Narrateur : Léandre :
« Johan. S'il te plaît... », supplie Milla, la voix cassée. :
« Chut... », lui place-t-il un index sur ses lèvres. : « Jusqu'à preuve du contraire, quand ton vieux n'est pas là, c'est moi qui gère. ».
Sympathique. Dans le genre ''j'ai quelque chose à compenser'', on fait guère mieux... La porte de ma cellule est enfoncée, ce grand gugus se croit impressionnant avec son ensemble militaire et son béret... :
« Attends. Un béret ? ». :
« Grâce à ton petit jouet sur Zoé, on ne sera que quatre pour jouer.
— Quelle aubaine.
— Si tu savais ce que le patron avait prévu pour toi...
— Quoi donc ?
— T'es devenu une sacrée nuisance, détective Toscane. À croire que tu prends ton pied à...
— Vous chasser ? ».
Mes interruptions volontaires jouent sur ses nerfs. Milla se tient en dehors de la cellule, concentrée sur notre échange, les lèvres pincées. Son regard inquiet se pose sur les bris de verre dangereux dispersés dans ma cellule et ma situation précaire en général. Son expression transpire la nausée ? Sérieusement ? :
« Un peu tard pour t'inquiéter, toi. ».
Le froid du couteau me ramène au présent. La lame collée contre ma pomme d'Adam me pousse au silence. Avec mes mains liées, je n'ai pas d'autre choix que d'obéir... Quelle vie. :
« Il n'existe aucun monde où tu survis à cette soirée, petit détective. », me ricane-t-il au nez. : « Le patron arrive. Son retour est prévu pour ce matin, six heures. Tu es devenu sa priorité et crois-moi... Tu le supplieras de t'achever. ».
Un rapide coup d'œil à ma montre... Ok. Cinq bonnes heures avant de mourir. L'année commence bien. D'après la réaction de Milla, c'est du sérieux. Gros yeux ; teint plus blême qu'avant ; chair de poule visible d'ici... Ouais, je ne vais pas jouer au cow-boy. :
« Si tu étais un peu moins obstiné, tu serais resté en vie, tu sais ? », jette-t-il un coup d'œil à Milla. : « Mais non... Monsieur le détective a tenu à montrer qu'il en avait une grosse ! Qu'il pouvait traquer Bulan à lui tout seul ! Tout ça pour retrouver une pauvre fille perdue qui s'en moque de toi... Si triste. ».
Pff... S'il s'attend à ce que je m'énerve, il est tombé sur le mauvais débile. De nous deux, c'est moi qui ai le plus envie d'insulter cette crétine pour l'abandon et... Beaucoup de choses en fait. À la limite, je suis frustré parce qu'il me vole mon job. :
« Allez... Viens-là. ».
Fait étonnant, Johan éloigne la lame de mon cou et me dégage en dehors de la cellule. Milla l'interroge du regard et gagne un baiser lourd au possible en guise de réponse. :
« Prenez une chambre. Vous dégoûtez. ». :
« C'est pas tous les jours qu'on peut s'amuser avec la crème de la crème de ce monde.
— Hein ? », s'essuie-t-elle la bouche, interpellée. : « Tu fais quoi Johan ?
— Il va crever de toute façon, ton copain. Si je l'abîme un peu avant, on n'y verra que du feu. ».
Son sourire sadique m'en touche une sans faire rebondir l'autre. Pour autant, son sérieux fonctionne sur Milla. Madame écarquille les yeux à l'annonce de son dessein. Ses appels à la raison sortent par l'autre oreille. :
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Bulan
RomanceDeux âmes en peine. Deux âmes perdues. Deux âmes rencontrées par hasard. Deux âmes opposées. Léandre et Milla ont toutes les raisons de se détester. Pourtant... Leurs aventures et leurs démons personnels les poussent à s'appuyer l'un sur l'autre...
