- Aujourd'hui est un grand jour !
- Ah oui ?
- Vous et moi allons trouvez le « Pourquoi ».
- Fantastique. Avant cela, j'aimerai revenir sur ce que vous ai dit la fois dernière. Le syndrome post traumatique. Vous vous souvenez ? J'aimerai que nous reparlions un peu de votre jeunesse. Avez-vous fait une crise d'adolescence ? Comment décririez-vous la relation avec vos parents adoptifs ?
Elle soupire.
- J'ai déjà répondu à tout cela ! A quoi bon toujours ressasser le passé ?
- Je suis là pour comprendre, donc expliquez-moi. Je repose ma question : comment s'est passée votre adolescente ?
- Très bien, puisque je n'ai pas le choix... Je vais entamer un monologue. Si vous ne lui trouvez aucun sens c'est que vous n'avez pas été assez attentif. Pour commencer je dirais que ma révolte fût silencieuse. Je ne savais plus vraiment quel était mon but. Je m'étais perdue en chemin. Mes pas n'étaient plus guidés par l'ambition ou l'égoïsme, et cela me laissait perplexe. Il fallait continuer, en équilibre sur un fil, en prenant garde de ne pas vaciller. J'ai appris à rester droite, pour ne pas chuter. La rigueur et l'exigence furent ma colonne vertébrale. A vrai dire, tout ceci n'est que mots, mais ce sont mes seules armes pour survivre. J'ai fait couler beaucoup d'encre. Le papier a été le seul témoin de mon implosion. Elle a été lente, inaudible, et, il faut l'avouer, d'une violence inouïe. J'écrivais des odes à la mort, des poèmes à Lucifer. Cela n'avait pas de but précis, n'allait pas trouver chez moi un côté sataniste. Je passais des heures à lire les œuvres des philosophes qui ont faits et défaits ce monde. J'ai beaucoup appris grâce à eux. J'ai compris, surtout. Il m'est arrivé de m'égarer un peu plus encore. Je me suis laissé dériver et entrainer dans des idées plus noires, la scarification, mais je n'avais pas peur. Les mots se mélangeaient dans ma tête et dans mes carnets. Les lignes n'étaient plus droites, à moins qu'elles ne l'aient jamais été... mes vers finissaient toujours par des points d'interrogations. Je tentais de répondre à toutes ces questions lors de mes insomnies, en vain. Le plus dur a été de contenir, du mieux que possible, cette lave bouillonnante et ce poison qui n'attendait qu'à être craché, déversé, vomi comme une insulte, envers ce monde que je détestais jours après jours encore un peu plus. Ce monde qui ne comprenait pas, ce monde emplit de jugements, de haine, ce monde en perdition, en proie à une déclin sans précédent vers la décrépitude. Je pense avoir réussi à tout enfouir, dans l'ensemble, car on ne m'a jamais rien reproché. Je prenais d'immense précautions à ce sujet. Mon exutoire était astucieusement caché dans la doublure de mon matelas. C'est étrange, mais je gardais toujours l'espoir secret que quelqu'un trouve un de mes carnets. Il l'aurait feuilleté, puis se serait attarder sur une page... il aurait eu peur, honte, puis il aurait reposé le carnet à sa place. Bien sûr il ne m'aurait jamais rien dit à ce sujet, mais moi, j'aurais su. Je l'aurais lu dans ses yeux. Il porterait la trace indélébile de celui qui a vu sans comprendre. Il aurait fini par passer à autre chose. Oublier le plus rapidement possible. Ne plus y penser. Tel est le mécanisme de défense des Hommes. J'ai eu ce réflexe, il y a bien longtemps. Néanmoins la lutte est inutile et les fantômes reviennent toujours nous hanter. Je dois l'avouer, j'ai perdu cette bataille. Je continue de remplir des carnets de questions sans réponses. Néanmoins je m'adonne à l'exercice moins régulièrement qu'autrefois. Je n'en ai plus vraiment besoin. L'orage est passé. Les flammes ont fini par tarir, avec le temps. Le temps guérit bien des mots. J'aime prendre mon temps. J'emploie le terme « prendre », car il faut lui sauter à la gorge si on veut pouvoir l'attraper. Et comme tout ce qui peut être donné, il peut être repris... Prenez bien soin de votre temps, Docteur. Gardez-le précieusement, cachez-le au reste du monde, sous peine de quoi on se fera un plaisir de vous le reprendre. Enfin, je ne me fais pas de soucis pour vous. Bientôt vous aurez tout le temps de repensez à vos actes, les bons comme les mauvais. Vous réaliserez à quel point votre passage sur cette Terre fût bref et futile, votre présence bénigne et votre action inutile. Je sais ce que vous pensez : ce monologue n'a pas lieu d'être et mon avis est bien trop versatile. Oui, je sais car je vous connais bien. Vous avez des secrets, Docteur. Nous en avons tous. Seulement vous et moi avons un quota plus élevé que la moyenne. Nous sommes identiques. Cela induit le fait que vous ayez vu la mort. Cela signifie surtout que vous avez l'âme d'un tueur... C'est amusant, non ? Vous vous pensiez intouchable derrière votre masque de Docteur en psychologie ? Eh bien vous voilà démasqué ! Je vous remercie de votre écoute. Grâce à vous j'ai trouvé le « Pourquoi ».
- Pourquoi ?
Pas de réponse. Elle sourit.
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Double jeu
Mystery / ThrillerUn spychologue rencontre sa nouvelle patiente. Dotée d'une grande intelligence, elle semble prendre un malin plaisir à lui raconter des mensonges. Cependant, à la fin de la première séance, elle finit par lui avouer que... dans 3 semaines, le jour d...
