Chapitre 27 :

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Narratrice : Milla :

La nuit observe notre galère tumultueuse. Léandre est attaqué par des vertiges, nous le supportons dans l'ascension des marches en essayant de ne pas réveiller Sylvain. Caroline ouvre la porte, le chat nous accueille... avant de fuir à la vue de son acolyte. D'accord ? :

« Bien. Je vous laisse, détective Toscane. Vous avez mérité une bonne nuit de sommeil. », plaisante-t-il. :

« Merci Phileas. Je t'en dois une. ».

Son sourire compris est partagé. Une fois seuls, Caroline craque. Son héros est blessé et son impuissance la heurte. Je la rassure comme je peux et lui demande de préparer la salle de bain pour l'accueillir, au cas où. Cette petite géniale acquiesce, mais me tire dans la chambre d'ami au préalable. Elle essuie ses larmes et dégaine un haut en bon état du placard. Le t-shirt découpé finit à la poubelle, pour le grand plaisir de ce débardeur en laine. J'entends Léandre s'activer dans la cuisine et décide de le rejoindre pour... :

« ... Quoi ? ».

En dehors de son bazar, le silence nous entoure. La lumière éteinte me cachait le fruit de son travail. Je redécouvre l'appartement. Des plans détaillés et annotés de toute la ville, voire du département sont affichés partout. Des témoignages ; des hypothèses placardées au mur ; au plafond ; sur les fenêtres... Des post-it de couleur à chaque coup d'œil... Toutes et tous reliés par des fils rouges ou noirs... :

« Léandre ? T'as besoin d'aide ? ».

Ce borné ignore mes appels et s'applique à un changement de bandage. Les ronronnements du chat sont ignorés... Son teint blême et ses grosses inspirations ne me rassurent pas. Il a perdu du sang là-bas, une grosse quantité. J'attrape sa main pour être... rejetée.

Pas le temps de lui demander de se calmer, il s'enfuit du canapé pour fouiller un tiroir de la cuisine. Quitte à tacher sa moquette et ses plans, il revient sur l'assise avec des pas lourds. Une lettre est plaquée contre la table basse. L'empreinte sanglante ne nuit en rien à son contenu. Je la reconnais. :

« ... ».

Comment dire ? Son silence expose bien plus de ressentiment, de colère, de tout ce que vous voulez qu'une simple levée de ton. Mon aide est refusée. Dès que je bouge, il frappe la lettre du talon pour m'inciter à la lire. :

« Léandre. S'il te plaît, écoute-moi. Je... n'avais pas le choix. ».

Ses gestes de premier secours s'interrompent. Il plonge ses hazels magiques, mais terrifiants dans mes yeux coupables. Depuis l'altercation... C'est comme si Léandre n'était plus le même homme. Ses sourcils froncés et ses mâchoires serrées... m'intimident. Ses blagues nulles et sa bonne humeur me manquent. :

« Tu n'avais pas le choix. », répète-t-il, dur. : « Ça ne passe pas.

- ... De quoi ?

- T'es partie du jour au lendemain ! », érupte-t-il. : « Avec Caro ! Au pire moment possible !

- Je...

- Ma mère venait de mourir à cause de Bulan ! Et toi tu les rejoins ?! En me laissant avec cette lettre d'adieu en quelques lignes ?! Je dois partir pour ton bien ?! Mais sérieux ! ».

Alors là... Non. Non, du calme. Je ne dois pas m'énerver. Il n'a pas tout le contexte. Si je m'y mets, l'immeuble entier saute avec Sylvain. Il subit déjà la dispute, n'en rajoutons pas. :

« Viens ici et laisse-moi t'aider. ».

La coupure de l'autre raclure ne se résorbe pas. Léandre n'a pas besoin de point de suture, mais s'activer dans tous les sens ne l'aidera pas non plus. J'obtiens le droit de bander son bras... Enfin. Son souffle intense sur mes poignets me met la pression, il observe chacun de mes gestes avec attention. :

BulanOù les histoires vivent. Découvrez maintenant