Elle réfléchit.
- Souvent j'essaye d'écrire, tard le soir, je deviens romancière pour quelques heures. Souvent j'essaye de trouver les mots. Souvent je cherche la rime. Souvent j'essaye de m'inspirer en écoutant de la musique, j'adore la musique...
Il griffonne quelques lignes.
- C'est impoli de noter pendant que je vous...
Il continu.
- Ayez au moins la décence de lever le nez !
Il hoche de la tête, la regarde un instant, puis baisse les yeux et recommence à écrire.
- Mais que vous arrive-t-il ? Où est passée votre docilité caractéristique ?
Pas de réponse. Un geste de la main pour l'inciter à reprendre son récit.
- Étrange... enfin, passons. Il y a les jours avec, et les jours sans. Je disais donc : J'adore la musique. Cependant elle ne doit pas contenir de paroles, car je n'aime pas sentir mon esprit envahit des mots d'un autre. L'angoisse m'étrangle lorsque des vers surgissent de nulle part. Ils m'agressent, m'encerclent, et finissent par polluer toutes mes pensées, m'empêchant d'émettre la moindre hypothèse. Ils nuisent à la réflexion. Je reste l'air béat à me balancer sur ma chaise. Il y a tant de idées qui se battent pour germer que mon cerveau semble tourner au ralenti. Au plutôt, non, il tourne beaucoup trop vite, je ne suis pas capable de suivre la cadence. Alors je m'enferme dans mes carnets, des notes à n'en plus finir, je trace des lignes bien droites pour trancher le bordel de mon existence. La logique amène l'apaisement. Des chiffres parfaitement rangés, des nombres finis et évidents, rien qui ne soit pas prévisible, c'est la clé. Il faut prévoir. Toujours. Tout prévoir oui, pour ne pas flancher, pour ne pas se retrouver submergé par l'inconnu. Voilà un danger qu'il faut éviter à tout prix. Ce sont deux choses que je déteste : l'inconnu et l'inachevé. J'aime finir ce que j'ai commencé. C'est pourquoi je vais reprendre : Souvent j'essaye d'écrire, tard le soir, je deviens romancière pour quelques heures. Souvent j'essaye de trouver les mots. Souvent je cherche la rime. Souvent j'essaye de m'inspirer en écoutant de la musique, j'adore la musique. Souvent je griffonne quelques lignes, en tentant d'y mettre de l'ordre. Souvent j'abandonne...
- Je ne vous pense pas capable d'abandonner.
- Je n'ai pas fini. Taisez-vous.
- Je ne vous permets...
- J'ai dit : silence !
- Je ne me tairais pas.
- Citer Antigone est un pari trop ambitieux pour vous. Vous régressez, Docteur. C'est navrant. Que nous vaut cette soudaine rébellion ?
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Double jeu
Gizem / GerilimUn spychologue rencontre sa nouvelle patiente. Dotée d'une grande intelligence, elle semble prendre un malin plaisir à lui raconter des mensonges. Cependant, à la fin de la première séance, elle finit par lui avouer que... dans 3 semaines, le jour d...
