44. AFFRONT

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Ghost

Assis sur le sol de la chambre dénuée de meubles qui me sert de cellule, je rumine en silence. Respirer me lacère la poitrine. Chaque mouvement m'arrache un frisson de douleur, mais je tiens.

J'ai tenu jusque-là.

Je tiendrai encore.

La coagulation au niveau de mes blessures et leurs pansements de fortunes m'empêche de me vider de mon sang. Et pourtant, si Diablo tentait de m'ôter la vie maintenant, je trouverais quand même la force de lui résister.

Quitte à rouvrir mes plaies et me vider de mon sang, au moins je ne lui offrirais pas le plaisir de me voir sombrer, le sourire aux lèvres. Je n'ai pas le droit de faiblir.
Chaque souffle, chaque instant, est précieux maintenant que tout est en place. J'espère que Grigori est arrivée avant que Masha fasse quelque chose qu'elle regrette.

Est-elle hors jeu comme je l'ai exigé ?

Je fais mentalement le point sur la dernière phase de mon plan. Tout est en place. Il faut juste attendre. Puis, une silhouette glisse dans la pièce, refermant lentement la porte derrière elle. Mon regard remonte jusqu'à son visage, et un ricanement amer m'échappe -sa tenue de bonne à tout faire est un dérisoire contraste avec l'enfer qui m'entoure.

- De retour derrière les fourneaux, Donia ?

L'odeur me prend à la gorge avant même que le bol touche le sol. Il atterrit devant moi et quelques éclaboussures de son contenu rougeâtre souillent le parquet. Je renifle avec dégoût, sans toutefois y toucher.

- Je déteste le bortsch. T'as déjà oublié ?

Mon ton est froid et dénué de sentiments. Elle ne mérite rien de plus que mon mépris. Elle ne répond pas. Juste un soupir, à peine audible. Puis, lentement, elle pousse le bol vers moi du bout du pied, comme si elle refusait de prendre part à cette joute verbale.

Dans un effort douloureux, je me redresse, chaque muscle criant sa protestation. Mon mouvement arrache à Donia un sursaut involontaire. Elle recule d'un pas, son regard rivé sur moi, ma taille la surpassant d'au moins deux têtes.

- Tu as peur ? Même quand je suis dans cet état ?

Malgré mes blessures et ma fatigue, je conserve une silhouette témoignant d'une condition physique optimale. Je lève mes poignets liés devant moi, une preuve évidente de ma captivité.

Mais Donia ne se détend pas. Son visage est fermé, ses lèvres pincées, sa respiration maîtrisée. Elle se refuse à tout commentaire. Malgré la douleur qui irradie dans mon corps, je me tiens aussi droit que me le permettent mes blessures et continue de la provoquer.

- Finalement, le patron n'a pas été si reconnaissant que ça envers toi.

- Mange.

Son ton est tranchant, presque détaché.

- Oh... Tu n'as donc pas encore perdu ta langue.

Mon pied frappe le bol, envoyant son contenu s'écraser contre son pantalon blanc immaculé. L'odeur de la nourriture renversée flotte entre nous.

- Je t'ai dit que je déteste ça. J'ai horreur de me répéter.

- Tu te comportes toujours comme un gamin quand il n'a pas ce qu'il veut.

Je ne bronche pas et encaisse sa pique, indifférent. Elle ignore que j'ai tout ce que je veux.

Et plus encore.

Prise d'un élan de courage, elle avance d'un pas, dans une posture bien droite et une assurance feinte. Elle est intouchable et elle le sait, mais ça ne l'empêche pas de me craindre. De craindre ma vengeance. Elle a peur. Pas de ce que je suis maintenant. Mais de ce que je vais devenir. La vengeance ne s'oublie pas; elle mûrit et attend son heure.

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