Masha
Je suis seule. Et devant moi... les écrans.
Une caméra. Un couloir. La salle des cauchemars. Puis l'autre. Celle sans titre.
Ghost est là. Il avance lentement. Il regarde. Je n'ai rien dit. J'ai juste demandé à Lev et Natacha d'activer le système.
"Je veux voir s'il reste.
S'il regarde.
S'il comprend."
Et je regarde depuis qu'il a mis les pieds dans la galerie, le cœur battant à tout rompre. Il ouvre le rideau des cauchemars et je me tends.
Les doigts crispés autour d'un stylo qui ne me sert à rien. Je ne bouge pas. Je veux voir jusqu'où il va. Ghost regarde chaque toile. Il recule. Il serre les poings. Et moi... J'ai mal. Pas pour moi.
Pour lui.
Parce que je sais ce qu'il est en train de découvrir, ce que je n'ai pas pu lui dire. Et puis, il sort. Il marche. Et je le vois entrer dans l'autre salle.
La sienne.
Là, mon cœur tape. Pas contre ma poitrine. Contre ma mémoire. Je vois le moment où il s'arrête. Face à son sourire, Face à la moto, face à la couleur whisky de mes peintures.
Et je comprend qu'il comprend.
Il ne parle pas, mais je vois ses gestes. Il avance lentement. Il penche la tête devant une toile. Il en touche une autre. Il reste longtemps devant son sourire. Et puis... Il s'approche du tableau recouvert.
Le dernier.
Je me lève sans bruit et quitte la salle. Pas parce que je veux me montrer. Parce que je sais que le moment ne peut pas m'échapper.
J'entre par l'autre côté de la galerie et marche lentement, jusqu'à la porte ouverte. Et quand j'arrive derrière lui... il retire le drap.
Posté en silence dans son dos, mon cœur menace de sortir hors de ma poitrine. Je l'observe se pencher vers le titre du tableau, puis se redresser. Il marque un temps d'arrêt, et quand il se retourne, cela me paraît être au ralenti.
Il a senti ma présence.
Ses yeux reflètent une certaine réticence à croire à l'évidence. Le retour de mes souvenirs. Et je sais qu'il va falloir que je le convainque à nouveau.
Ghost ne fait aucun mouvement, pas même un pas vers moi. Il me détaille de haut en bas, comme s'il me découvrait pour la première fois.
Je l'ai oublié. Je peux comprendre sa crainte d'être de nouveau rejeté. Il ne parle pas. Mais ses yeux ne me lâchent pas.
J'ai soudainement moi aussi le besoin d'être convaincu qu'il a compris. Que je me rappelle de lui avec certitude. Alors je murmure :
- Tu as vu ?
Il hoche la tête. Pas un mot. Juste le poids du silence.
- Et tu as lu... le titre ?
Son regard change. Et là, enfin, il parle d'une voix basse, presque un murmure :
- Tu m'avais oublié.
Je ressens sa douleur dans ses mots. Dans le timbre de sa voix.
- Moi. Uniquement moi.
Je vois dans ses yeux qu'il en a souffert. Mais au lieu de m'attendrir, sa remarque me blesse. Et là, la colère monte et explose sans prévenir :
- Parce que tu crois que je l'ai fait exprès !?
- Je ne sais pas. À toi de me le dire.
- Tu as bien vu, non !?
Je lui montre les tableaux d'une main circulaire.
- Tu es partout !
- Mais je n'étais pas là.
Ghost pointe sa tempe du doigt. Je n'en crois pas mes oreilles.
Je rêve ? C'est une blague ?
Il est en train de m'accuser comme si j'avais commis le pire des crimes.
Pour qui il se prend ?
- Sérieusement ? T'as vu ce que j'ai peint ? Chaque foutue toile, c'est toi !
Il ne dit rien. Il me regarde. Presque amusé. Et ça me fout encore plus en rogne. Je sens le sang battre dans mes tempes.
- Tu veux des preuves ? Tu les as autour de toi, merde ! Et tu veux quoi ? Que je m'excuse ?
- Non. Je voulais juste être sûr...
Je m'arrête net et le fixe sans comprendre.
- Sûr de quoi ?
Et là... il sourit..
- Que c'était bien toi. Et pas un rôle pour me faire croire que.
Il m'a testé. Et j'ai plongé la tête la première. Je vois rouge. Sans prévenir, je fonce sur son torse et le pousse de toutes mes forces à deux mains.
- Est-ce que tu imagines à quel point ça m'a fait mal de te voir attaché ? Sans défense. À sa merci.
Je le pousse une nouvelle fois, et il me laisse faire.
- Il m'a obligé à me battre contre cet homme ! Moi. Sa propre fille.
Cette fois, ce sont mes poings qui s'abattent sur lui.
- J'ai cru que je ne te reverrai jamais... tu m'entends ?
Je le frappe. Je le repousse. Je hurle. Et lui... Il ne bouge pas. Il encaisse. Je fonds en larmes et sanglote en le tapant une nouvelle fois.
- J'ai cru que jamais je pourrais te le dire...
Je me brise. Mes poings s'abattent encore.
Mais plus faibles. Plus proches d'un appel au secours que d'une colère. Je sanglote. Je tombe presque.
Et là... ses bras se referment sur moi et me retiennent. Sa main caresse mes cheveux avec douceur et sa bouche murmure à mon oreille :
- Je suis là, Moya krasota.
Mes sanglots s'apaisent. Mes larmes se tarissent. Je m'essuie les yeux. Quand je relève la tête, il me regarde. Intensément. Comme s'il ne voulait plus cligner des yeux, de peur que je m'échappe encore. Il penche la tête.
- Me dire quoi ?
Je ne réponds pas tout de suite. Je le fixe. Je sais qu'il attend une phrase. Un dernier signe. Alors je souris, presque avec insolence et lui réponds :
- Que j'ai peint ces tableaux avec les doigts.
Il reste figé. Et puis... Il rit. Pas un rire forcé. Pas un éclat nerveux. Juste un rire franc, soulagé, heureux. Et le plus beau son que j'ai jamais entendu. Ça résonne doucement dans la galerie.
Et ça me traverse. Je souris à mon tour, en essuyant mes dernières larmes. Et là... je le vois. Vraiment. Son visage détendu.
Ses yeux clairs, brillants. Ce sourire qu'il ne montre à personne d'autre. Son calme. Sa présence. Et mon cœur percute.
C'est lui.
Je souffle, presque pour moi :
- Moy krasavchik... (Mon Beau)
Il s'approche. Et avec son regard brûlant d'ironie douce, il se penche légèrement, son regard brillant de malice.
- Ce que je vais te faire maintenant... Ça se fait avec les lèvres.
Et il m'attrape. Pas brutalement. Pas timidement. Mais comme lui seul sait le faire. Avec le poids des silences, la chaleur retrouvée, et la certitude que je suis là.
Entièrement à lui.
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DEMONS SQUAD
RomansaIl ne lui fait pas confiance. Elle compte la gagner à force de patience. Il lui promet qu'au moindre faux pas, il sera là. Elle se promet de n'en faire aucun. Il la hait car le sang de leur ennemi coule dans ses veines. Elle veut le percer à jour...
