22 - MON PETIT CHAT

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Masha

- Kate aimerait que ces deux-là soient exposés côte à côte.

Olivia, la galeriste, acquiesce sans dire un mot, puis donne ses instructions. Elle connaît très bien la valeur qu'ont pris mes tableaux depuis toutes ces années, et obéit à mes ordres sans discuter.

C'est donc ça d'avoir le pouvoir entre ses mains ?

Natacha n'avait pas prévu, et moi non plus d'ailleurs, que mon exposition et la soirée portes ouvertes de The Sin tomberait le même soir. Je ne me suis pas portée volontaire pour prendre sa place, mais il s'est avéré que c'était la seule et unique solution.

Qui mieux que moi connaît mes œuvres ?

Elle a donc envoyé un mail détaillé à Olivia, précisant qu'elle passait exceptionnellement la main à une associée, mais je ne pensais pas devoir faire la mise en place à visage découvert.

En même temps, personne ne me connaît et d'ici demain, elle ne se souviendra sûrement plus de moi. Mon portable vibre dans ma poche, tandis que je supervise l'installation d'une énième peinture en bonne professionnelle que je suis, et décroche en m'éloignant pour obtenir un peu d'intimité :

- Comment ça se passe pour toi ?

- Tout se passe sans accroc.

Je réponds à Natacha le sourire aux lèvres.

- Avoue que ça te plaît de prendre ma place ? Tu fais ta cheffe et tu aimes ça ?

- J'avoue que ça à un côté grisant.

- Ne prends pas trop tes aises, je reprends mon poste dès la prochaine exposition.

- Ça ne fait aucun doute, je confirme après elle. Et vous, au club ?

Un grognement de frustration me parvient, tandis qu'une voix que je ne connais que trop bien s'époumone derrière elle.

- Sergent Ghost a décidé de nous faire vivre un véritable enfer.

- À quel point ?

J'ai la réponse à ma question quand c'est son prénom qui retentit au loin. Je l'entends pester contre lui en russe, avant qu'elle coupe court à notre conversation :

- Je te dis merde pour tout à l'heure. J'essaierai de me libérer plus tôt pour venir.

- Si tu y arrives, ça sera avec plaisir.

Je raccroche et m'apprête à retourner auprès de mes œuvres, quand un homme m'intercepte près de l'entrée. Vêtu simplement d'un jean noir et d'une chemise de la même couleur, il ne semble pas faire partie du personnel engagé.

- Excusez-moi, est-ce qu'il serait possible d'avoir un renseignement ?

- Je suis désolée, mais je ne travaille pas ici. En plus de ça, nous sommes fermés.

- Oh... c'est pour cette raison que la porte est ouverte ?

Il entre complètement et referme derrière lui sans se soucier de mon information. Il ne semble pas perdu et sa posture bien droite reflète une entière confiance en lui.

Comme s'il avait prévu d'être là, à ce moment précis.

Ses yeux se posent sur le personnel qui s'affaire à tout mettre en place, avant de se reposer sur ma personne. Il me sourit à pleine dents, mais son sourire n'atteint pas ses yeux et ça me fait froid dans le dos. Je reste imperturbable et continue d'un ton que je souhaite agréable :

- Vous connaissez peut-être la galeriste ? À moins que vous ne soyez le traiteur ?

Il n'est rien de tout ça et j'ai soudainement un mauvais pressentiment.

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