Chapitre 28

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Mon poing s'abat sur la porte, la faisant trembler sous mes assauts. 

— Entre.

A mon expression, il comprend et fait signe à Aryos de sortir. Je m'installe en face de Cyriak sans y avoir été invité. Il se cale sur son fauteuil et me toise.

— Je t'écoute.

— Je vais être Papa. 

— Félicitations! Cette nouvelle te rend heureux au moins?

Mes yeux le fusillent. 

— Qu'est ce qu'il se passe Drake?

— Je ne pourrai jamais laver le sang qui couvre mes mains. 

— Non, effectivement. Mais tu peux toujours arrêter de le faire couler, du moins en partie.

— Si j'arrête tu t'en prendras à eux, je conclus.

Il soupire et masse ses tempes de bout de ses index.

— C'est la première fois que je garde un exécuteur aussi longtemps, Drake. 13 ans, c'est un exploit!  

— Je ne te laisserai pas leur faire de mal, je le menace.

— Tu ne comprends pas, la vie t'a conditionné à la mort. Je ne vais pas m'en plaindre, je n'ai jamais été aussi satisfait de l'un de mes hommes. Mais tu as oublié de regarder autour de toi durant ces 13 dernières années. Ton prédécesseur est mort en mission, c'est pourquoi tu as pris sa place aussi jeune. Mais sais tu qui était exécuteur avant lui? 

Je secoue la tête.

— Pharell, et tu sais ce qu'il fait désormais?

— Pharell le comptable?, je demande ahuri.

— Voilà, il fait la comptabilité. Avant lui, il y avait Flo et encore avant Georges. On pourrait continuer comme ça encore longtemps mais ce n'est pas ce qui nous intéresse. Le point commun entre tous ces hommes? Tu ne vois toujours pas, répond il à ma place. Ils ont tous une femme et pour certain des enfants. Tu vois, on ne quitte pas la Cosa Nostra, seulement je suis aussi un homme et moi aussi j'ai un jour rencontré l'amour de ma vie. 

Il fait une pause contemplant le portrait de sa défunte épouse.

— Ce jour là, j'ai demandé à mon père de me retirer, ce qu'il a évidemment refusé. J'étais l'héritier du royaume qu'il avait durement bâti. Je devais faire couler le sang, me faire respecter qu'importe mes envies primaires. Je l'ai suivi et sa décision a conduit à la mort de mon épouse. Nous n'avons pas eu le temps de fonder une famille, c'est mon plus grand regret. Quand j'ai pris les commandes, je me suis juré de ne jamais infliger une telle douleur à l'un de mes hommes. L'amour est un besoin aussi essentiel que celui de respirer. Si je t'arrache aujourd'hui Livia, tu suffoqueras et dépériras dans d'atroces souffrances sans avoir besoin de lever le petit doigt. J'ai beaucoup trop de respect pour mes hommes pour leur infliger une chose pareille. Le premier a m'avoir demander à partir était Phil. 

— Phil est un ancien exécuteur?

— Bien sûr. Le poste n'est généralement occupé que quelques années. Vous finissez toujours pas vous enticher d'une déesse qui vous retourne la tête et le pantalon, rigole t il. J'ai tenté à plusieurs reprises de te proposer d'abandonner ton poste mais tu t'es braqué comme un imbécile, incapable de voir que je ne suis pas qu'un monstre donneur d'ordres. Ton successeur se prépare depuis un moment déjà et j'aimerais te proposer un nouveau poste. J'ai pour projet d'ouvrir une maison clause.

— Tu te fous de ma gueule?!

— Drake, gronde t il. Ca fait 6 mois que tu n'écoutes plus rien de ce qui sort de ma bouche alors maintenant tu te calmes, tu la fermes et tu écoutes! Oui, je veux monter une maison clause. Beaucoup de filles se retrouvent sur le trottoir par nécessité mais aussi surprenant soit il certaines y sont de leurs plein grès. Après une enquête de terrain, je me suis rendue compte qu'elles sont presque plus terrorisées par les Mac qui veulent les enrôler que par leurs clients. C'est pourquoi, je voudrais offrir un lieu sûr pour leurs échanges. On ne parle pas de forcer des filles à se prostituer. On parle d'offrir une chambre et une protection à des filles qui souhaitent vendre leur corps. Elles paieront un loyer en échange de notre protection et nos soins. Elles continueront à gagner leur vie et on occupera une partie du marché. Antonio travaille sur des systèmes de sécurité et de surveillance complexe pour préserver leur sécurité et leur intimité. Livia est d'accord pour assurer le suivi sanitaire de ses jeunes femmes et Elena propose ses services pour gérer les agendas de chacune et les arrivées des clients. 

— Comment ça Livia est d'accord?

— Elle est venue me voir il y a un peu plus d'un mois. Elle était paniquée parce qu'elle venait de découvrir qu'elle était enceinte. Elle ne savait pas comment tu réagirais et elle savait que ton boulot ne serait qu'une excuse supplémentaire pour rejeter ce bébé. Je lui ai alors parlé de mes projets. Elle m'a d'ailleurs été d'une grande aide. Elle propose des suivis réguliers des prostituées permanentes, avec dépistage des MST et IST et souhaite mettre en place des cours d'éducation sexuelle visant à leur faire prendre conscience des risques si elles ne se protègent pas correctement. Jeune femme très intéressante, je comprends pourquoi elle fait battre ton cœur. 

 — Il faut que je la vois.

— Est ce que ça veut dire que tu vas y réfléchir?

— Ca veut dire que je vais être Papa et que je n'ai pas pris le temps de lui dire que j'étais heureux. Le reste je m'en fous.

— Alors dépêche toi de le lui dire, sourit il.

Sur la route, je n'arrive pas à me défaire de ce sourire qui me colle aux lèvres. Je vais être Papa. On va avoir un bébé. La seule chose qui m'effrayait plus que le minuscule truc baveux, que je protégerai plus que ma propre vie dans quelques mois, c'était de devoir l'élever avec du sang sur les mains, toujours plus de sang. Quoi que je décide, je n'effacerai pas qui je suis. Je reste un membre de la Cosa Nostra, le sang coulera encore grâce, ou à cause, de moi. Mais je veux pouvoir rentrer le soir et prendre mon enfant dans les mains sans repenser aux nombreux cadavres que j'ai laissé derrière moi. 

La Cerise du DiableOù les histoires vivent. Découvrez maintenant