L'autre jour,
J'ai pleuré avant de t'appeler, papa
Et mes larmes puaient l'alcool
J'ai étouffé mes sanglots,
Mais la peine faisait trembler les murs
L'univers tout entier a ressenti, papa,
À quel point tout était triste.
J'en suis persuadée.
Mes larmes puaient l'alcool,
Ce poison qui m'est utile aujourd'hui lorsque je ne parviens plus à être heureuse
Ou même à survivre
Pourtant le monde est beau, papa
Ça n'a pas changé
La poésie me transperce un peu plus chaque jour,
Et j'ai rencontré des gens
Qui portent en eux l'espoir qui me manque tant
Ils l'ignorent, je le sais papa,
Mais ces personnes là
Sont une signification à ma vie toute entière.
Je t'ai dit,
De la voix frêle de la petite fille qui n'est jamais partie
"C'est dur,
De ne pas avoir de papa
Et de savoir avec certitude que cela ne changera jamais.
C'est dur,
De voir dans la rue et dans les parcs
Les enfants qui ont eu cette chance
C'est dur,
De les entendre rire
De les savoir heureux."
Puis, t'avais la voix qui tremblait toi aussi
Mais il faut dire que je ne l'ai jamais connue autrement
Tu as toujours été à la frontière
Tu as toujours fait résonner la vie de la même façon que le désespoir.
Tu sais, papa,
Qui tu as été
Et je crois que ça te fait trop mal pour te permettre d'en parler
Mais comprend,
S'il-te-plaît, comprend
Que jamais ça ne m'a quittée.
Le temps est cruel
Il n'efface jamais les traumatismes
Il fait du visage larmoyant d'une personne aimée,
Son reflet pour les dix prochaines années
Crois-moi,
Si j'avais pu vivre mieux
Je l'aurais fait
Crois-moi,
Si j'avais pu garder contact
Je serais restée auprès de toi
Mais,
J'en serais peut-être morte
De tristesse et de néant
Morte d'espoir,
Morte des sourires que tu aurais échoué à me rendre
Morte du chaos atroce auquel tu donnes vie
À chaque déception,
Chaque souvenir
Chaque pensée hasardeuse
J'en serais morte, papa,
Et le plus douloureux
Est d'admettre
Que tu n'y aurais été pour rien.
La bière me soulève le cœur
Les effluves de cigarette me piquent les yeux
Je suis aveugle,
Insensible
Je suis toi,
Et je n'en suis rien.
Papa,
Tu as ruiné mon reflet
Ma simple perception de moi-même
Papa,
Tu as fait de ta fille
L'enfer dont tu as été victime.
L'autre jour,
J'ai pleuré avant de t'appeler
Mais ça ne t'étonne même plus,
Papa
Je ne suis plus que des sanglots
Je ne suis plus que des silences
Je ne suis plus que l'ombre,
De celui
Que tu aurais voulu sauver.
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Silhouettes
PoetryInformes et vaporeuses, elles rassemblent en elles les personnes que nous étions, celles que nous nous apprêtons à devenir. Elles ont de l'enfance la lueur presque irréelle, de la mélancolie le bleu profond. De l'espoir, la beauté et l'inatteignable...
