aux côtés de Louisa sur un tabouret que je ne pouvais pas initialement percevoir. Je fais rouler ma chaise jusqu'au plus proche du bureau qui nous sépare et leur explique la stratégie que nous allons adopter ce lundi.
Je ressens une gêne totalement légitime concernant Flavie. En effet, pendant que je leur soumets mes explications, je fais des gestes pour paraître plus limpide grâce à mon langage corporel. Mais de temps à autre, je lève les yeux pour vérifier si mes interlocutrices sont vivement intéressées par ce que je leur raconte. Et c'est là que, pendant que Louisa est totalement concentrée sur mes mains et les mots que je lui montre sur les feuilles que je fais passer, Flavie me regarde et fixe mes lèvres. J'ai déjà pu lire dans un livre que quand une personne regarde les lèvres de son interlocuteur durant une conversation, c'est qu'elle n'est pas vraiment intéressée par ce que la personne lui dit mais plutôt par la personne elle-même. S'installe alors en moi une incommodité croissante, à un tel point que je diminue la fréquence à laquelle je rehausse mon regard.
À l'issue de ma présentation, les deux femmes se concertent dans un conciliabule auquel je ne suis pas convié et acquiescent finalement la totalité du plan. Louisa se lève, toute énergique, tape des deux mains et nous invite à partager le repas tous ensemble.
Nous descendons alors tous vers la cuisine. Elle a préparé du gołąbki, une spécialité culinaire polonaise. Etant donné que ce plat ne nécessite pas forcément de couverts, nous restons debout autour du plan de travail en dégustant ces superbes mets.
Le comportement de Flavie continue de me gêner. Etant un peu blagueur et taquin, et qui plus est, plutôt à l'aise avec Louisa, le dîner est parsemé de rires, d'autant plus qu'elle a énormément d'humour. Le problème est qu'à chaque esclaffe, son assistante me regarde, comme si elle cherchait à partager tous ces moments d'allégresse avec moi.
Sentant une atmosphère quelque peu bizarre et voyant que son assistante n'est pas décidée à s'en aller, je quitte l'appartement et rentre chez moi, malgré ma dure volonté de partager une nuit avec Louisa.
Sur le chemin du retour, je lui fais part de quelques unes de mes impressions et aussi de ma déception de ne pas avoir pu dormir et partager du temps avec elle.
Une fois dans mon appartement, je me déchausse, me dessape et jette un dernier coup d'oeil à mon portable : pas de réponse. Ce n'est pas grave, je vais me coucher.
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Mienne
Fiction généraleLouis est en apparence un avocat novice, à la vie monotone et inintéressante. D'abord au service des avocats plus expérimentés, un dossier très important va lui être confié. Sa première cliente, Louisa, va bouleverser sa façon de vivre en lui faisa...
