- J'ai le sentiment que vous me mentez. Vous ne savez pas encore « Pourquoi ». Autrement vous vous seriez déjà fait un plaisir de me le dire. Je sais à quel point vous aimez ces petits coups d'éclats. D'autre part, vous devriez écrire un livre de vos pensées.
- Cette remarque n'a pas lieu d'être, nous nous écartons du sujet. Revenons-en au fait.
- Je n'en ai pas envie. Comme vous l'avez si bien dit : je suis ici chez moi.
Elle soupire.
- Bien, je pense que je peux vous accorder ce plaisir. Allons-y : qu'entendez-vous par « livre de mes pensées » ?
- Ecrivez vos réflexions sur le monde, votre vision des choses est intéressante. Elle est un peu trop manichéenne à mon goût mais cela changera avec le temps. Vous avez quelque chose de spécial, essayer d'en tirer profit. Vous êtes d'une grande finesse d'esprit, chez les jeunes de votre âge c'est plus que rare. Un peu de perspicacité et d'orgueil ne fera pas de mal au monde.
- Vous insinuez qu'il en manque ? Je trouve au contraire que ça déborde de toute part. C'est navrant.
- Avez-vous un parti politique ?
- Non. Les petites guerres d'ego retransmises en direct à la télé lors de, soi-disant, débats, m'intéressent peu.
Il ouvre la bouche pour parler. Elle l'arrête.
- Je sais ce que vous pensez, Docteur. Je sais ce que vous vous dîtes. Vous vous demander si un jour, il y a eu, en moi, une enfant. S'il y a eu une enfance, une insouciance, une innocence, un temps béni durant lequel j'ai connu la joie, les rires, les plaisirs simples... vous voulez connaître ma madeleine de Proust, si tant est que j'en ai une. Vous êtes inquiet, triste, peut-être même attendri en pensant à cette enfant, brûlée, trop tôt, par l'acide du monde. Cette enfant jetée dans le bain, c'est dégueulasse, c'est écœurant, c'est terrible et pathétique. Et ce sont les mots qui l'ont bouffée. Les mots des adultes, soient disant pour son bien, mais qui n'étaient que poison. Et c'est là l'origine de cette colère, cette rancœur, cette haine de la société, de l'humanité, de l'espoir... on a tué dans l'œuf les ambitions de cette enfant. On a frappé jusqu'à ce que le tout éclate, implose, disparaisse. On lui a rappelé qu'elle était faible, sans défense, sans famille, sans parents. On lui a retiré ses jouets, ses souvenirs, ses rires. On les a souillés avec le sang de sa mère, et des promesses que, bien sûr, personne ne pouvait tenir. « Nous ferons de notre mieux pour t'offrir la vie que tu mérites. Promis ». Si j'ai ce que je « mérite », si tant est que quelque chose me revienne, ce ne sera dût qu'à moi, mes efforts, mon abnégation. Je serai à l'origine de ma réussite. Moi et personne d'autre. Car s'il y a une chance sur 7,8 milliards de devenir la personne du siècle, je saurai saisir l'occasion. J'ai la certitude d'avoir la capacité de parvenir à mes fins. Ce que j'accomplirai sera grandiose.
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Double jeu
Misterio / SuspensoUn spychologue rencontre sa nouvelle patiente. Dotée d'une grande intelligence, elle semble prendre un malin plaisir à lui raconter des mensonges. Cependant, à la fin de la première séance, elle finit par lui avouer que... dans 3 semaines, le jour d...
