Ghost
J’enfile ma veste en cuir et attrape mon casque. Je traverse le club sans croiser personne.
Ça tombe bien, ce soir, je veux être seul.
Le moteur de la moto vibre sous moi. Rue après rue, virage après virage, je ne pense pas. Je conduis. Et ça suffit. Je roule plus vite que je le devrais, dépassant les feux, les regards, les enseignes qui clignotent.
Chaque image que j'ai en tête se superpose à la route : le sourire de Masha. Les jours à l’hôpital. Le silence des garçons. Et cette foutue galerie. La dernière fois que j'y ai mis les pieds, je me suis retrouvé drogué et ligoté.
La route vers la galerie est presque vide. Comme si le monde avait compris qu’il devait s’écarter. Je gare ma moto devant, sans bruit.
Je descends et marche jusqu’au seuil. Natacha est là, comme promis. Pas une parole pour m'accueillir. Juste un trousseau de clés tendu vers moi.
— Pas de public ?
— Personne d’autre que toi. Referme derrière quand tu partiras.
Elle recule, pour me laisser passer. La porte se referme derrière elle quand elle me laisse seul. Le silence est total. Pas comme la dernière fois…
Le jour qui a mené à notre victoire.
J’avance lentement jusqu’à un rideau cachant une aile. Sur le tissu, une phrase en lettres noires :
“Cauchemars :
Le Diable se trouve dans les détails”
Je m’arrête. Mes doigts effleurent le tissu.
— Masha…
Je pousse un pan du rideau, et l’air change. Plus épais. Plus dense. Des scènes qu’elle n’a jamais racontées.
Mais qu’elle a peintes.
Des couleurs crues. Du rouge : du vif, du cramoisi, du brun qui tire vers l’oxydé. Mais pour moi… ce n’est pas du rouge.
C’est du sang. Partout.
Une toile me fait reculer d’un pas. Un visage. Déformé. La bouche étouffée dans un cri. Les yeux ouverts trop grands pour être encore vivants. Et derrière… des mains. Trop grandes. Trop froides. Je ne regarde pas cette toile. Je l'entends hurler.
Je reste là. Debout. Sans bouger, à observer ce qui m'entoure. Chaque toile est une preuve. Un cri que je n’ai pas entendu. Je serre les poings.
Pas contre elle. Contre moi.
Elle a souffert. Et moi… J’étais là. À côté. Sans rien voir. Sans rien pouvoir faire. J'avance et m'enfonce davantage dans ses cauchemars. Puis en me retournant, il est là. Une toile plus grande, placée à part.
Je m’approche. Il n’y a pas de titre. Mais je comprends tout de suite. C’est lui. Diablo.
Je reste planté là. Je veux détester cette toile. Je veux tourner les talons. Mais je ne peux pas.
Parce que pour une fois… je vois ce qu’elle a vécu.
Et ce tableau-là, il ne crie pas. Il regarde.
Et il me laisse partir, mais pas indemne. Je continue mon chemin et referme le rideau sur cauchemars. Ce qu’elle a peint là-dedans... je n’aurais jamais dû le voir. Mais maintenant que je l’ai vu, je ne peux plus ne pas savoir.
Je continue mon chemin par un autre couloir. Plus intime. J’avance. Mes pas résonnent comme s’ils dérangeaient les murs. Et au bout, une porte. Pas de mot. Juste un petit panneau. Vide. Pas de titre. Je tends la main vers la poignée… puis je m’arrête.
Après ça… Qu’est-ce qu’il reste à montrer ?
Un instant, je pense à elle. À la manière dont elle s'est souvenue, même sans se souvenir. Je pousse la porte et me fige net sur le seuil.
C’est moi. Partout.
Pas la version qu’on voit au club The Sin. Pas celle qui commande, tranche, menace sans hausser la voix. Non.
Moi. Vu par elle.
Mon tatouage sur la main. Ceux de mon bras. Ma moto filant dans la nuit. Un verre de whisky posé sur un bureau. Mon sourire, furtif, capturé dans un angle parfait. Les cadres sont bien espacés, éclairés juste ce qu’il faut. Je regarde les couleurs. Cette fois-ci, pas de rouge, d'ocre. Pas de sang.
Mais une couleur whisky.
Je sens un sourire me frôler. Chaque toile est une version de moi. J’avance lentement. Chaque tableau me frappe dans un recoin différent. Je ne comprends pas comment elle a pu capter ça.
Comment elle a pu… se souvenir.
Et puis… une dernière toile, recouverte d’un drap sombre. Je tends la main, marque une pause et je le retire. Et là… Je me pétrifie. Un tracé précis. Net. Une phrase.
“Aren't we all sinners ?”
(Ne sommes-nous pas tous des pêcheurs ?)
Sur une courbe de peau que personne ne peut deviner.
C’est aussi l’un de mes tatouages.
Mais caché. Secret. Sur l’aine. Elle l’a vu une fois.
Juste une. Et elle s’en est souvenue.
Et puis je remarque le détail. En bas du cadre, à peine griffonné… des lettres en russe.
“Мой красивый.” (Mon beau.)
Je me penche. Je sais ce que ça veut dire.
Et là, je comprends.
Elle ne s’en est pas souvenu.
Elle se souvient.
✨✨✨✨✨✨✨✨✨✨✨✨✨✨
Voici l'avant-dernier chapitre de "DEMONS SQUAD".
La fin n'a jamais été aussi proche.
À bientôt pour le final 😊
Georgia
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DEMONS SQUAD
RomanceIl ne lui fait pas confiance. Elle compte la gagner à force de patience. Il lui promet qu'au moindre faux pas, il sera là. Elle se promet de n'en faire aucun. Il la hait car le sang de leur ennemi coule dans ses veines. Elle veut le percer à jour...
