Chapitre 39 :

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Narrateur : Léandre :

Ce moment restera gravé dans ma mémoire à jamais. Le dénouement est là. Rien à l'horizon quand une escouade se déploie à l'étage. Le sourire fier du roi Bulan mute en épouvante. J'ai vu la déception et la désillusion se dessiner sur son visage au ralenti. Savourant. La police est arrivée à temps.

Tiens donc... Je me demande où sont passés ses hommes. :

« Effectivement, je n'ai pas le droit de vous arrêter, monsieur Bulan. C'est pourquoi je laisserai mes collègues s'en charger.

— ... Sale...

— Plaît-il ? ».

Mon arrogance volontaire le frappe de plein fouet. Peu importe les nombreuses armes à feu pointées sur lui, cet imbécile dégaine un couteau de nulle part et se rue sur moi. La liste des méfaits n'était pas assez longue ? Tant pis pour lui, mes collègues le plaquent au sol et le désarment avec une facilité déconcertante.

Les menottes lient ses poignets. Il ne représente plus aucune menace. :

« Vous avez beau être entouré des plus grosses pointures du crime, vous n'auriez jamais pu gagner.

— La ferme ! Je vais te tuer de mes propres mains !

— Depuis toujours... Vous êtes seuls. Vous n'allouez votre confiance à personne. Les autres sont des outils à utiliser et à jeter quand ils ne servent plus à rien. C'est tout ce qui nous différencie.

— C'est loin d'être fini, tu m'entends détective Toscane ?! Mes contacts vont loin ! Très loin ! ».

Tch, même menotté, il cherche à m'intimider. On va dire qu'il a trouvé le bon métier, pour une fois. Je m'accroupis à son niveau et lui partage un sourire. Une incompréhension magnifique se discerne à travers ses iris argentés.

Par-dessus tout... J'aurais aimé régler cette histoire tout seul. Me retrouver en privé avec lui, et laisser ces années de souffrance alimenter mes poings... Quel dommage. Cette dimension aurait été belle... Au minimum satisfaisante. M'enfin bon... J'ai tenu ma parole. :

« Essayez. En prison, on ne capte pas trop.

— Je vais te... Je te promets de te faire la peau ! Je vais te mutiler !

— Ouais ouais, hâte de voir. Sur ce, je vous laisse l'embarquer, messieurs. Oh. Avant que je n'oublie... ».

Pendant que mes collègues relèvent cette boule de nerfs sur pattes, je lui tapote l'épaule. Si seulement son cœur n'était pas si pourri par les ténèbres de l'égoïsme et de l'auto-suffisance... Une superbe rencontre, à marquer dans le marbre. :

« Je vous dis adieu, beau-papa. ».

Ses yeux n'en reviennent pas. Tiens, cette expression-là est aussi à marquer. Je m'écarte à temps. Pas envie d'entendre une nouvelle salade d'injures ou d'insultes à propos de madame. L'escouade en charge de capturer le roi Bulan se sépare. La plus grande partie l'escorte en dehors du bâtiment, là où on espère ne plus jamais entendre parler de lui. En tout cas, on l'entend hurler à la mort à travers les échos...

Quelques hommes m'accompagnent durant la descente de l'immeuble, heureux et fiers d'avoir interpellé une figure majeure du crime. La lune accompagne notre marche paisible...

Moi... Je peine à suivre le rythme. Ce n'est pas la douleur au tibia ou le gros bleu parsemé sur sa longueur. Non, je dois m'asseoir un instant pour souffler. La pression redescend. Face à la vue somptueuse de la ville éclairée par les lumières multicolores de la vie nocturne... Du haut de mon perchoir, une petite chair de poule se disperse sur ma peau. Le spectacle ravissant me ramène quatre ans en arrière.

BulanOù les histoires vivent. Découvrez maintenant